Isabelle BOUILLOUX

Dans le cadre de l’élaboration de ma thèse professionnelle sur le sujet de la phygitalisation des bijouteries, j’ai pris un vrai plaisir à croiser la route d’Isabelle Bouilloux, Chief Digital Officer et Directrice de l’innovation au sein du comité interprofessionnel Francéclat.

Parmi un choix de questions, voici on point de vue sur les sujets digitaux et les enjeux liés à la profession HBJOAT (Horlogerie, Bijouterie, Joaillerie, Orfèvrerie et Arts de la Table).

Bertrand – Pour commencer Isabelle, pouvez-vous nous parler un peu de vous ? 

Isabelle – A la fin des années 90, j’ai quitté le groupe NRJ pour intégrer le site “Auféminin.com”. J’ai vécu tout le crash du web juste après et je retrouve les mêmes soubresauts et la même incompréhension en ce moment lorsqu’on parle du Métavers et des NFTs (rires). J’ai ensuite intégré plusieurs directions de communication dans différentes sociétés et c’est en juillet 2017 que j’ai intégré le comité Francéclat.  J’ai deux casquettes, une de membre du conseil de direction et l’autre dans la direction de l’innovation digitale, plus particulièrement chargé de la veille technologique. 

Je suis arrivé pour aider le comité Francéclat à engager la transition numérique de 14000 entreprises de tailles vraiment disparates, de la plus petite à la plus grande et qui sont sous l’égide de Francéclat. 

Bertrand – Pouvez-vous nous parler de Francéclat ?  

Isabelle – Bien sûr ! Francéclat, c’est le comité professionnel de développement économique au service des secteurs de l’horlogerie, de la bijouterie, de la joaillerie, de l’orfèvrerie et des arts de la table. En fait, les missions de Francéclat sont complémentaires de celles des Chambres syndicales et Fédérations professionnelles. Elles s’inscrivent dans le cadre de la mission de service public qui lui est confiée et couvrent tout le cycle de vie du produit. Les actions menées répondent aux orientations stratégiques formalisées dans un contrat d’objectif et de performance signé avec le Ministre en charge de l’industrie. 

Bertrand – Qu’avez-vous engagé comme chantiers au sein de Francéclat ? 

Isabelle – J’ai été à l’origine de la création de nombreux outils, des outils de métier comme une application qui répertorie les 1600 mouvements de montres différents qui existent dans le monde, une chaine de télévision qui s’appelle Franceclat TV disponible pour les ressortissants du monde horloger et surtout un extranet qui manquait vraiment. Cet extranet donne accès à tout ce que propose le comité dans le domaine économique, technique, législatif, de la création et de l’innovation. C’est lui qui inclut Francéclat TV qui contient des programmes d’aide et de support, pour donner des clés et orienter au mieux les professionnels sans appréhension de ces technologies nouvelles. Il était important pour nous de rendre cet outil à la fois simple d’utilisation, compréhensible et agile. 

 

Bertrand – Quelles autres ressources apportez-vous à la profession HBJO à travers cet extranet ? 

Isabelle – Il y a beaucoup d’informations à obtenir mais je voudrais surtout vous parler de la “boite à outils” dans laquelle on retrouve notamment un magazine de l’innovation où toutes les startups et toutes les entreprises qui peuvent rendre service sur l’innovation digitale viennent apporter leur pierre à l’édifice. On retrouve des insights dans des domaines assez variés tels que le métavers, l’univers de la 3D, de la green tech, etc…  

 

Bertrand – Il y a en effet beaucoup de contenu… 

Isabelle – Mais c’est pas tout ! Il y a aussi ce que j’ai appelé un collège numérique qui regroupe des “afterworks” dont un qui me plait beaucoup sur le Métavers avec David Nahon, directeur de l’innovation et de l’immersion chez Dassault Systems. Il y a aussi un glossaire afin d’expliquer les termes méconnus du public mais expliqués de manière originale sous forme de sketchs, de fictions avec un youtubeur marrant. Mais aussi des webinaires, des podcasts, une digithèque et des documentations sur des sujets liés à l’univers digital (influence, live shopping, réseaux sociaux, NFT…). Tout ce contenu pour accompagner et acculturer nos adhérents sur les grandes tendances sociétales et l’innovation numérique. 

 

Bertrand – Vous abordez le sujet des NFTs qui s’avère être un univers naissant et peu connu de la part du grand public et du monde HBJO. Par quel angle introduisez-vous ce sujet et avez-vous des actions concrètes à proposer ? 

Isabelle – Figurez-vous et c’est une situation bien réelle que je me suis réveillée un matin en me disant que je vais tenter de simplifier l’expérience de création d’un NFT. Le projet d’une plateforme est encore au stade de l’élaboration mais elle doit permettre à terme pour un non-initié de créer un NFT en un clic et en langue française via des templates prédéfinis. Elle doit bien sûr permettre de créer un portefeuille numérique (wallet) en cinq minutes et de le déposer sur une plateforme décentralisée d’achat et de vente type Opensea. 

 

Bertrand – Quels types d’acteurs souhaitez-vous intégrer dans ce processus ? 

Isabelle – Alors là, je vous dévoile une partie de ma personnalité. Il faut savoir que je suis très attaché à l’univers de la Greentech et à notre souveraineté. C’est pourquoi à des très rares exception, tous les acteurs sont situés sur le territoire français. Après tout, on a une excellence nationale dans le domaine, ça serait dommage de s’en passer. Et cette plateforme sera compensée en empreinte carbone car je veux être en accord avec mes valeurs (Isabelle est navigatrice à ses heures perdues). 

 

Bertrand – Comment compensez-vous justement cette empreinte écologique ? 

Isabelle – Je vais justement utiliser les services d’une startup que je suis depuis près de quatre ou cinq ans qui s’appelle Quarnot. C’est une entreprise française basée à Montrouge (92) qui propose de la puissance de calcul haute-performance bas carbone et souveraine. Pour ça, ils captent la chaleur émise par des serveurs pour chauffer des bâtiments publics et des immeubles. Un bel exemple d’économie circulaire qui permet d’économiser 80% d’électricité pour tout projet qui passe par eux. 

 

Bertrand – Puisqu’on évoque des projets à plus ou moins long terme et puisqu’on parle de tokenisation de biens physiques et de portefeuilles numériques, quelle est votre vision des choses sur le sujet des métavers ? 

Isabelle – Je ne conçoit pas notre avenir sans que chacun de nous puisse détenir dans quelques temps un wallet avec des actifs numériques. C’est là que vont intervenir ces métavers, encore faudra-t-il choisir celui qui nous correspondra le mieux. Mais je pense qu’il est fort probable qu’un fabricant puisse proposer un jour ses produits et services dans un univers virtuel intégrant ses codes et ses valeurs. Après tout, les univers physiques (les boutiques) et virtuels peuvent très bien devenir complémentaires dans le parcours d’achat et dans l’expérience client qu’une marque peut proposer à sa communauté. 

Bertrand : Un grand merci à vous Isabelle et bonne chance pour la suite de vos projets…