L’impact de l’IA sur les emplois — Article
ÉDITO DE L’AUTEURE
Le développement et la maîtrise de l’IA représentent une avancée majeure et inédite pour l’humanité. Gain de temps et de productivité, délégation des tâches pénibles ou répétitives, assistant personnel intelligent, et poussée technologique et technique dans des domaines comme la médecine, l’ingénierie, la recherche, l’agro-alimentaire, et bien d’autres domaines.
Le besoin d’expertise sur ce sujet est déjà grand, mais va continuer à évoluer de manière exponentielle avec le temps. De la même manière qu’avec l’arrivée de l’ordinateur portable, je pense sincèrement que d’ici quelques années, la maîtrise de ce nouvel outil sera indispensable dans la plupart des métiers de service (dont le secteur du marketing et de la communication, à 100%).
Cependant, dès lors qu’on parcourt le sujet de l’IA et tout ce qui gravite autour, ce ne sont pas les seules choses qu’on peut lire.
IBM annonce près de 7 800 « départs non remplacés, avec gel d’embauche », pour automatiser les postes concernés grâce à l’IA. Pour cause, de nombreux métiers et secteurs se sont vus immédiatement menacés par l’émergence fulgurante de l’IA. Selon une étude de la banque Goldmann Sachs, 300 millions d’emplois dans le monde sont concernés dans les années à venir.
On n’a plus besoin de quelqu’un pour répondre au téléphone du SAV, parce qu’un ChatBot peut converser à l’écrit avec le client à la place, 24/7. On n’a plus besoin de secrétaires pour gérer des emplois du temps chargés: Alexa ou Siri s’en occupent, sur une simple requête orale.
L’Intelligence Artificielle est un sujet qui sera omniprésent pendant encore des années. Les évolutions et les améliorations vont continuer d’arriver, de nouveaux usages vont apparaître, ainsi que de nombreuses questions.
Ces questionnements existent déjà, et proviennent notamment du secteur de la recherche: la place de l’éthique, la protection des données et de la vie privée, la législation autour de l’IA et le principe de responsabilité la concernant, la transformation constante des métiers du digital, l’impact de l’IA sur la société, et j’en passe.
La problématique que je souhaite aborder, et qui unit la plupart des sujets abordés ci-dessus, est donc celle-ci: Dans quelle mesure l’avènement de l’Intelligence Artificielle redéfinit la relation qui lie la productivité d’une entreprise à ses salariés?
L’INFO EN GRAND
Une augmentation exponentielle des recherches sur le sujet.
En avril dernier, Fiverr publiait son Business Trends Index, mettant en avant les services les plus recherchés sur la plateforme, notamment en France. Sans surprise, l’expertise concernant des outils d’Intelligence Artificielle est parmi ces services.
« L’IA confirme son avènement […] et s’installe désormais au cœur des projets d’entreprise. Une opportunité à saisir pour certains Freelances montés en compétence, qui peuvent se mettre en avant sur un tel sujet. »
Franck Thomas, Responsable France de Fiverr.
Très rapidement, les entreprises prennent conscience des nouvelles opportunités de développement liées à l’Intelligence Artificielle. Ainsi, de nombreux secteurs s’intéressent à l’intégration de l’IA dans leurs métiers, et cherchent à mettre au point des solutions sur mesure pour y arriver.
Mais est-ce que les entreprises et les salariés sont prêts à voir l’intégration de l’Intelligence Artificielle dans leur quotidien?
Les Français partagés entre inquiétude et enthousiasme.
Si 85% des Français ont déjà entendu parler de l’IA, il s’agit pour la plupart de sa présence dans des dispositifs du quotidien tels que la reconnaissance vocale (80%) et faciale (78%) des smartphones, ainsi que de la traduction automatique.
Les IA génératives (dont fait partie ChatGPT et MidJourney notamment) semblent légèrement moins connues (71%).
Mais c’est principalement concernant ces Intelligences Artificielles génératives que les sentiments des Français vis-à-vis de l’IA commencent à être partagés.
Si 3 Français sur 4 lui accordent au moins un avantage (accès à l’information, sécurité physique ou encore aide au quotidien), 9 Français sur 10 évoquent des risques de dérives liées à son utilisation: piratage, atteinte à la vie privée, ou manipulation de l’information.
Cependant, si les Français se montrent – dans un premier temps – curieux à propos du sujet de l’Intelligence Artificielle, 68% d’entre eux se montrent également inquiets vis-à-vis de son utilisation, et notamment en entreprise.
L’Intelligence Artificielle: une menace pour les salariés?
Nous l’avons constaté avec l’exemple d’IBM: le débat « Grand Remplacement » agite beaucoup le monde professionnel.
Cette effervescence autour de l’Intelligence Artificielle se constate notamment de manière plus importante dans le secteur du marketing et de la communication.
Une étude menée par Forrester (Février 2023) révélait que sur 153 Chief Marketing Officers interrogés: 9 sur 10 ont l’intention d’utiliser ChatGPT un jour; 41% ont déjà commencé à explorer son potentiel, et 2 sur 10 déclarent l’avoir déjà intégré dans leurs stratégies.
« C’est exagéré de considérer que ChatGPT sera destructeur d’emplois: l’outil va créer de nouveaux jobs et faire évoluer la manière dont nous travaillons, […] mais ne remplacera pas les professionnels. »
Thomas Husson, vice-président de Forrester.
Thomas Husson estime que le danger pour les marketeurs (et, par extension, pour tous les métiers directement concernés par l’émergence de l’IA) réside davantage dans leur incapacité à s’adapter à ces nouveaux usages.
Car selon lui, dans tous les cas, cette adaptation sera nécessaire afin d’assurer la pertinence et la justesse du contenu produit, et d’éviter les biais éthiques qui ne sont compréhensibles que par une réflexion humaine.
« ChatGPT va, en quelque sorte, libérer le marché des usurpateurs, qui ne font rien d’autre que des commentaires de tableaux et de reporting, sans pousser l’analyse plus loin. »
L’apparition d’une nouvelle « fracture numérique »?
L’émergence et l’intégration de l’Intelligence Artificielle en entreprise pourrait provoquer une nouvelle fracture numérique, soit un écart conséquent entre ceux qui savent/peuvent utiliser l’Intelligence Artificielle, et ceux qui ne le savent / peuvent pas.
Cet écart se fait encore plus ressentir entre la Génération Z et les autres: 45% des 18-34 ans utilisent les IA génératives, contre seulement 18% des 35 ans et plus.
Ainsi, de lourdes inégalités pourraient encore se creuser, et les experts estiment que les États devraient porter une attention particulière sur le sujet de l’utilisation de l’Intelligence Artificielle. En France, on compte 14 millions de personnes souffrant d’« illectronisme » , c’est-à-dire qui ont des difficultés à appréhender l’utilisation d’outils numériques.
L’INFO À LA LOUPE
Focus sur la position de Responsable de l’éthique en Intelligence Artificielle.
En décembre 2022 et février 2023, Google a licencié Timnit Gebru et Margaret Mitchell, expertes en éthique de l’Intelligence Artificielle, signalant une tendance inquiétante à faire taire les voix critiques en interne. Ce podcast explore la création et les défis de l’équipe d’éthique en IA de Google, formée après la révélation d’un contrat controversé avec le Pentagone.
À travers les témoignages d’experts, découvrez l’importance d’une régulation rigoureuse pour garantir une IA juste et responsable.
Conclusion
Dans quelle mesure l’avènement de l’Intelligence Artificielle redéfinit la relation qui lie la productivité d’une entreprise avec ses salariés?
L’Intelligence Artificielle enthousiasme, inquiète, révolutionne, menace…
D’un côté, son émergence marque le début d’une nouvelle ère: une nouvelle frontière a été franchie, et ses possibilités qui s’offrent à l’humanité prennent une toute autre dimension. Augmentation de la qualité de vie, résolution de problèmes autrefois complexes, transformation de la manière dont on travaille, dont on apprend et enseigne, dont on communique entre nous et avec des machines, et bien d’autres.
D’un autre côté, les risques liés à ce développement effréné se multiplient au même rythme. Pour n’en citer que quelques-uns: impact économique sans précédent, sécurité et confidentialité des données, lourdes conséquences sociales et désinformation massive due à la potentielle prolifération de contenus inexacts (voir faux).
« On va bientôt tous être remplacés par des robots. »
Je pense qu’on en est encore très loin. Cela pourrait même ne jamais arriver. Certes, s’adapter à cette nouvelle technologie sera nécessaire, et de nombreux métiers pourraient se voir être assurés partiellement ou totalement par des Intelligence Artificielles. Mais de nombreux métiers feront également leur apparition, en réaction à l’adaptation de la société et du monde de l’entreprise à l’IA.
Le plus probable – et on peut déjà en voir les premiers signaux faibles – c’est que les reconversions deviendront plus fréquentes, et que la multi-compétence deviendra une norme.
Si les entreprises se ruent déjà sur la technologie, c’est surtout pour ne pas manquer la nouveauté, et anticiper le changement que cela va apporter. On se souvient encore du développement fulgurant du e-commerce: les entreprises qui ne se sont pas adaptées assez vite ont tout simplement coulé.
Mais les employés humains ne vont pas disparaître pour autant. L’IA sait faire beaucoup de choses, mais ne saurait simuler l’intelligence émotionnelle d’un être humain. L’interprétation, l’adaptation, l’intelligence collective ou encore l’optimisation sont des qualités indispensables pour une entreprise qui souhaite se développer.
États, grands groupes, entreprises et salariés: il faut simplement que toutes ces entités se coordonnent, afin que l’IA se développe comme un assistant à l’humanité, et non comme son remplaçant.
Lucie Hautekiet
Responsable marketing et communication digital en cybersécurité – Étudiante du MBA Digital Marketing and Business à l’EFAP Lille.
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