Interview avec Julien Cyzabuiros (Idreau), créateur de contenu spécalisé en Formule 1
Comment percevez-vous la transformation digitale au sein de la Formule 1 ?
Ces dernières années, depuis le rachat par Liberty Media en 2017, on ressent clairement une grande différence. À l'époque de Bernie Ecclestone, la F1 était très centrée sur l'argent et ce qui se passait à l'intérieur du sport. Depuis le rachat, il y a une volonté manifeste de toucher une nouvelle communauté et d’élargir l’audience. Plusieurs changements ont été opérés pour attirer des personnes qui ne regardaient pas forcément la F1 et leur donner envie de s’y intéresser.
Cela passe par les réseaux sociaux, la diffusion télé, ainsi que les contenus créés directement par la F1. Liberty Media a su capitaliser sur une base de communication solide, en s’appuyant sur les réseaux sociaux, YouTube, et l'implication des pilotes, qui ont bien joué le jeu. Le partenariat avec Netflix a également été un énorme coup de pouce, amplifiant considérablement l'exposition de la F1. Aujourd'hui, les réseaux sociaux sont quasiment indispensables au bon déroulement d'un sport, c'est même essentiel pour sa viabilité.
Il y a 15 ans, la F1 avait une audience dont la moyenne d’âge était de 30 ans, aujourd’hui elle est de 24 ans. Il y a 15 ans, on n'aurait jamais imaginé des pilotes prendre leur téléphone pour faire des stories, partager leurs vacances, ce n'était pas du tout dans leur mentalité. Aujourd’hui, non seulement ils mettent en avant le sport et ce qui se passe sur la piste, mais ils montrent également tout l’envers du décor. À noter aussi qu’à partir de 2017, les pilotes ont enfin eu le droit de poster des images de l’action en piste sur leurs réseaux sociaux, alors qu’à l’époque de Bernie Ecclestone, c’était strictement interdit.
Comment ces changements ont influencé votre accès et votre exposition à la Formule 1 ?
En termes d'accès, déjà, on n'est plus limité à Canal+ comme unique référence. À l'époque, on avait uniquement le dimanche après-midi pour suivre la F1, et rien de plus. Aujourd'hui, il existe des plateformes comme F1 TV, les réseaux sociaux, les documentaires sur Netflix, Canal+, et Amazon Prime (avec Alonso, Leclerc, etc.).
Ensuite, il y a la possibilité d’entrer davantage dans les détails d'une simple course grâce aux contenus proposés par F1 TV, comme les ‘tech talks’, les vidéos debrief, et les analyses. On va beaucoup plus loin dans l'explication et la compréhension du sport aujourd'hui. Les réseaux sociaux jouent également un rôle clé : il y a des plateformes avec des formats plus longs comme YouTube, ou des formats plus rapides et faciles à consommer comme TikTok ou les Reels Instagram, où on trouve davantage de contenus ‘insight’, humoristiques, ou même un peu ‘wtf’.
En plus de tout ça, il y a toujours la diffusion télévisée, qui s'est aussi améliorée. On a maintenant des pré-shows, des émissions après les courses, les communications radio des équipes, etc. Aujourd'hui, je dirais qu'on a dix fois plus accès à du contenu F1 qu'il y a 15 ans.
Selon vous, en quoi le digital a-t-il contribué à rendre la Formule 1 plus accessible à un public plus large ?
Ouais, très clairement. À la base, la F1, c’est triste à dire, mais c’était un sport d'hommes et de riches. Ce sport a été créé pour ça : des mecs qui avaient de l’argent et voulaient se faire plaisir le dimanche. Aujourd’hui, l’objectif est clairement que ce sport soit accessible à tout le monde : hommes, femmes, jeunes, vieux, riches ou moins riches. Le travail de la F1, c’est de rendre le sport plus accessible. Pour améliorer l'accessibilité, il faut d'abord améliorer la visibilité.
Donc, il faut absolument faire en sorte que les gens puissent déjà voir le sport, le comprendre, avant même de leur donner envie de le suivre. Avec le rachat par Liberty Media, il y a eu un gros changement. Aujourd’hui, il y a des femmes dans le sport, avec des initiatives comme la F1 Academy, qui est un excellent exemple pour illustrer cette nouvelle audience. Cela attire un public féminin, mais aussi des ingénieures, des pilotes, des directrices d’équipes, des sponsors, etc. La F1 Academy est un vrai axe de développement, elle crée un nouvel écosystème et un business féminin qui n’existait pas il y a 15 ans, prouvant l’apparition de cette nouvelle audience, à la fois très jeune et féminine.
En termes de téléspectateurs, il y a des jeunes qui regardent la F1, et des plus âgés qui continuent à la suivre. Certains regardent la F1 sans forcément s’intéresser aux voitures, simplement parce que la discipline en elle-même leur plaît.
En quoi la transformation digitale de la Formule 1 a-t-elle changé votre manière de vivre et d'apprécier le sport au fil du temps ? (Expérience complète, accès au replay, revivre les meilleurs moments etc…)
C’est une bonne question. En vrai, oui, parce que maintenant, tu peux revoir les meilleurs moments d’une course, par exemple. Si quelque chose t’a échappé ou que tu n’as pas compris et que tu veux revoir, tu y as accès très facilement et rapidement. Ça te permet de prendre du recul. À l’époque, une fois la course terminée, c’était fini, tu passais à autre chose et il n’y avait pas vraiment moyen de revenir dessus. Maintenant, si tu as raté une course, tu peux regarder les highlights, les replays, tout est disponible de manière super détaillée sur les réseaux sociaux.
Aujourd’hui, selon moi, l’expérience est bien plus complète qu’avant. L’environnement F1 est beaucoup plus vaste. Je trouve même que c’est plus facile de devenir fan de F1 en 2024 qu’en 2015. En 2015, si tu étais fan de F1, tu payais Canal pour voir la course, il n’y avait pas d’émissions spécifiques, pas vraiment de réseaux sociaux. Alors qu’aujourd’hui, un nouveau fan a accès à une énorme quantité de contenu.