
Moi : Bonjour Mona, merci de nous accorder ce moment. Vous avez un parcours très riche, entre grands groupes, entrepreneuriat et innovation. Si vous deviez vous présenter à quelqu’un que vous croisez dans un ascenseur ?
Mona : Je dirais : “Je suis une exploratrice du numérique.” J’ai passé les vingt dernières années à comprendre comment la technologie transforme nos vies, nos façons de travailler, de créer, d’échanger. Aujourd’hui, je suis partner chez BCS Group et présidente du HEC Alumni Digital Hub, et j’anime une communauté qui s’intéresse à l’IA, la blockchain, le Web3… Mais derrière ces mots parfois intimidants, je m’attache surtout à créer du lien entre les humains.
Moi : Votre parcours est effectivement impressionnant, combinant une expertise en stratégie et nouvelles technologies avec un engagement fort pour la communauté HEC Alumni. Pourriez-vous nous en dire plus sur votre rôle au sein de BCS Group et du HEC Alumni Digital Hub, et comment ces plateformes vous permettent d’explorer et de diffuser les innovations numériques ?
Mona : En tant que Senior Partner chez BCS Group, une entreprise spécialisée dans le conseil en stratégie et marketing, je suis au cœur des transformations numériques des entreprises. Mon rôle est d’accompagner nos clients dans l’intégration de ces nouvelles technologies, en veillant toujours à ce que l’humain reste au centre de ces évolutions. Parallèlement, ma présidence du HEC Alumni Digital Hub est une véritable passion. Ce hub est une plateforme dynamique où nous réunissons des professionnels, des entrepreneurs et des académiques pour échanger sur les sujets les plus pointus du numérique : l’intelligence artificielle, la blockchain, le Web3, la réalité étendue (XR), et bien d’autres. Nous organisons régulièrement des conférences, des ateliers et des événements, comme ceux que nous avons pu mener simultanément à travers le monde, pour démystifier ces technologies et montrer leur impact concret sur nos vies et nos carrières. L’objectif est de créer un espace de partage et de collaboration, où chacun peut comprendre les enjeux et se sentir acteur de cette
numérique.
La blockchain : un sujet technique… mais pas que
Moi : Vous avez récemment co-organisé une conférence sur la blockchain et la finance de demain. Qu’est-ce qui vous passionne dans cette technologie ?
Mona : Ce que je trouve fascinant, c’est que la blockchain bouleverse la notion même de confiance. Ce n’est plus un tiers qui garantit les échanges, c’est le système lui-même, ouvert, transparent. Et c’est révolutionnaire. Mais ce qui me touche encore plus, ce sont les histoires qu’on découvre en chemin : des artistes qui vivent grâce aux NFT, des ONG qui traquent les dons avec la blockchain, des entrepreneurs qui repensent la propriété.
Moi : C’est une vision très incarnée.
Mona : Oui, je suis convaincue qu’on ne peut pas parler d’innovation sans parler de sens. À chaque fois que j’anime une table ronde, je m’assure qu’on garde cette dimension humaine. Sinon, on perd l’essentiel.
Moi : Au-delà de la théorie, quels sont les exemples concrets de ces histoires humaines que la blockchain rend possibles ? Pourriez-vous nous donner des exemples précis de la manière dont les NFT transforment la vie des artistes, ou comment les ONG utilisent la blockchain pour la traçabilité des dons ?
Mona : Absolument. Prenons l’exemple des NFT (Non-Fungible Tokens). Ils ont ouvert des voies inédites pour les artistes. Avant, un artiste numérique avait du mal à prouver l’authenticité et la rareté de son œuvre. Avec les NFT, chaque création numérique peut être unique et traçable, ce qui permet aux artistes de vendre directement leurs œuvres, de percevoir des royalties sur les reventes, et de créer une connexion plus directe avec leur public. On a vu des artistes émergents atteindre une reconnaissance mondiale grâce à cela, contournant les galeries traditionnelles et les intermédiaires. C’est une véritable démocratisation de l’art numérique. Pour les ONG, la blockchain
offre une transparence sans précédent. Imaginez une organisation qui collecte des fonds pour une cause humanitaire. Grâce à la blockchain, chaque don peut être enregistré de manière immuable et traçable, de l’envoi du donateur jusqu’à son utilisation finale sur le terrain. Cela permet de rassurer les donateurs sur l’utilisation de leurs fonds et de lutter contre la corruption. Des initiatives comme le Programme Alimentaire Mondial des Nations Unies ont expérimenté la blockchain pour distribuer de l’aide alimentaire aux réfugiés, assurant que l’aide parvienne directement aux bénéficiaires sans intermédiaires inutiles. C’est une révolution pour la confiance et
l’efficacité dans le secteur humanitaire. Enfin, pour les entrepreneurs, la blockchain permet de repenser la propriété et la gouvernance. On voit émerger des modèles de propriété fractionnée, où un bien physique ou numérique peut être divisé en plusieurs parts, chacune représentée par un token. Cela ouvre des opportunités d’investissement et de collaboration inédites. Et les DAO (Organisations Autonomes Décentralisées) sont une autre illustration de cette réinvention de la gouvernance, où les décisions sont prises collectivement par les membres, sans autorité centrale, grâce à des règles codées sur la blockchain. C’est une approche plus horizontale et
participative. Sensibiliser, former, rendre les choses concrètes
Sensibiliser, former, rendre les choses concrètes
Moi : Le Digital Hub que vous dirigez chez HEC Alumni joue un rôle fort danscette vulgarisation justement ?
Mona : Tout à fait. Ce qu’on essaie de faire, ce n’est pas de transformer tout le monde en développeur blockchain, mais de leur montrer que ces sujets les concernent. Lors d’un atelier, un cadre dirigeant m’a dit : “J’ai enfin compris pourquoi on parlait autant de Web3.” Et ça, c’est ma plus grande victoire.
Moi : Comment le HEC Alumni Digital Hub s’y prend-il concrètement pour rendre ces concepts complexes accessibles à un public non-technique ? Quels types d’ateliers ou d’événements organisez-vous pour sensibiliser et former les professionnels aux enjeux du Web3, de l’IA et de la blockchain ?
Mona : Notre approche est très pragmatique et axée sur l’expérience. Nous évitons le jargon technique et nous concentrons sur les cas d’usage concrets et les implications business. Par exemple, nous organisons des ateliers interactifs où les participants peuvent manipuler des outils simples ou simuler des transactions blockchain. Nous invitons des experts de différents secteurs qui partagent leurs retours d’expérience, qu’ils soient positifs ou négatifs, pour offrir une vision réaliste des défis et des opportunités. Nous avons par exemple organisé des sessions sur l’impact de l’IA générative sur divers secteurs, ou des conférences sur le Métavers et son influence sur l’industrie automobile. L’objectif est toujours de partir des préoccupations de nos membres et de leur montrer comment ces technologies peuvent apporter des solutions concrètes à leurs problématiques professionnelles. Nous mettons également l’accent sur le networking, en créant des opportunités pour que les participants puissent échanger entre eux et avec les intervenants, favorisant ainsi l’apprentissage par les pairs. C’est cette combinaison d’information accessible, d’exemples concrets et d’échanges qui permet à nos membres de s’approprier ces
sujets et de comprendre leur pertinence, même s’ils ne sont pas des techniciens.
Quelques mots pour conclure
Moi : Si vous deviez résumer en une phrase ce que vous essayez de transmettre à travers votre travail ?
Mona : Que la technologie n’a de sens que si elle rapproche les gens. La blockchain peut paraître froide, complexe, abstraite… mais à bien y regarder, elle nous parle de transparence, de collaboration, de confiance. Et ça, c’est profondément humain.