Dans une entrevue exclusive pour le site mbadmb.com, le gouverneur de la Banque centrale d’Haïti, M. Jean Baden Dubois, a mis l’accent sur l’importance de l’éducation financière en Haïti. Face à une instabilité économique et sociale endémique, il voit dans cette éducation bien plus qu’un moyen d’indépendance financière individuelle ; il la considère comme un pilier de la résilience et de l’essor du pays. M. Dubois en profite pour dévoiler les initiatives de la Banque centrale en la matière, notamment dans le paysage numérique actuel.

 

 « Un citoyen financièrement éduqué n’est pas seulement un gardien de ses propres intérêts ; il est également un acteur vital pour renforcer notre économie », a affirmé le gouverneur de la Banque centrale d’Haïti, tout en soulignant l’urgence d’élever l’éducation financière au rang de priorité nationale.

« Dans un pays comme Haïti, l’éducation financière n’est pas une simple commodité, mais une nécessité », a-t-il déclaré, insistant sur son rôle comme fondement du développement national.

 

Les piliers de l’Éducation financière 

 M. Jean Baden Dubois présente les piliers sur lesquels repose la démarche de la Banque centrale, laquelle s’aligne sur le Plan national d’Éducation Financière (PNEF) :

 

1-Inclusion financière

Selon M. Dubois, « L’éducation financière peut encourager l’utilisation des banques et des services financiers, réduisant ainsi la dépendance à l’égard de l’économie informelle ».

 

2-Réduction de la pauvreté
M. Dubois a insisté aussi sur le fait que : « L’éducation financière peut aider les individus à prendre des décisions éclairées sur la façon de gérer, d’épargner et d’investir leur argent, ce qui peut conduire à une amélioration de leur niveau de vie ».

 

3-Responsabilisation des consommateurs

Le gouverneur Dubois a souligné que  » les consommateurs éduqués sont mieux équipés pour poser des questions, chercher de meilleures offres et exiger des droits en tant que consommateurs. »

 

4-Confiance envers le système financier

Il a mis en avant le rôle de l’éducation dans le renforcement de la confiance des utilisateurs de services financiers : « L’éducation financière peut aider à renforcer la confiance en montrant aux gens comment ces institutions fonctionnent et en quoi elles peuvent être bénéfiques pour eux », a-t-il expliqué.

 

5-Stabilité financière
M. Dubois a alerté sur les risques d’un public mal informé : « Un public bien informé est moins susceptible de prendre des risques financiers inutiles ou de tomber dans des pièges tels que les escroqueries ou les prêts usuraires, ou les  » systèmes de Ponzi” ».

 

6-Croissance économique

Le gouverneur Dubois est optimiste quant au potentiel de croissance de l’économie : « lorsque les citoyens comprennent mieux comment épargner, investir et emprunter de manière responsable, cela peut stimuler la croissance économique ».

 

7-Mise en œuvre de politiques monétaire et financière

« L’éducation financière permet de mieux communiquer l’objectif de ces politiques et d’en faciliter la mise en œuvre », a soutenu M. Dubois.

 

8- Préparation aux chocs économiques

En dernier lieu, M. Dubois a évoqué la résilience face aux imprévus financiers : « Les individus éduqués financièrement sont généralement mieux préparés pour faire face aux imprévus financiers, tels que la perte d’emploi ou les urgences médicales ».

 

La stratégie numérique 

Reconnaissant l’importance du numérique, le gouverneur a indiqué que la Banque centrale a adopté une stratégie de communication mixte. Alors que le site web et les réseaux sociaux ciblent principalement les jeunes, M. Dubois a précisé que le téléphone portable, largement utilisé même dans les zones les plus reculées, est un canal de communication direct et efficace. « Cela nous permet d’étendre la portée des programmes d’éducation financière de la Banque centrale à l’ensemble des 10 départements du pays », a-t-il affirmé.

 

 Défis et solutions pour l’avenir

Néanmoins, le chemin vers une éducation financière universelle est semé d’obstacles. « La situation sécuritaire délicate du pays a fortement impacté notre économie et, par conséquent, nos efforts en matière d’éducation financière », regrette M. Dubois. Pour surmonter ces obstacles, il envisage un avenir fondé sur des collaborations multisectorielles adaptées au contexte local et axées sur l’inclusion. Cela inclut des partenariats avec le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation Professionnelle, le Ministère de l’Économie et des Finances, des universités et la diaspora haïtienne.

 

En fin de compte, selon M. Dubois, « l’avenir de l’éducation financière en Haïti doit tenir compte des réalités socio-économiques, des défis en matière d’infrastructure et de la dynamique culturelle du pays pour être réellement transformateur ».

 

 

 

Esmeralda Milcé

MBADMB