« La nouvelle société du coût marginal zéro » de Jérémy Rifkin – fiche de lecture

Une prospective d’actualité ?

Le livre de Jérémy Rifkin paru en 2014 est le genre de manuscrit qui ne vous laisse pas indifférent ! Fini l’enchaînement d’épisodes sur Netflix, vous vous attaquez à 460 pages manuscrites où l’auteur ne vous laissera pas décrocher d’une seule phrase voire d’un seul mot sous peine de perdre le fil très précis de sa démonstration : la transformation complète de notre société, et de son paradigme, grâce à l’avènement du numérique et à l’internet des objets, fait émerger des communaux collaboratifs et induit l’éclipse du capitalisme. J’ai été frappée par cette vision radicale lors de sa lecture il y a quelques mois… Aujourd’hui, la période que nous venons de traverser et traversons encore, ne nous a-t-elle pas amenés à repenser nos modèles ? N’a-t-elle pas accéléré la transformation digitale du monde de 2 ans en 2 mois ?

Rifkin anticipait que la transformation industrielle et numérique, allait tellement accélérer les rendements qu’elle serait en mesure de créer une société d’abondance propulsée par l’impression 3D et l’IoT. Dans le même temps, elle induirait la naissance d’un profil de consommateurs : les « prosomateurs », à la fois consommateurs et producteurs, des consommateurs matures et avisés plus collaboratifs et plus engagés. D’où la notion de « communs » visant à améliorer le bien-être social de l’humanité.

La théorie du coût marginal zéro

La définition du coût marginal en économie est le coût supplémentaire généré par la dernière unité produite et est généralement représenté par une courbe parabolique, d’abord descendante grâce à l’augmentation des quantités produites, puis ascendante à nouveau du fait des frais structurels que nécessite davantage de production (nouveaux investissements en matériel, embauche, etc..). Selon Rifkin, cette théorie ne sera plus applicable dès lors que la technologie permettra une accélération considérable de la production, ce qu’il nomme une « productivité extrême » sans augmentation des coûts de production, induisant un coût marginal proche de zéro. La concurrence étant elle-même exacerbée, les prix de vente des nouvelles unités produites seraient contraints et proches du coût marginal zéro, à un prix quasi nul. Cette réduction forte du profit mettrait à mal le principe capitalistique d’augmentation des profits grâce aux économies d’échelle.

Transformation digitale : internet et coût marginal zéro

Or, on constate déjà que la dématérialisation du contenu, l’accès à l’information (Wikipédia), aux outils en ligne open-source,  à l’éducation (les cours du MIT et bien d’autres), permettent déjà de produire des informations et services au coût marginal zéro. C’est Chris Anderson (aussi célèbre pour la fameuse « Long Tail », la longue traine des recherches sur les moteurs web) qui a théorisé l’idée d’une économie de la gratuité sur internet en 2009. Il clame que « la gratuité est l’avenir de l’économie »

Rifkin prédit la disparition des acteurs traditionnels et le changement de paradigme économique avec un nouveau modèle collaboratif et basé sur l’échange. Il anticipe(-ait) ainsi que chaque consommateur mute et devienne ainsi prosommateur  de contenus, mais aussi de biens et même d’énergie.

Or, n’assistons-nous pas déjà à la disruption des secteurs traditionnels par de nouveaux entrants : Uber, Blabla car (et autres Blabla…), le retour à des circuits courts (producteurs – consommateurs), le développement de nouvelles économies circulaires (Vinted, TooGoodToGo..) et l’accélération de l’autoconsommation photovoltaïque en Europe. Rifkin associe les prosommateurs à l’internet des objet, pour expliquer que la répartition des ressources naturellement produites sera parfaitement optimisée et suffisante.

La production par les masses : comment l’impression 3D inverserait la production de masse

Pour Rifkin, prosommateurs, logiciels open-source et impression 3D formeront un nouveau modèle de production. Cette vision a été très critiquée par les économistes et notamment Jean Gadrey en 2014 qui qualifiait la thèse de Jérémy Rifkin de « Conte de fées High Tech ». Selon lui, « la part de la consommation de biens susceptibles d’être fabriqués avec des imprimantes 3D » représenterait « moins de 10% de la consommation effective des Français aujourd’hui ».

Or, Statista Research Department, a publié 11 mai dernier un rapport selon lequel le marché mondial des produits et services d’impression 3D devrait dépasser 40 milliards de dollars américains d’ici 2024. L’industrie devrait croître à un taux de croissance annuel composé de 26,4% entre 2020 et 2024…

Les Communaux collaboratifs

Rifkin prédit le retour des communs en les renommant ainsi. L’initiative privée capitaliste mise à mal, elle laisserait la place à des espaces communs et de partage visant à « améliorer le bien être social de l’humanité ».

Jeremy Rifkin, prédit que les communaux collaboratifs s’imposeront à l’horizon 2060 après une lutte intense contre les historiques monopoles de production de biens, de contenus, d’information et d’énergie.

Alors prospective ou utopie ? en 2020, rien ne vient désavouer sa vision. C’est pourquoi je vous recommande vivement la lecture de son livre et de ses explications « La nouvelle société du coût marginal zéro ».

A propos de l’auteur,

Jeremy Rifkin, né le 26 janvier 1945 à Denver dans le Colorado, est un essayiste américain, spécialiste de prospective (économique et scientifique). Il a aussi conseillé diverses personnalités politiques. Son travail, basé sur une veille et une réflexion prospectives, a surtout porté sur l’exploration des potentialités scientifiques et techniques nouvelles, sur leurs impacts en termes sociétaux, environnementaux et socio-économiques. Il est également fondateur et président de la Foundation on Economic Trends (FOET) basée à Washington. Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jeremy_Rifkin