Cet article est un constat sur la situation actuelle du monde sportif ainsi que son évolution.

Tout au long de l’année, j’ai réalisé des recherches afin de construire ma thèse professionnelle, l’impact de la digitalisation dans le secteur sportif. Ces recherches ont démontrées que les transformations digitales et numériques de ce secteur, par l’émergence des objets connectés notamment, sont la clé de la performance sportive des athlètes.

Cependant, cette évolution tend à accentuer les inégalités dans le sport. La digitalisation du sport laisse place à de nouveaux équipements, du matériel sportifs haute technologie permettant d’analyser le comportement du sportif avant, pendant et après l’effort.

Ces équipements sont extrêmement coûteux et donc accessibles aux fédérations, clubs et athlètes disposant des plus gros budgets. C’est donc pour ces raisons que l’on peut parler de nouvelles inégalités d’accès à la performance sportive. 

Des records qui stagnent :

Actuellement, le corps humain a atteint 98,5% de ses capacités physiologiques, ce qui se ressent dans les records de plus en plus rares et difficiles à atteindre lors de compétions sportives comme les Jeux Olympiques. Par exemple, Usain Bolt est le dernier détenteur du records du monde de 100m (9,58 secondes) et du 200m (19,19 secondes) en athlétisme et cela depuis les championnats du monde de Berlin en 2009. Plus de 10 ans sans avoir connu de meilleures performances dans ce sport.

Usain Bolt, nouveau record du monde à Berlin en 2009.

De nouveaux acteurs dans la performance du sportif :

La technologie participe énormément à la performance du sportif, en particulier dans sa préparation. Elle a ainsi donné l’accès à de nouveaux acteurs pour améliorer les capacités des athlètes. Derrière le sportif se cache un accompagnement sans relâche, tout d’abord de son cercle rapproché, à savoir les entraîneurs, les médecins, kinésithérapeutes, etc. Mais de nos jours, les ingénieurs, les scientifiques, les chercheurs ont le premier rôle à jouer dans la quête de la performance et de résultats. Leur sollicitation est avant tout pour assurer la santé du sportif, en déterminant ses limites et en optimisant les entraînements et séances de récupérations en fonction des capacités et objectifs de chacun.

Des performances qui divisent :

Le 19 octobre 2019, Eliud Kipchoge fut le premier homme à courir un marathon (42,195 km) en moins de deux heures : 1 heure, 59 minutes 40 secondes. Le champion du monde et champion olympique kényan a réalisé cette performance lors d’un événement organisé à Vienne en Autriche avec aux pieds, le dernier modèle de chaussure conçu par Nike. De plus, le lendemain à Chicago, sa compatriote Brigid Kosgei a établi le nouveau record du monde féminin du marathon avec aux pieds le même équipement. Ce nouveau record a été battue d’une minute et 21 secondes à celui établi 20 ans plus tôt. Les performances réalisées sont des exploits que l’on pensait pendant longtemps inatteignables et remettant un peu plus le sujet au cœur des débats : auparavant, les records étaient établis, car les athlètes entaient les meilleurs, de nos jours, les records sont réalisés par les sportifs ayant le meilleur équipement sportif. 

Eliud Kipchoge en octobre 2019 à Vienne

Cependant, ces exploits ont suscité de diverses émotions, enthousiasme, scepticisme et rejet absolu. En effet un dilemme s’impose quant à l’innovation : est-ce une innovation technologique ou est-ce un dopage technologique ?

Effectivement, de telles performances ne sont pas uniquement le fruit du sportif seul. L’IAAF, Association Internationale des Fédérations d’Athlétisme n’a pas officialisé ces records. La paire de chaussures confectionnée par Nike pendant 3 ans, la Nike AlphaFLy, possède 3 lames en carbones et des caractéristiques spécifiques permettant un meilleur transfert d’énergie pour le coureur. Mais les athlètes bénéficiaient de 41 « lièvres », des coureurs de haut niveau apportant une protection aérodynamique avantageuse. Mais également d’un suivi en temps réel de toute substance ingérée au cours de la course (eau, vitamines, etc.) permettant ainsi de contrôler les quantités de ravitaillements à apporter aux athlètes afin de garantir un rythme constant tout au long de la course.

Les inégalités dans la performance se reflètent donc lorsque l’on sait que Nike a dépensé 1,5 milliard de dollars en 2016 en innovation et recherche et développement. Étant donné que cette marque emblématique sponsorise les meilleurs athlètes et fédérations, cela creuse à nouveaux des inégalités face aux athlètes disposant de moyens moindre.

Des inégalités se reflétant dans les résultats sportifs :

Effectivement, la transformation digitale et numérique permet aussi de développer de nouveaux équipement pour des disciplines comme le cyclisme. L’impression 3D est utilisé afin de concevoir des vélos sur mesure pour les athlètes et réalisés avec des matériaux plus légers permettant un gain de temps phénoménal. Par exemple, en 2012 lors des JO de Londres, la Grande-Bretagne a énormément investi dans cette discipline et a raflé toutes les médailles en cyclisme./


Enfin, les Etats-Unis, la Chine et la Grande-Bretagne sont les nations ayant le plus de moyens par fédération et qui donc investissement le plus dans les équipements sportifs. Cela se reflète lorsque l’on regarde le tableau des derniers Jeux olympiques. Parmi les 4 nations en têtes, trois d’entre elles sont les nations citées ci-dessus.

Alors quelles solutions apporter ? L’évolution du sport tant dans ses pratiques que dans ses disciplines nous le diront. Le corps atteignant ses limites, les innovations technologiques seront la clé pour améliorer leurs performances. Le football a mis en place un salary cap limitant les montant dépensés par clubs pour rémunérer leurs joueurs et ainsi être plus égalitaire, pourquoi pas les fédérations sportives quant à l’accès à la dernière tendance afin de préparer des compétitions en stricte égalité ? Enfin, les bouleversements dans le sport n’en sont qu’à leurs débuts, le corps augmenté, souvent perçu dans les films de science-fiction est maintenant réalité et sera la prochaine source de réflexion concernant les règles à mettre en place pour l’avenir du sport. 

Sources :

https://www.ouest-france.fr/sport/running/marathon/marathon-en-moins-de-2-heures-peut-parler-de-dopage-technologique-6629539

https://www.courrierinternational.com/article/controverse-la-technologie-nuit-elle-au-sport