La pandémie ayant révélé un décrochage scolaire au primaire de 7% selon le ministère et de 30% selon les instituteurs (source: letudiant.fr), Wiloki apparaît comme l’appli parfaite des 7-14 ans, qui vient compléter l’apprentissage en classe et/ou consolider les acquis avant la rentrée, en s’amusant bien sûr. 

 J’ai échangé avec Manon Oskian, co-fondatrice de Wiloki, autour des raisons qui l’ont poussé à se lancer dans ce projet edtech avec ses frères, mais surtout sur l’impact et la vision qu’elle souhaite atteindre grâce à cette plateforme de personnalisation du soutien scolaire en ligne. 

 À quoi ressemblera l’Éducation dans 20 ans ? Comment évoluera le métier d’enseignant ? Comment donner envie d’apprendre ? Jusqu’où iront les nouvelles technologies dans l’accompagnement des élèves ? Voilà les grands questionnements traités dans mon article réalisé dans le cadre de ma formation au MBADMB. Bonne lecture !

Quelle est ta définition de l’intelligence ?

Un des points clé de l’intelligence pour moi, c’est surtout la capacité à apprendre, à s’améliorer et à continuer d’apprendre. 

Comment est né Wiloki ? De qui est née cette idée ? 

On a lancé véritablement Wiloki il y a deux ans, mais cela fait des années qu’on en parle. On l’a lancé à trois avec mes frères Thibault et Hugo. Nous avons des profils très complémentaires : Thibault est réalisateur, Hugo freelance en effets spéciaux et moi j’ai le profil business. L’apprentissage vient avant tout d’un contenu audiovisuel de qualité, et nous tentons d’apporter ce contenu à travers des vidéos, des visuels, des podcasts…

L’éducation est un des enjeux clé pour pouvoir avoir un vrai impact sur la société aujourd’hui, et il y a énormément à faire. On sait que les nouvelles technologies peuvent devenir un vrai allié pour les professeurs et pour l’apprentissage. Donc on a voulu faire partie de ce gros chantier qui est l’Éducation, décrit comme la prochaine grande révolution de notre ère par deux visionnaires : Bill Gates et Steve Jobs, selon leurs échanges retranscrits dans la biographie de ce dernier. Nous nous sommes concentré sur cette tranche d’âge des 7-14 ans car c’est vraiment là qu’on acquiert les savoirs fondamentaux pour la suite et qu’on peut donner aux enfants le goût d’apprendre. 

Comment tu expliques le système scolaire en France aujourd’hui ?

Je schématise un peu mais, certes, on a tous des professeurs géniaux inspirants qui nous ont donné la passion pour un domaine. Pour certains élèves, le système fonctionne très bien. Nous avons aujourd’hui un système unique, centralisé qui convient à un certain nombre d’élèves, mais qui ne peut pas convenir à tous les élèves évidemment. C’est un peu : “Si tu rentres dedans tant mieux pour toi, mais si ça ne te convient pas, tant pis”. 

On ne peut pas blâmer le corps professoral. Un(e) enseignant(e) seul(e) devant une classe de 30 élèves, il/elle a un programme à remplir, des étapes clés à suivre, et tel que le système est fait aujourd’hui, la vraie question c’est plutôt de savoir si les enfants qui ne se sont pas adaptés au système,  s’adapteront à cet(tte) enseignant(e). 

Qu’est-ce qui ne va pas dans le système scolaire aujourd’hui en France ? 

Nous avons lancé Wiloki pas pour les écoles, mais pour les élèves, chez eux. Donc on voyait Wiloki vraiment comme une solution qui peut compléter ce que le système ne peut pas apporter. D’autre part, le vrai problème du système aujourd’hui comme on l’a évoqué, c’est ce manque de personnalisation. Il y a un problème de ressources et un problème de lenteur du changement qui font que ce sont plutôt les démarches individuelles qui font bouger les choses plutôt que le système lui-même. 

Y a-t-il d’autres modèles scolaires dans le monde qui vous inspirent chez Wiloki ?

Si tu parles des systèmes d’Europe du Nord, forcément on les a pas mal observé en effet. Mais au-delà de ça, on s’est plutôt demandé : “À quoi va ressembler l’école dans 20 ans?”. Ce en quoi on croit très fort, et ce qu’on voudrait apporter via Wiloki à l’École, c’est des nouvelles technologies qui apportent tout un apprentissage personnalisé qui s’adapte entièrement aux besoins de l’enfant (expérience personnalisée, apprentissage immersif, beaucoup plus concret et de l’accompagnement aussi). En se concentrant sur des classes plus restreintes autour de la pratique du coaching. Cela ne peut que valoriser l’enseignant(e), car il/elle ira chercher une passion chez l’élève, et c’est aussi en ça qu’il/elle ne sera jamais remplaçable par une machine. 

Comment travaillez-vous avec les professeurs ? 

Aujourd’hui il y a des professeurs qui nous contactent pro activement et qui voient Wiloki comme quelque chose qui vient en complément de ce qu’ils font. Donc  nous travaillons vraiment sur cette remontée d’informations vers les professeurs pour qu’eux-mêmes puissent adapter leur apprentissage aux enfants. 

Vers où évolue le rôle de ces professeurs ?

Ce qui est important pour nous, c’est que les enseignant(e)s garde une réelle compétence active, comme apprendre à apprendre aux élèves. C’est de les accompagner, à travers du coaching ou de l’expertise, c’est une vraie valeur ajoutée avec laquelle ils peuvent inspirer de la passion et du savoir faire. Mais ça c’est si on se projette loin. 

Comment exporte-t-on une solution éducative d’un pays à un autre, d’une culture à une autre ? 

On a pensé Wiloki dès le début comme une solution universelle, qu’on’ allait pouvoir facilement transporter. C’est aussi pour cela qu’on a choisi cette tranche d’âge, car elle arrive avant la spécialisation dans les études, on s’est donc concentré sur les savoirs fondamentaux qu’un enfant doit connaître. Mis à part quelques ajustements, partout dans le monde on apprend à peu près la même chose entre 7 et 14 ans. Ensuite, nous avons une vraie vocation à personnaliser l’enseignement, à s’adapter à l’enfant, donc qu’on soit français, anglais ou espagnol, l’adaptation est notre force, l’objectif étant de s’adapter à l’enfant quelque soit sa culture. Enfin, notamment sur les podcasts, Wiloki fait attention à traiter des sujets universels et pas seulement franco-français. 

Qu’est-ce que votre dernière levée de fonds de 1 million va apporter à Wiloki ? 

Surtout de l’investissement produit. Nous sommes en train d’améliorer tout ce qu’on a mis en place dans l’application : enrichissement du contenu, enrichissement  des techniques de productions, de la partie recherche et développement etc.. Toute la partie algorithme également, qui doit passer des caps, mais on doit aussi accélérer d’un point de vue marketing, pour avoir un produit stable, complet et facile à exporter. 

Est-ce que tu peux nous parler un petit peu de votre algorithme ?

Pour l’instant, nous sommes à un premier niveau d’algorithme et d’apprentissage adaptatif. Nous avons hiérarchisé au maximum nos contenus et modularisé nos contenus. Nous avons développé en interne des matrices de compétence pédagogique, qui s’appuient sur ces fameux savoirs fondamentaux que les enfants doivent apprendre,  et qui nous permettent d’aller très loin dans la granularité d’apprentissage. Une matière est divisée en thèmes, qu’on a divisé en compétences, divisées en notions auxquelles on attribue un âge, avec différents niveaux de difficultés dans les vidéos et exercices. 

Tous les contenus que l’on produit s’imbriquent dans cette hiérarchisation, ce qui nous permet d’avoir des contenus extrêmement modulaires qu’on peut aller chercher et envoyer de manière fluide. Ce premier point nous permet de bâtir un parcours d’apprentissage le plus personnalisé possible pour un premier niveau comme le nôtre.

Le deuxième point c’est l’analyse de données. Aujourd’hui, nous avons des centaines de millions de données et, au-delà de la partie pédagogique, on peut voir si l’enfant est allé dans les fonctionnalités de sociabilisation de Wiloki, ou celles de gamification, de compétition, d’encouragement etc.. Donc nous savons même comment bien le motiver à apprendre.

Et pour le dernier point, c’est plus une méthode en laquelle nous croyons : nous avons conçu un parcours “type”, grâce auquel on peut démarrer dans l’application. Enfin, nous croyons dans la régularité du travail des élèves, qui guide aussi nos algorithmes.

Les centaines de millions de données que l’on a collecté vont entraîner encore plus les algorithmes pour aller plus loin dans la personnalisation, et aussi peut-être nous faire découvrir des choses auxquelles on aurait pas pensé instinctivement. 

Plus loin dans la personnalisation cela veut dire aussi élargir la cible vers les enfants qui ont des difficultés par exemple ?

Nous nous adaptons à chaque enfant, mais nous n’avons pas fait travailler des experts pour des enfants avec des problèmes comme la dyslexie par exemple, dans le but de répondre en particulier à ces problèmes. En revanche, en Belgique par exemple, un professeur qui a des enfants à difficultés, nous a dit que ses élèves ne sont jamais découragés d’apprendre, grâce à Wiloki qui s’adapte à leur niveau et qui leur permet d’avancer pas à pas. 

Selon Ken Robinsons, l’école tue la créativité. Est-ce que Wiloki a le potentiel de conserver et stimuler la créativité de ses utilisateurs ?

Nous avons des artistes dans la famille *rires*, donc on essaie de mettre la créativité dans un maximum d’aspects de Wiloki : par exemple lors des lives hebdomadaires sur nos réseaux où l’on communique ces valeurs, mais également dans les fonctionnalités de user generated content qui permet aux utilisateurs de participer à la création de contenu. La créativité fait vraiment partie des discussions qu’on a en ce moment. 

Votre papa, co-créateur d’Adibou est lui aussi un entrepreneur aguerri. Qu’est-ce que vous avez pu tirer de bon de son parcours ?

On a pu observer son quotidien, à l’opposé du « métro, boulot, dodo”. Un quotidien extrêmement chargé au niveau du volume de travail, mais on l’a vu aussi passionné par son job. Il nous a toujours dit : “Si tu fais quelque chose, fais-le à fond”. Concernant ce qu’il apporté au projet, il nous a enseigné à rester opérationnel dans le quotidien et jamais perdre de vue la stratégie, mais aussi à avoir de vrais moments d’échange entre nous trois pour garder cette hauteur. 

Dans un milieu tech encore très testostéroné, a quels obstacles on fait encore face en tant que femme CEO/cofounder ? 

Quand on regarde les statistiques, apparemment c’est plus difficile d’être entrepreneure, et il y a beaucoup moins de femmes qui lèvent des fonds par exemple. Dans les faits, quand je me rend à des rendez-vous investisseurs ou tech, je suis très souvent la seule femme. Mais je ne l’ai jamais perçu comme un obstacle. J’ai peu de mauvaises expériences à ce niveau-là, j’ai plutôt l’impression d’avoir eu des discussions concentrées sur le business que sur mon genre. Je vois plutôt des opportunités à saisir, car nous sommes quand même dans une période où les choses changent, où tout le monde a intérêt à voir venir des projets portés par des femmes. Après, 100% de nos contacts investisseurs sont des hommes, mais c ‘est aussi à nous de faire bouger les choses et pas qu’aux hommes.

Camille Goirand