À la rencontre de Nicolas LONGUET, Alpine F1 Esports Driver – Interview.

Nicolas, notre Alpine F1 Esports Driver, pourrais-tu te présenter ?

« Né le 8 juin 2002 à Turin, en Italie, je vis près d’Aix-en-Provence, dans le sud de la France, depuis des années. Passionné de sport automobile depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours rêvé d’être un pilote, notamment de Formule 1. Le karting étant le moyen le plus courant, je voulais commencer ma carrière de cette manière, à l’instar de mon idole Lewis HAMILTON.

Pour diverses raisons, cet objectif n’a pas pu être atteint mais j’ai réussi à poursuivre mon rêve avec le sim racing. Après une première compétition en mars 2018, j’ai décroché mon premier titre quelques mois plus tard.

Sacré vice-Champion de France sur le jeu de Formule 1 en juin 2019, lors du Grand Prix de France F1, j’ai pu me qualifier pour le Prodraft des F1 Esports parmi les 110000 concurrents.

J’ai signé un contrat avec Red Bull Racing pour participer à la Pro Series 2019. Je reste toujours le plus jeune pilote de F1 Esports à être grimpé sur un podium, terminant sur la deuxième marche devant le champion du monde 2019. J’ai conclu l’année 2019 avec un titre de Champion du Monde F1 esports par équipe.

En février 2020, j’ai signé un contrat de pilote titulaire avec Renault F1 Team pour participer à la F1 Esports Pro Series 2020 où j’ai marqué 181 points et remporté 2 victoires, 2 pole positions et 2 podiums. Le 15 Avril 2021 dernier, j’ai été officialisé comme pilote titulaire Alpine Esports pour participer aux F1 Esports 2021 ».

L’univers de l’esport automobile est en plein essor : on peut le constater notamment chez Alpine. D’après toi, de quelle manière la transformation digitale est en train de révolutionner ton métier et avec quels objectifs ?

« Mon métier est déjà digital à la base. Nous sommes plutôt des instigateurs d’une certaine manière. Je pense que le motorsport traditionnel a commencé, non pas subi, cette révolution.

Par exemple, suite aux 24h du Mans virtuelles 2020, organisées par l’Automobile Club de L’Ouest avec les principales équipes de Sim racing mondiales accompagnées de vrais pilotes FIA, une réflexion était en cours pour qu’à partir de 2021 la plateforme DISCORD puisse être utilisée afin de communiquer avec les équipes durant les prochaines 24h du Mans réels ».

Qu’est-ce que l’esport automobile pourrait apporter en plus aux spectateurs et aux écuries par rapport au sport automobile traditionnel ?

« Pour les spectateurs, ces sont les plateformes utilisées pour sa diffusion qui font la différence. Notre génération ne regarde plus la télévision généraliste. Nous avons un écran puis nous choisissons quoi et qui y voir. Nos chaines de télévisions préférées sont celles de streamers et youtubers.

La Formule1 l’a bien compris en créant les F1 Esports. La tranche d’âge des 14 à 30 ans devenait de plus en plus absente auprès de leur audience classique. En créant cette compétition, qui est justement principalement retransmise sur les réseaux sociaux, cela leur permet de pouvoir passionner des centaines de milliers de jeunes et de les retrouver devant la diffusion des vrais grands prix de F1.

Pour les écuries, tout dépend comment elles voient l’esports : investir pour suivre la tendance ? Ne pas sembler vieux-jeux ? Ou avoir une vraie volonté de transformer l’approche ? Chercher leurs prochains pilotes réels dans le virtuel ?

Avec Alpine, cette volonté est réelle et quand le COVID nous le permettra, je devrais pouvoir faire des tests dans des vraies voitures afin de voir si je suis aussi rapide dans le vrai que dans le virtuel ».

En quoi la transformation digitale impacte-elle aujourd’hui ta stratégie de jeu lors des compétitions?

« Nous utilisons beaucoup d’outils digitaux pour notre préparation. Bien évidemment, la télémétrie est la plus plausible. Elle nous permet, en analysant les différentes performances de chaque pilote de l’équipe, de nous améliorer de manière chirurgicale sur chaque portions du circuit. Ensuite nous utilisons aussi des softwares afin de développer nos réflexes ainsi que la convergence et divergence. Tous ces aspects sont fondamentaux afin de pouvoir être performant ».

Selon toi, est-ce l’esport automobile pourrait remplacer (ou compléter) les courses automobiles Formula 1 dans les décennies à venir ?

« Le remplacer, je ne pense pas et je n’espère pas. Notre rêve c’est de sentir l’odeur de l’huile et des pneus brûlés. Mais le compléter, oui, absolument. Le faire devenir une filière à part entière comme celle du karting pourrait être un grand pas en avant ».

Pour conclure, constates-tu une augmentation des « fans » autour de l’e-sport, notamment depuis la crise sanitaire ?

« Oui, absolument. Et ceci grâce aux organisateurs de vraies courses qui ont su se transférer sur des compétitions virtuelles. Et tout cela devient comme une boule de neige. Avec moins de 300 euros, tout le monde peut acheter un volant, des pédales et commencer à faire du sim racing dans sa chambre comme je l’ai fait moi-même. Ensuite avec des confinements à répétition, cela a bien évidemment amplifié les choses ».