Entretien avec harry : social media manager chez playstation
En tant que Social Media Manager chez Playstation, est-ce que tu trouves que le digital a vraiment transformé le marketing dans le jeu vidéo ces dernières années ? Tu as des exemples concrets où il a fait une grosse différence ?
« Oui, complètement. Le digital a tout changé. Avant, les joueurs découvraient les jeux via des jaquettes attractives, les magazines papier, ou même la télé. Le marketing était beaucoup plus indirect. Maintenant, on va chercher les gens directement là où ils sont, grâce aux réseaux sociaux ou aux influenceurs.
Je pense aussi aux promotions constantes qu’on voit aujourd’hui : avec des plateformes comme Steam ou l’Epic Games Store, il y a toujours une offre ou une campagne pour attirer l’attention. Le digital permet de toucher directement les joueurs, mais il exige aussi de leur donner toutes les informations qu’ils attendent avant même qu’ils achètent un jeu. »
Selon toi, qu’est-ce que les réseaux sociaux ont apporté de positif et de négatif dans le marketing des jeux vidéo ?
« Les réseaux sociaux, c’est un accélérateur. D’un côté, il y a plein d’aspects positifs. Ça donne une sensation de proximité entre les marques et les joueurs. Les marques peuvent partager des infos en temps réel : une mise à jour, un trailer, une promotion. Et les joueurs, eux, peuvent s’exprimer facilement. Ils donnent leur feedback directement, là où avant, ils devaient passer par des forums un peu fermés.
Mais le revers, c’est que tout peut partir très vite en « bad buzz ». En social media chez Playstation, une simple maladresse peut enflammer une communauté. Les joueurs sont parfois très véhéments, et les réseaux amplifient ces réactions. C’est un outil puissant, mais qui peut vite devenir ingérable. »
Le digital a-t-il selon toi renforcé ou complexifié la relation entre les marques de jeux vidéo et leurs communautés ?
« Je dirais que ça a complexifié les choses, mais de manière positive. Avant, les marques communiquaient dans un seul sens : elles balançaient une pub à la télé ou dans un magazine, et c’était fini. Maintenant, il faut gérer une relation dans les deux sens, avec des attentes spécifiques pour chaque plateforme.
Par exemple, sur TikTok, tu dois être drôle et spontané, alors que sur Twitter ou Reddit, c’est plus sérieux. Cette complexité te pousse à être précis et à anticiper les retours des joueurs. Mais si tu t’y prends bien, ça renforce énormément le lien avec la communauté. »
Avec la disparition progressive du physique (collectors, salons, boîtes de jeu), tu vois ça évoluer comment ? Full digital ou il reste une place pour le physique dans l’expérience des joueurs ?
« Je ne pense pas que le physique disparaîtra complètement. Il y aura toujours des collectors ou des éditions spéciales pour les fans hardcore, notamment chez Playstation. Par contre, pour le grand public, oui, on est déjà en train de basculer vers du full digital. Les salons, par exemple, sont devenus trop chers à organiser.
Cela dit, je vois aussi un besoin de revenir au physique après le COVID. Les joueurs, comme les marques, veulent recréer ce lien humain. Même si le digital domine, les formats physiques ou les événements resteront importants pour certains segments. »
Est-ce que l’importance croissante des données et des KPI dans le marketing digital rend plus difficile de laisser de la place à la créativité dans les campagnes de marque, ou est-ce que ça stimule une nouvelle forme d’innovation ?
« C’est un peu des deux. Les données sont utiles pour comprendre les attentes des joueurs ou mesurer ce qui marche. Mais si tu te laisses trop guider par les KPI, tu risques de perdre l’essence de la créativité.
Les joueurs se rendent compte quand une campagne est trop « froide », trop calculée. Ils veulent sentir la passion derrière les projets, pas juste une optimisation pour des actionnaires. C’est pour ça que certaines marques indépendantes marchent bien : elles restent authentiques, et les joueurs le ressentent. »
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Tu vois l’arrivée de l’IA comme une opportunité ou une menace pour le marketing dans le jeu vidéo ? Tu imagines des tâches où elle serait vraiment utile ou carrément risquée ?
« L’IA, c’est une révolution. Ça peut être super utile pour des tâches répétitives, comme programmer des posts en avance ou traduire des contenus. Mais pour la création, je suis plus sceptique. Utiliser l’IA pour générer des images ou du contenu créatif, c’est risqué. Les joueurs détectent très vite quand un contenu manque d’authenticité.
Il faut donc utiliser l’IA comme un outil d’assistance, pas comme un remplaçant. Sinon, on perd l’âme du marketing et des jeux vidéo. »
Selon toi, quelle pourrait être la prochaine grande révolution digitale dans la construction des marques JV ?
« J’imagine un futur où les joueurs participeraient activement à la création des jeux. Un peu comme ce qu’on a vu avec r/place sur Reddit, mais appliqué au développement. On pourrait imaginer des projets collaboratifs où les joueurs conceptualisent un jeu avec les développeurs.
Sinon, je pense que le cloud gaming et les abonnements comme le Game Pass vont continuer de changer le marché. On pourrait aussi voir de nouveaux entrants, comme des investisseurs des Émirats, qui bouleverseraient les règles avec des budgets colossaux. »