Pour mon dernier article, je suis ravie de vous présenter Honorine, une jeune entrepreneuse et Alumni et l’EFAP que j’ai eu la chance d’interviewer dans le cadre de mes recherches pour ma thèse.

Honorine est la co-fondatrice d’EKHI, une entreprise qui met à l’honneur les femmes du vin à travers une sélection de vins produits par des vigneronnes. Elle a créé EKHI avec son associée Ambre en 2021 après avoir remporté Tomorrow Wine, un concours qui a lieu chaque année et qui vise à aider les jeunes porteurs de projets du secteur du vin à lancer leur activité en leur offrant 6 mois d’accompagnement dans l’incubateur Magrez Start Up Win et une dotation de 10 000€. Aujourd’hui,  Moissei, auparavant étudiant à l’ISV Montpellier (Institut Supérieur du Vin), les a rejoint dans l’aventure !

Je vous laisse sans plus attendre découvrir des extraits de linterview :

Pour commencer, peux-tu te présenter et présenter EKHI s’il te plaît ?

Je m’appelle Honorine, après mon Bac jai intégré lEFAP Paris pour des études de communication.  En dernière année, il y avait plusieurs parcours qui me tentaient, mais finalement j’ai décidé de choisir le MBA Vin et Spiritueux. Cest ce MBA qui nous a ouvert les portes du concours Tomorrow Wine à Ambre et moi et qui aujourd’hui nous a permis de lancer EKHI. Le nom Ekhi fait référence à la « fille de la terre » dans la mythologie basque.

EKHI, c’est un projet qui est féministe bien sûr, puisqu’on met en avant les femmes à travers une sélection de vins produits par des vigneronnes, mais c’est aussi un projet qui a pour but de replacer l’humain au cœur du produit. A côté de ça, on voulait aussi avoir une démarche environnementale qui nous tenait à cœur de par nos expériences passées. Dès le début on a essayé de mettre en place différentes initiatives pour réduire notre impact.

Quest ce qui vous a poussé à mettre les femmes au cœur de votre projet ?

On est parties du constat quen tant que femmes, on est de plus en plus nombreuses dans la filière vin. À titre d’exemple, aujourd’hui, à peu près un tiers des chefs d’exploitations viticoles sont des femmes et pourtant, quand on y pense, ce sont généralement des noms d’hommes qui nous viennent en tête. Il y a un véritable phénomène d’invisibilisation des femmes du vin et de leur travail à travers l’Histoire. On a donc voulu prendre le contre-pied et créer une marque pour les valoriser.

De quelle manière replacez-vous l’humain au cœur de la dégustation ?

Pendant très longtemps, les marques de vins mettaient en avant les cépages, les appellations, ce genre de choses, et nous, on ne se reconnaissait pas du tout là-dedans. On avait envie de savoir qui était derrière le produit !

Chez Ekhi, la rencontre des vigneronnes ça passe principalement par la pastille audio au dos de nos bouteilles qui permet justement d’entendre la voix de la viticultrice et d’en savoir plus sur elle, son vin, son savoir-faire… de partir à sa rencontre, comme si on était sur le domaine, au milieu des vignes, avec elle. Et sur chaque étiquette, on retrouve également le portrait de la vigneronne illustré par une artiste.

De quelle manière limitez-vous votre impact ?

On a opté pour une sélection de vins qui sont biologiques voire biodynamiques et maintenant on travaille aussi avec un domaine en conversion car la conversion demande beaucoup d’investissements, c’est important de soutenir cette démarche. On a aussi décidé d’utiliser des étiquettes qui sont en papier 100 % recyclé et on a supprimé la capsule qui est habituellement sur la bouteille.

Quels sont les leviers que vous utilisez pour vous faire connaître auprès du grand public ?

On communique dans la presse et on essaye d’aller autant que possible à la rencontre les consommateurs en direct sur les points de vente et sur des événements, car la dégustation est un point clef dans notre stratégie de vente ; mais nos leviers principaux restent les réseaux sociaux. On s’est toujours dit que c’était là où on allait s’investir le plus car je pense que c’est la meilleure façon pour faire connaître son entreprise, ses valeurs, etc. Et surtout ce sont des canaux qui permettent de parler du vin de manière décomplexée !

On a également réalisé une campagne de financement participatif sur Kiss Kiss Bank Bank qui nous a permis de lancer notre nouvelle gamme « Meet Anne-Laure » (en partenariat avec Anne-Laure Borras, élue vigneron.ne de l’année 2022) mais aussi de toucher des personnes et des associations qui ont les mêmes valeurs que nous. Ce qui est intéressant avec ce genre de plateforme, c’est quils catégorisent les projets selon les valeurs :  féminisme, made in France, biologique, etc.

Quels sont les réseaux sociaux que vous privilégiez ?

Actuellement, on est sur Facebook, Instagram et LinkedIn. Mais c’est sur Instagram et LinkedIn qu’on communique le plus. On a des produits avec des étiquettes originales, donc Instagram était une évidence pour nous ; aussi parce que c’est un réseau très plébiscité par les millénials. Et LinkedIn car cela nous permet de toucher un public très varié, en très peu de temps. On se met aujourd’hui doucement à prendre en main la plateforme TikTok qui permet une grande liberté dans la forme.

Quels sont les contenus qui fonctionnent le mieux ?

Sur Instagram, le côté visuel est très important, mais j’ai l’impression que peu à peu le contenu textuel le devient tout autant voire plus. Au-delà d’avoir du beau, les gens recherchent du contenu de qualité, du contenu pertinent, avec une vraie valeur ajoutée. De notre côté on observe beaucoup de curiosité, la volonté de s’informer et de se former sur les sujets du vin mais aussi du féminisme, du climat… Et ce qui est super, en tant que marque / créateur.rice de contenu, c’est que ça nous pousse aussi à donner le meilleur de nous-même. D’un côté pour produire un contenu pointu et accessible à la fois et d’un autre pour pousser nos engagements toujours plus loin. On ne peut pas se reposer sur nos lauriers et c’est, à mon sens, un moteur pour les entreprises qui veulent faire partie du monde de demain.

, Quand on se lance, ça doit être difficile de trouver des partenaires, surtout quand on est seulement 3 à tout gérer ? Comment avez-vous fait ?

Commercialement parlant, l’un de nos principaux partenaire est Ankorstore. C’est une plateforme en ligne qui est devenue une licorne récemment. Grâce à leur levée de fonds, ils ont réussi à toucher beaucoup de commerçant.e.s à travers l’Europe. Ça nous a permis de nous faire repérer et notamment à l’étranger où ce n’est pas toujours évident, quand on commence, d’avoir une base de données pertinente ou de savoir comment contacter ces personnes.

On démarche aussi des professionnel.le.s par nos propres moyens, mais c’est beaucoup plus long : il faut les repérer, ensuite les contacter, après avoir un rendez-vous – ce qui des fois met beaucoup de temps – , ensuite leur faire déguster les vins, une fois qu’ils/elles ont dégusté, il faut négocier les quantités, puis organiser le transport qui est un élément clef dans la vente de vin… Un processus tout à fait classique mais que l’on réussit à optimiser grâce à des partenaires clefs comme Ankorstore.

Mais je dirais que la chance qu’on a avec notre projet, c’est que depuis le début, on est bien entourés que ce soit par l’incubateur Bernard Magrez, les personnes rencontrées durant nos cursus scolaires, nos proches… Et petit à petit, on réussit à créer un réseau, que l’on enrichit chaque jour avec de nouvelles rencontres sur les événements, les marchés locaux, les réseaux sociaux…

Il y a beaucoup de jeunes qui se détournent du vin aujourdhui. Comment le vin pourrait-il regagner leur intérêt selon toi ?

Je pense qu’il faut s’amuser un peu avec les codes. Je pense même que c’est très important parce qu’il y a les vins du nouveau monde qui arrivent sur le marché. Des vins qui ont beaucoup moins le poids de la culture et de la tradition du vin. Et du coup, ils font des choses super sympas, avec plus de « légèreté ». Ils ont de très bons vins et si en France on n’arrive pas à se renouveler avec nos étiquettes, à s’amuser un peu, les jeunes vont se tourner vers les vins du nouveau monde, qui leurs parleront plus. Ils auront raison parce que c’est bien de faire du bon vin, mais il faut aussi proposer une expérience autour et ne pas considérer les amateurs de vin comme acquis.

Je pense aussi qu’il faut s’inspirer des marques de bière et de cidre. La demande est en pleine croissance et ce qui est super sympa avec ces produits là c’est qu’ils sont « libres ».C‘est fun, ils ont des formats sympas, ils ont des étiquettes décalées, il ny a aucun code, il y a des couleurs partout, ça donne envie !

Pour en revenir au vin, je pense qu’il faut repenser à la fois les étiquettes et peut-être aussi réfléchir à de nouveaux formats. Là, actuellement, on assiste a l’émergence de la canette, principalement aux États-Unis mais aussi en France, petit à petit. Personnellement je n’ai jamais testé et de prime abord, ce n’est pas le format qui me parle le plus mais pourquoi pas tenter l’expérience après tout, on pourrait être surpris !

Jai aussi souvenir du projet Tiny Wine Limited qui avait été proposé lors de Tomorrow Wine en 2020 par deux étudiantes de l’EFAP (Anaïs Rallier et Caroline Le Goff), c’était justement des petites bouteilles de bière en verre avec du vin dedans pour une consommation un peu plus instantanée et décomplexée… Je trouve que ça peut être un compromis intéressant entre la bouteille classique et la canette, et peut-être que ça sera un peu moins frustrant pour les Français que de de boire dans une canette. Après, c’est un avis personnel !

Si vous aussi vous voulez découvrir d’excellents vins de vigneronnes et les soutenir, vous pouvez commander sur le site EKHI !

Et pour suivre leurs aventures, RDV sur leurs comptes Instagram et LinkedIn !