Interview de Vincent Wulleman, programmateur cinéma chez Eurozoom

La gen Z : un tourisme 2.0

En quoi consiste votre métier de programmateur cinéma chez Eurozoom ?

« Le métier de programmateur cinéma consiste principalement à négocier avec les exploitants de salles (responsables de programmation et directeurs de salles) afin de placer nos films dans le plus grand nombre de cinémas possible lors de leur sortie. Chaque semaine, entre 15 et 20 films sortent en salles, et l’enjeu est de positionner nos films face à cette concurrence. »

Comment se déroule la sélection et la programmation des films que vous distribuez ?

« La sélection des films est principalement réalisée par notre PDG et notre directeur des acquisitions. Ils repèrent des films par divers biais : annonces de production, rendez-vous avec des vendeurs ou producteurs, etc.

Les critères d’acquisition incluent :

  • La qualité du projet (scénario, première version, version finale),
  • Le potentiel du film (présentation en festivals majeurs, potentiel au box-office),
  • L’adéquation du film avec la ligne éditoriale de notre société.

Une fois l’acquisition faite, nous établissons une stratégie de sortie :
1. Taille de sortie : nombre de copies du film, pouvant aller de quelques exemplaires à plusieurs centaines en fonction du potentiel estimé du film,
2. Plan de sortie : choix des salles en fonction de leur typologie (cinémas généralistes, art et essai, multiplexes),
3. Programmation et négociation : prise de contact avec les salles pour les convaincre de diffuser notre film. »

Avez-vous observé un changement dans les habitudes des spectateurs ces dernières années ?

« Oui, plusieurs changements sont notables, notamment à cause du COVID. Depuis la pandémie, la fréquentation des salles n’a pas retrouvé ses niveaux d’avant 2019.

De plus, la répartition des entrées est plus inégale :
Les blockbusters conservent des chiffres similaires à ceux d’avant le COVID,
Le cinéma d’auteur souffre davantage, avec une augmentation des échecs en salle.

Le streaming a aussi modifié les habitudes. Certains publics, notamment les 15-25 ans, sont plus volatils et ont moins tendance à se déplacer au cinéma. Les réseaux sociaux, en particulier TikTok, sont devenus des facteurs d’influence importants, mais difficiles à maîtriser. Parfois, un film bénéficie d’un engouement spontané sur TikTok qui booste ses entrées, comme ce fut le cas pour Le Consentement et Tout Sauf Toi. »

 

Quels sont les types de films qui attirent le plus de spectateurs aujourd’hui ?

« Les films à gros budget, comme les blockbusters américains, continuent d’attirer du public.

Le cinéma de genre (films d’horreur, action) et les adaptations de grands classiques comme Le Comte de Monte-Cristo fonctionnent bien. Les comédies françaises restent aussi un genre populaire.

Cependant, il devient de plus en plus difficile de prédire le succès d’un film. Certains films qui semblaient être des valeurs sûres, comme Mission Impossible 7, qui, bien qu’ayant réalisé de bons résultats, n’a pas répondu aux attentes élevées initialement fixées. »

Le public français est-il plus réceptif aux films étrangers qu’auparavant ?

« Oui et non. Les films d’animation japonais ont su fidéliser un public en France, et Eurozoom est reconnu comme le distributeur ayant sorti le plus de films d’animation japonais en salles en Europe. Cependant, l’ouverture aux films étrangers reste inégale selon les genres et le marketing qui les accompagne. »

Quels sont, selon vous, les principaux défis auxquels sont confrontés les distributeurs aujourd’hui ?

« Le principal défi est la concurrence accrue.
Avant le COVID, on comptait entre 8 et 12 sorties par semaine, aujourd’hui on est à 15 à 20 films chaque semaine. Cela complique la visibilité des films et rend les négociations avec les exploitants plus difficiles.
Il y a aussi un enjeu économique majeur : les coûts de marketing et de communication ont explosé, rendant difficile la promotion efficace des films sans un budget conséquent. Par exemple, un budget de 100 000 € de budget marketing aujourd’hui a moins d’impact qu’il y a dix ans. »

0 commentaires

Laisser un commentaire

Camille Arnaud 

Étudiante au MBA Marketing Digital and Business – EFAP Paris