STREAMING 3.0 : QUAND LA SOCIETE FAÇONNE LE DIVERTISSEMENT DE DEMAIN

Netflix, Disney+, Prime Video, TF1+, Canal+, HBO Max…Le paysage des plateformes de streaming vidéo évolue constamment, porté par les avancées technologiques et la modification des attentes consommateurs. Pour rester pertinentes dans un paysage ultra-compétitif, ces plateformes doivent obligatoirement s’adapter. Depuis quelques années, des tendances sociales plus ou moins étonnantes ont émergé, souvent motivées par l’essor du digital. Elles se sont progressivement installées dans la société, imposant alors aux plateformes des directions spécifiques et des enjeux importants. Cet article propose de décrypter quelques grandes tendances sociétales actuelles qui changent la donne dans le secteur du streaming, et celles qui risquent bien de lui façonner de nouveaux horizons pour demain.

L'impact de la société et ses tendances sociales sur l'industrie du streaming video

L’impact de la société sur les plateformes

1. L’effet communautaire

Dans une société de plus en plus individualisée, les plateformes ont bien compris le besoin d’appartenance des utilisateurs. Un besoin crucial, encouragé par les réseaux sociaux où chacun peut partager, discuter en temps réel, et créer du lien autour de contenus communs. Des séries comme Stranger Things sur Netflix ou The Last of Us sur HBO Max deviennent de réels phénomènes culturels. Les discussions sur Reddit, les fanarts sur Instagram ou les théories sur Twitter renforcent ce sentiment de communauté. La série Game of Thrones (HBO) a par exemple généré plus de 150 millions de tweets durant sa dernière saison.

Les plateformes de streaming, initialement axées sur un modèle individuel (« on regarde seul à la demande »), doivent s’adapter à ce besoin croissant de connexion collective. Elles sont ainsi poussées à investir dans des contenus à fort potentiel viral, mais également dans des outils comme les « watch parties » pour partager des expériences en ligne. Netflix Party a vu ses utilisateurs augmenter de 500 % pendant la pandémie, preuve que la demande d’expériences collectives en ligne est croissante.

Les plateformes pourraient même aller plus loin en se repensant de façon hybride, comme un espace où la consommation de contenu et les interactions sociales coexisteraient. Pourquoi ne pas intégrer des forums, des fils de discussion ou des espaces de partage autour des programmes, directement sur la plateforme ? Netflix vient justement de sortir une toute nouvelle fonctionnalité en ce sens, que je vous invite à découvrir ici.

2. La nostalgie

Friends, Malcom, Grey’s Anatomy, Gilmore Girls, Desperate Housewives… Selon un rapport de Statista (2020), près de 65 % des répondants ont indiqué que les émissions et séries qu’ils regardent le plus souvent sont celles qui leur rappellent leur enfance ou leur adolescence. La nostalgie est un moteur puissant de consommation culturelle. Elle répond à des besoins émotionnels dans une période économique, sociale et climatique incertaine. En ce sens, les anciens films et séries agissent comme des refuges vers des époques considérées comme plus simples, ou plus joyeuses. Le cinéma n’est d’ailleurs pas le seul secteur à être touché par ce phénomène culturel : la comédie musicale du Roi Soleil est de retour en 2025, les polaroïds sont de nouveau à la mode, Super Mario Bros fait partie des jeux vidéo les plus vendus en France en 2023…

Les plateformes entendent bien ce besoin d’évasion, et capitalisent ainsi sur le phénomène pour proposer des suites, reboot ou réadaptations de contenus. Par exemple, en 2023, TF1+ a décidé de relancer l’une de ses séries quotidiennes phare : Plus belle la vie. Dans la même dynamique, la plateforme a proposé des rééditions de ses célèbres télé-réalités Secret Story et Star Academy. Disney+ a également exploité cette tendance avec ses reboots de franchises populaires comme La Petite Sirène ou High School Musical. Une belle opportunité de répondre à une attente consommateur, tout en captant des audiences multigénérationnelles. Pour en savoir plus sur ce phénomène social, je vous invite à découvrir l’infographie que j’ai réalisée à ce sujet, juste ici.

3. La culture de l’instant

Avec l’essor du web 2.0, les audiences d’aujourd’hui, en particulier les jeunes générations, sont habituées à une gratification immédiate. Ce comportement influence leurs attentes envers les plateformes : les utilisateurs exigent des contenus accessibles à tout moment et consommables rapidement. Cette tendance s’illustre parfaitement par l’essor du binge-watching. Selon Nielsen (2021), 61 % des abonnés américains regardent au moins un épisode de leur série préférée dans les 24 heures suivant sa sortie. Les plateformes s’adaptent avec des stratégies de lancement différenciées (tous les épisodes à la fois ou à un rythme hebdomadaire pour maintenant un intérêt à long-terme).

Dans cette attente d’immédiateté, elles doivent également répondre à un besoin d’éditorialisation permanent, en intégrant des événements live exclusifs ou des contenus éphémères pour capter l’attention des audiences. Les plateformes doivent alors être réactives et connectées aux tendances virales. Les événements en direct génèrent un engagement social nettement plus élevé (jusqu’à +150%) que les contenus disponibles en streaming différé (Rank Tracker, 2023). TF1+ a par exemple choisi de retransmettre en live le tapis rouge de la cérémonie des NRJ Music Awards.

Par ailleurs, pour répondre à la recherche grandissante de gratification immédiate, les interfaces doivent être repensées pour stimuler la dopamine. Elles peuvent par exemple offrir des aperçus immersifs, des séquences introductives intrigantes, et des formats courts addictifs comme les mini-séries évènementielles.

Vers un streaming 3.0 ?

1. Personnalisation & fragmentation des audiences

Avec la multiplication des plateformes et la diversité des contenus, les audiences se fragmentent de plus en plus rapidement. Les spectateurs se regroupent en micro-communautés de niche, centrées sur des genres, des intérêts et des attentes spécifiques. Les plateformes doivent donc renforcer leur proposition de valeur pour chacun de ces segments. Elles pourraient proposer des sections spécialisées (enfants, fans de science-fiction, LGBTQ+, passionnés de documentaires, …), et développer des modèles d’abonnement flexibles, permettant alors aux consommateurs de choisir à quel(s) segment(s) spécifique(s) d’un catalogue ils souhaitent s’abonner.

Par ailleurs, cette segmentation fulgurante va de pairs avec une attente d’hyperpersonnalisation. Les consommateurs s’attendent à des expériences sur-mesure, où le contenu, l’interface et les recommandations sont parfaitement adaptés à leurs goûts. Les plateformes doivent retravailler leurs algorithmes en ce sens, pour les rendre plus précis. Grâce à l’intégration de l’IA générative, ceux-ci pourraient proposer des recommandations non seulement basées sur l’historique de visionnage, mais aussi sur des facteurs comme l’humeur, l’heure de la journée ou les tendances virales en temps réel sur les réseaux sociaux. Ils pourraient aussi proposer des synopsis adaptés à chaque utilisateur, et intégrer des chatbots ou assistants intelligents pour trouver le programme parfait.

Enfin, l’exigence de personnalisation pousse également les plateformes à développer un contenu ultra personnalisé. Netflix teste déjà des fins alternatives pour certaines séries et films, et cette approche pourrait s’élargir à des arcs narratifs conçus en fonction des préférences de l’utilisateur. L’épisode interactif Bandersnatch de Black Mirror a ouvert la voie à ce genre d’expériences immersives et personnalisées.

2. Gamification & convergence des médias

Les spectateurs ne veulent plus seulement regarder ; ils veulent interagir, participer, jouer avec le contenu qu’ils consomment. Les expériences interactives gagnent donc du terrain. En intégrant des éléments de jeu (choix multiples, classements, récompenses), les plateformes peuvent améliorer leur taux d’engagement. Cette stratégie pourrait également attirer des audiences plus jeunes, que certaines plateformes peinent à fidéliser.

Par ailleurs, les spectateurs naviguent de plus en plus entre plusieurs plateformes et types de contenus (streaming, gaming, réseaux sociaux). Cette transversalité modifie déjà la manière dont les contenus sont créés et consommés. Dans un écosystème où les médias convergent, les plateformes peuvent imaginer fusionner gaming et streaming. Elles pourraient ainsi proposer des éléments gamifiés liés aux univers de leurs programmes (quizz ou jeux), comme Netflix le fait déjà. Mieux encore, les plateformes pourraient développer des histoires interactives où le spectateur influence directement les choix des personnages. Une pratique déjà explorée par Netflix, comme vu plus haut, mais qui pourraient bien devenir courante dans les prochaines années.

Les collaborations entre plateformes, réseaux sociaux et applications mobiles peuvent aussi créer des expériences immersives et transversales. Imaginez une série complétée par du contenu exclusif sur TikTok ou des jeux liés à des univers narratifs. Pour stimuler l’engagement participatif et la fidélisation, les spectateurs pourraient même gagner des récompenses pour avoir regardé, partagé ou interagi avec le contenu.

Enfin, les nouvelles opportunités du web3 pourraient bien être exploitées rapidement par les plateformes de streaming. Pourquoi ne pas imaginer une plateforme permettant aux spectateurs d’assister à une série ou un film avec leurs avatars en réalité virtuelle ? Meta explore déjà ce modèle avec Horizon Worlds.

3. Fatigue décisionnelle & besoin de validation

Avec une offre pléthorique de contenus, les spectateurs sont de plus en plus submergés par les choix. Or, l’abondance de contenus peut être paralysante. Cela peut générer de l’anxiété et amener les utilisateurs à préférer des contenus familiers ou facilement accessibles (une explication à la tendance à la nostalgie, expliquée plus haut). Selon Deloitte (2021), 49 % des abonnés se disent frustrés par le temps passé à choisir quoi regarder. Les plateformes doivent absolument simplifier cette étape, en misant sur des suggestions instantanées, des recommandations personnalisées, des playlists experts, ou des rubriques comme « Continuez à regarder ». Netflix a par exemple intégré une fonction « Lecture aléatoire » pour réduire la fatigue décisionnelle.

Par ailleurs, l’habitude au multitâche devient un phénomène prépondérant dans la société. Les spectateurs consomment de plus en plus de contenu en arrière-plan tout en effectuant d’autres tâches. Ainsi, les programmes qui n’exigent pas une attention soutenue (comme les talk-shows ou les émissions de téléréalité) sont en train de gagner en popularité. Les plateformes pourraient aussi expérimenter des formats compatibles avec l’écoute en arrière-plan, ou des émissions « audio-friendly » combinant dialogues forts et visuels non essentiels.

Enfin, par besoin de validation sociale, les spectateurs qui ne savent pas quoi regarder sont souvent amenés à choisir des contenus populaires ou viraux. Une façon de se sentir connectés à leur entourage, et de participer aux discussions en ligne. Les classements comme le « Top 10 » de Netflix jouent sur ce besoin psychologique de validation sociale en indiquant ce que « tout le monde » regarde. Certaines plateformes explorent d’ailleurs l’idée d’intégrer des fonctionnalités sociales (partage d’avis, recommandations) pour stimuler cet aspect.

Conclusion

L’évolution des plateformes de streaming est indissociable des grandes mutations sociales et culturelles. Ces phénomènes sociétaux et psychologiques, souvent liés à des comportements inconscients ou des biais cognitifs, façonnent non seulement la manière dont les contenus sont consommés, mais aussi les stratégies des plateformes pour captiver et fidéliser leur audience. Les acteurs du streaming ne peuvent donc plus se contenter de suivre ces tendances : elles doivent les anticiper et les façonner. L’avenir appartient à celles qui sauront combiner technologie, éthique et expérience utilisateur pour créer des contenus toujours plus pertinents et engageants. En s’adaptant aux attentes des audiences et en étant force de proposition, les plateformes continueront à définir et redéfinir notre rapport au divertissement.

Retrouvez la note méthodologique de la rédaction et conception de cet article ici.

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