INTERVIEW EXPERT : Noémie Porotti et l’IA au poste Digital Content Manager chez Caudalie
C’est dans le cadre de mes recherches pour ma thèse professionnelle que j’ai pu interrogé Noémie POROTTI, Digital Content Manager et ma tutrice chez Caudalie, au sujet de l’intégration de l’intelligence artificielle dans l’industrie cosmétique premium.
Phase 1 : Ice-breaker
Pour commencer, comment décrirais-tu l’impact actuel de l’IA générative sur ton métier au quotidien ? Est-ce plutôt un outil d’exécution, de réflexion, ou une contrainte ?
Noémie : Je ne la vois absolument pas comme une contrainte, car mon métier n’est pas centré sur la création pure
Actuellement, quels sont les outils d’IA (texte, image, vidéo) que tu utilises ou que l’équipe utilise le plus, et pour quels types de livrables ?
Noémie : L’usage diffère selon les pôles
Si l’on prend l’industrie cosmétique dans son ensemble, que pensez-vous de l’IA et de son impact global : représente-t-elle une évolution des processus ou une véritable révolution du modèle créatif ?
Noémie : Pour le moment, je dirais que c’est une évolution majeure des processus, mais pas encore une révolution
Phase 2 : Le coeur de la problématique, le paradoxe de l’authenticité
L’IA a tendance à produire des visuels très « lisses » et parfaits. Comment fait-on pour préserver l’aspect organique, texturé et naturel d’un produit de soin face à cette standardisation algorithmique ?
Noémie : Il est impératif de conserver un lien fort avec le réel. Par exemple, le rendu d’une texture sur la peau ou le produit dans son environnement sont des éléments très difficiles à recréer virtuellement avec exactitude
Penses-tu qu’une marque de cosmétique premium risque de perdre la confiance de ses clientes si elle automatise massivement sa création de contenu publicitaire ?
Noémie : Oui, je le pense, surtout si l’usage de l’IA devient trop visible. Les clientes restent très attachées à l’authenticité
Face à l’IA, comment redéfinis-tu la notion de « Direction Artistique » ? Quelle est la valeur ajoutée irremplaçable de l’humain aujourd’hui dans une campagne ?
Noémie : Effectivement, les contenus trop « parfaits » performent d’ailleurs moins bien sur les réseaux sociaux
Phase 3 : L’enjeu créatif
À quelle étape du processus créatif l’IA est-elle la plus pertinente selon toi : le moodboard/l’idéation, le prototypage, ou la production finale des déclinaisons (Social Ads, etc.) ?
Noémie : Indéniablement au moment de l’idéation et de la création de moodboards
As-tu déjà dû « freiner » l’usage de l’IA sur un projet parce que le résultat manquait de « chair » ou d’émotion, éléments pourtant cruciaux pour toucher la cible (notamment la Gen Z) ?
Noémie : Je ne dirais pas freiner, mais plutôt équilibrer. Sur les Eaux Fraîches, nous avons conçu des campagnes en IA, mais à un moment donné, nous avons arrêté de lui demander de générer de nouveaux visuels en boucle
Comment le prompt engineering s’intègre-t-il concrètement dans tes méthodes de travail ? Est-ce devenu une compétence indispensable pour un Content Manager ?
Noémie : C’est une pratique qui prend de plus en plus de place
Phase 4 : Les enjeux émergents
L’industrie cosmétique pousse de plus en plus vers l’éco-responsabilité. Comment concilier cette exigence de « naturalité » avec l’empreinte carbone très lourde des serveurs qui génèrent ces campagnes IA ?
Noémie : C’est une question épineuse à laquelle toutes nos industries vont devoir faire face
Comment gère-t-on la question des droits d’auteur et de la propriété intellectuelle sur les visuels de campagnes générés par intelligence artificielle ?
Noémie : N’étant pas juriste, ma réponse sera nuancée
Pour conclure, à quoi ressemblera selon vous le département « Création de Contenu » idéal d’une marque de cosmétique dans 5 ans ?
Noémie : Se projeter dans cinq ans est vertigineux vu la vitesse d’évolution