Interview de Sophie Carlier, directrice financière de Waynium

par | Fév 7, 2026 | Robots & IA | 0 commentaires

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IA et finance dans le SaaS : retour d’expérience de Sophie Ribotte, directrice financière de Waynium

Dans les entreprises SaaS, la fonction finance connaît une évolution profonde sous l’effet de l’automatisation et de l’intelligence artificielle. Ces transformations ne se limitent plus à des gains de productivité, mais modifient la manière dont les directions financières analysent la performance, interagissent avec les équipes métiers et participent aux décisions stratégiques. Pour illustrer concrètement ces évolutions, nous avons rencontré Sophie Carlier, directrice financière chez Waynium, éditeur de logiciels dédiés à la gestion du transport de personnes. Elle partage son retour d’expérience sur l’usage de l’IA, l’évolution de son rôle et l’équilibre entre outils automatisés et jugement humain.


Pouvez-vous préciser votre rôle de directrice financière chez Waynium et les grandes familles de tâches qui occupent votre temps aujourd’hui ?

Je suis directrice financière de Waynium, qui édite le logiciel de gestion WAY-Plan, le réseau collaboratif WAY-Corp et l’application chauffeurs WAY-D pour les entreprises de transport de personnes. Je pilote l’ensemble de la fonction finance, de la comptabilité au contrôle de gestion, en passant par la trésorerie, le suivi des revenus récurrents liés aux abonnements WAY-Plan et l’analyse de la rentabilité par offre et par segment de clients. Une part importante de mon temps est également consacrée aux reportings issus des données WAY-Plan et WAY-Corp, à la préparation budgétaire et aux échanges réguliers avec la direction générale, les équipes produit et commerciales afin d’arbitrer les investissements.

Utilisez-vous déjà des outils d’IA dans votre travail quotidien, au sens large ?

Oui, l’IA est présente à plusieurs niveaux. À titre individuel, j’utilise des outils comme ChatGPT pour structurer des notes financières, préparer des supports de présentation ou reformuler certains messages afin de les rendre plus clairs. À un niveau plus structurant, notre stack d’outils intègre des briques d’analyse avancée et de prévision dans notre solution de business intelligence, directement alimentée par les données issues de WAY-Plan et de WAY-Corp. Ces outils nous permettent de détecter plus rapidement des variations de marges, d’analyser l’évolution de l’usage des modules du logiciel et de projeter le revenu récurrent avec davantage de précision.

Quelles sont les tâches ou processus financiers qui ont déjà été automatisés ou augmentés par l’IA chez Waynium ?

Une grande partie de la chaîne financière est aujourd’hui automatisée grâce à nos propres solutions. Les données opérationnelles proviennent directement de WAY-Plan, qu’il s’agisse des missions, des devis, de la facturation, des encaissements ou des statistiques d’activité. Les échanges inter-entreprises transitent par WAY-Corp et l’exécution terrain est assurée par l’application chauffeur WAY-D. L’ensemble de ces données alimente nos reportings financiers et permet d’automatiser la génération récurrente de factures, certains rapprochements liés aux abonnements, des relances standard ainsi que la mise à jour des tableaux de bord. Nous utilisons également des modèles de projection du revenu récurrent fondés sur l’usage réel du logiciel.

Avez-vous ajouté de nouvelles tâches spécifiques liées à l’IA dans votre quotidien ?

Oui, très clairement. La qualité des données issues de WAY-Plan, WAY-Corp et WAY-D est devenue un enjeu central. Des informations mal saisies ou incomplètes peuvent fausser immédiatement les analyses financières et les modèles de prévision. Il existe aussi un travail de supervision des analyses automatiques, notamment lorsque des alertes signalent une baisse de marge sur un type de transport ou une zone donnée. Enfin, nous avons développé des compétences autour de la formulation des questions adressées aux outils d’IA et de la traçabilité des hypothèses utilisées, afin de rester cohérents avec les exigences comptables et réglementaires.

Depuis l’arrivée de ces outils, as-tu constaté une évolution dans la répartition de ton temps de travail ?

Oui, de manière assez nette. La production des chiffres est aujourd’hui plus rapide grâce à l’automatisation des tableaux de bord, ce qui réduit le temps consacré à la consolidation. En revanche, le temps dédié à l’analyse et à l’interprétation augmente. Les échanges avec les équipes produit et commerciales sont plus fréquents et portent davantage sur la rentabilité de certains types de missions, l’impact du réseau WAY-Corp sur le taux de remplissage ou encore l’adoption de l’application WAY-D et ses effets sur la fidélisation des clients.

Pour vous, l’IA dans la fonction finance est-elle avant tout un levier ou un risque ?

Je la considère avant tout comme un levier d’efficacité. Dans un modèle SaaS, de nombreuses tâches sont répétitives, comme la facturation récurrente ou le suivi des encaissements, et leur automatisation améliore la fiabilité tout en libérant du temps. Le risque serait de considérer les modèles comme infaillibles. Le cœur du métier reste le jugement humain, la compréhension du marché du transport de personnes et la capacité à arbitrer entre croissance, qualité de service et rentabilité.

Certaines tâches financières vous paraissent-elles aujourd’hui moins valorisées, tandis que d’autres prennent davantage d’importance ?

La production de rapports standardisés issus de WAY-Plan et WAY-Corp est devenue moins différenciante. En revanche, prennent de la valeur les tâches qui consistent à relier les chiffres à la réalité opérationnelle, comme analyser une baisse de rentabilité sur un flux de missions, comprendre le sous-usage de certains modules du logiciel ou arbitrer sur des évolutions tarifaires. Ce travail à l’interface entre données, produit et business reste profondément humain.

L’IA change-t-elle la manière dont la finance collabore avec les autres équipes ?

Oui, elle modifie la granularité et la fréquence des échanges. Avec les équipes produit, nous utilisons les données d’usage de WAY-Plan pour mesurer l’impact économique des évolutions fonctionnelles. Avec les équipes en charge de WAY-Corp, nous analysons la valeur créée par le réseau et ses effets sur la marge et la fidélisation. L’IA accélère ces analyses et permet des décisions plus rapides, tout en nécessitant un effort de pédagogie sur les indicateurs.

Avez-vous observé des évolutions d’organisation depuis l’introduction de l’IA ?

Oui, les profils data et business intelligence ont pris une place centrale. Ils travaillent au croisement des flux de données issus de WAY-Plan, WAY-Corp et WAY-D, en lien étroit avec la finance. Cette dernière participe désormais à la définition des métriques clés, à la gouvernance de la donnée et à la validation des modèles utilisés.

Comment Waynium accompagne-t-il cette évolution en interne ?

Waynium investit dans la modernisation continue des outils autour de WAY-Plan, dans la structuration du réseau WAY-Corp comme levier business mesurable et dans la montée en compétence des équipes sur la culture data et l’usage raisonné de l’IA. Côté finance, cela se traduit par des formations et des ateliers transverses pour aligner les indicateurs entre les équipes.

Avez-vous constaté un impact concret de l’IA sur la qualité des décisions financières ?

Oui, notamment grâce à la détection plus précoce de signaux faibles. Un exemple concerne l’identification rapide d’une dégradation de marge sur certains segments de clients utilisant WAY-Plan pour des missions très fragmentées. Ces analyses nous ont permis d’ajuster plus tôt certaines conditions commerciales et le positionnement de l’offre.

Quels sont aujourd’hui les principaux enjeux liés à l’usage de l’IA en finance ?

Les enjeux portent principalement sur la qualité et la complétude des données, la confidentialité des informations des clients et la conformité réglementaire. Il est également essentiel de pouvoir expliquer les résultats produits par les modèles, afin qu’ils restent des outils d’aide à la décision et non des boîtes noires.

Comment trouvez-vous l’équilibre entre ce qui est automatisé et ce qui doit rester humain ?

Tout ce qui relève de la mécanique, comme la facturation automatique, les relances standard ou la mise à jour des tableaux de bord, doit être automatisé. Dès qu’il s’agit d’interprétation, de négociation ou de décision stratégique, la décision reste humaine. Les outils proposent des scénarios, mais la finance et la direction tranchent.

Comment imaginez-vous la fonction financière de Waynium dans cinq à dix ans ?

La comptabilité opérationnelle sera très largement automatisée. Le directeur financier sera avant tout un architecte de scénarios, capable de modéliser la croissance, de simuler de nouveaux modèles économiques et de piloter les risques. L’IA sera omniprésente, mais la valeur du rôle résidera dans la capacité à cadrer et challenger les hypothèses.

Pouvez-vous partager un exemple précis où l’IA a eu un impact fort chez Waynium ?

Un exemple structurant concerne la projection du revenu récurrent en combinant les abonnements à WAY-Plan, l’usage réel du logiciel, l’activité via WAY-D et les flux de missions sur WAY-Corp. Ce modèle permet aujourd’hui d’anticiper plus finement le risque de perte de clients et d’identifier des opportunités d’évolution par segment, avec des scénarios de croissance bien plus précis qu’auparavant.