La gen Z : un tourisme 2.0

Interview – Pauline Chauvet

Voici, une partie de l’interview de Pauline que j’ai réalisé pour ma thèse. 

Cheffe de produit Amazon chez Vitavea

Pauline, quel est ton rôle aujourd’hui au sein de Vitavea ?
Je suis cheffe de produit dédiée au canal Amazon, ce qui veut dire que je suis responsable de l’ensemble du cycle de vie des produits qu’on développe spécifiquement pour cette plateforme. C’est un rôle très hybride : à la croisée du marketing, du digital, de la supply, et parfois même du SEO. Je travaille sur le choix des ingrédients, la formulation, les visuels… tout en m’assurant que le produit sera pertinent par rapport aux datas Amazon.

Qu’est-ce qui change quand on travaille pour Amazon par rapport à un réseau comme la pharmacie ?

Tout. Déjà, la temporalité : Amazon, c’est du temps réel. On capte un mot-clé qui explose ? Il faut que dans deux mois maximum, le produit soit en ligne. Ensuite, la manière dont on pense l’offre : sur Amazon, on vend d’abord une fiche produit, et non un produit. Il faut que chaque mot soit stratégique, que les visuels soient adaptés au mobile, que le titre donne envie et coche les cases de l’algorithme A9. Enfin, la donnée guide quasiment toutes nos décisions. Ce n’est pas « je pense que ça va marcher », c’est Jungle Scout nous montre que ce mot-clé génère 20 000 recherches/mois avec peu de concurrents bien référencés. 

Tu parlais de formulation : comment ça se passe en pratique ?
On utilise des outils comme Jungle Scout pour détecter les ingrédients qui montent. C’est ce qui nous a permis de lancer très vite un complément à base de Morosil, alors qu’aucune marque française n’était encore dessus. On a aussi une IA interne, HaveaIA, qui nous permet d’accéder à des bases de données internes, des historiques de ventes, des fiches PIM, etc. Tout est centralisé. C’est un vrai levier de réactivité.

Et concrètement, l’IA t’aide comment au quotidien ?
On utilise ChatGPT pour faire varier nos bullet points en fonction des pays, ou pour adapter un même produit à différents leviers émotionnels : en France on valorise le prix, en Italie la naturalité, en Allemagne l’efficacité. Et surtout, on gagne un temps fou. Quand tu as 15 lancements en parallèle, il faut aller vite, sans sacrifier la qualité.

Amazon est-il un canal contraignant ?
C’est un canal exigeant. Chaque détail compte. Mais c’est aussi un laboratoire fabuleux. On peut tester un format 30 gélules pour la France, voir s’il fonctionne, et très vite adapter le 60 pour l’Espagne si on voit que le volume est mieux perçu. On a accès à des données qu’on n’aurait jamais ailleurs : clics, scroll, abandon panier, recherche interne. Ce sont ces datas qui nourrissent notre stratégie produit.

Tu dirais que vous êtes agiles ?
Oui, parce qu’on a dû le devenir. Amazon te force à sortir d’une logique classique de « gros lancement annuel ». Ici, on fonctionne en test & learn permanent. Un produit ne marche pas ? On retravaille le facing, le prix, les visuels. Et s’il décolle ? On le décline vite pour d’autres pays. C’est cette agilité qui nous permet de garder une longueur d’avance.

Et l’image de marque dans tout ça ?
C’est notre prochain défi. On a de bonnes références, on performe en CA, mais on manque encore d’une vraie personnalité de marque sur Amazon. L’idée, c’est de garder l’efficacité des fiches tout en installant un ton, une identité, une émotion. Parce qu’au final, ce n’est pas juste un moteur, c’est un point de contact fort avec nos consommateurs.

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