Cette note méthodologique accompagne l'article Interview fictive : Camille Vasseur, experte en IA appliquée au marketing. Elle explique la conception de l'exercice, les outils mobilisés et, surtout, les précautions prises pour qu'un entretien imaginaire ne soit jamais confondu avec un entretien réel.

1. Les outils utilisés

  • Claude (Anthropic) — version payante Pro (claude.ai) : construction du persona, génération des questions et des réponses, relecture critique.
  • Yoast SEO — version gratuite : titre, méta description, structure des titres.
  • Hors IA : ma veille LinkedIn sur les praticiens de l'IA en équipe marketing, mes échanges professionnels chez OpenMedias et Be Off Frame, et la lecture des tendances publiques du secteur.

2. Exploration, développement d'idées et créativité

Le point de départ est une contrainte de calendrier éditorial : couvrir le format « interview expert » sans avoir encore sécurisé de créneau avec un professionnel. Deux options s'offraient à moi — publier en retard, ou traiter le format autrement et le dire. J'ai choisi la seconde, en transformant la contrainte en exercice de clarification : à quoi ressemblerait le discours le plus solide possible sur l'IA en marketing en 2026, et où serais-je en désaccord avec lui ?

J'ai demandé à l'IA de construire plusieurs profils d'experts plausibles, puis j'ai écarté les deux extrêmes — l'évangéliste technophile et le sceptique systématique — pour retenir un profil de consultante intervenant auprès d'entreprises de taille intermédiaire. C'est le point de vue le moins représenté dans le débat public, donc le plus intéressant à faire parler.

Idée écartée d'emblée : s'inspirer d'une personne réelle identifiable, même sans la nommer. Le risque d'attribution implicite était trop élevé.

3. Planification et organisation

La structure est volontairement classique — avertissement, portrait, cinq questions, synthèse — à une exception près : j'ai ajouté une section de désaccord personnel et une section sur les limites de l'exercice. Sans elles, l'article serait un faux entretien ; avec elles, il devient un exercice critique assumé.

Séquence de prompts en quatre temps : génération et tri des profils d'experts, construction des questions par ordre de difficulté croissante, rédaction des réponses dans la voix du persona, puis production de mes propres objections. Cette dernière étape a été faite séparément, pour éviter que le modèle ne génère à la fois la thèse et sa critique dans le même mouvement — ce qui donne toujours des oppositions artificielles et symétriques.

4. Rédaction, articulation et objectifs d'impact

L'IA a servi à donner une voix cohérente au persona : un registre, un rythme de réponse, une façon de nuancer. C'est précisément ce qu'elle fait de mieux, et c'est aussi ce qui rend l'exercice dangereux s'il n'est pas signalé — un entretien fictif bien écrit est indiscernable d'un entretien réel.

Objectifs d'impact : un titre qui contient le mot « fictive » afin que l'ambiguïté soit levée dès les résultats de recherche, une méta description qui le répète, une longueur de 900 à 1 000 mots, deux liens internes, et un appel à contribution pour obtenir un vrai entretien. L'indicateur de réussite est ici qualitatif : obtenir au moins une proposition d'interview réelle à la suite de cette publication.

5. Éthique, sources et hallucinations

C'est le cœur du sujet pour ce format. Un entretien généré par IA est, par construction, une suite d'affirmations sans source. Quatre garde-fous ont donc été posés : la mention « fictive » figure dans le titre, dans l'URL, dans le chapeau et dans un rappel final ; le nom et le cabinet sont inventés et vérifiés comme ne correspondant à aucune entité connue ; aucun chiffre, aucune étude et aucune date précise n'est cité dans les réponses, pour qu'aucune donnée invérifiable ne circule sous l'apparence d'une parole d'expert ; et mes propres désaccords, eux, sont ancrés dans mon expérience professionnelle réelle et identifiés comme tels.

La limite principale est frontale et je l'écris dans l'article : un entretien fictif ne produit aucune information nouvelle, ne crée aucune relation professionnelle et ne surprend jamais son auteur. Il ne remplace pas un entretien réel, et ne doit pas être présenté comme tel — ni au lecteur, ni à une équipe pédagogique, ni à un recruteur.

Avantage retenu malgré tout : l'exercice oblige à formuler clairement la position adverse avant de la critiquer, ce qui est un bon entraînement argumentatif.

6. Exemples de prompts et interactions

Prompt de construction du persona : « Propose cinq profils d'experts plausibles sur l'IA en marketing, en variant le type d'entreprise accompagnée et le degré d'enthousiasme. Pour chacun, indique quel angle mort il aurait. Ne génère aucun nom de personne réelle. »

Pourquoi il a fonctionné : demander l'angle mort de chaque profil dès la génération a permis de choisir celui dont les limites étaient les plus intéressantes à discuter — et a directement nourri ma section de désaccord.

Prompt de contrôle anti-confusion : « Relis ce texte comme si tu étais un lecteur pressé qui ne lit que le titre, le premier paragraphe et la conclusion. À ce rythme de lecture, peut-il croire que cette personne existe ? »

Résultat : oui, en première version. C'est ce test qui a conduit à ajouter l'avertissement en tête d'article, la mention dans le titre et le rappel final.


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