Interview réalisée par Antoine Junod, étudiant en MBA spécialisé Digital Marketing & Business

L’intelligence artificielle s’impose aujourd’hui comme un levier majeur de transformation dans tous les secteurs, et le monde juridique n’y échappe pas. Face à la montée en puissance des outils de génération de contenu, d’analyse automatisée et de traitement documentaire, les directions juridiques et les éditeurs de solutions se réinventent.
Pour comprendre comment cette révolution s’opère concrètement dans un groupe de référence, j’ai eu le plaisir d’échanger avec Camille Sztejnhorn, ESG Director (Europe) et membre du Leadership Team de Lefebvre Group, acteur majeur de la knowledge economy juridique. Ensemble, nous avons évoqué l’intégration stratégique de l’IA dans le secteur du droit, ses promesses, ses limites, et les solutions mises en œuvre par Lefebvre pour en faire un outil éthique et responsable.
« L’IA transforme notre façon de produire et de transmettre la connaissance juridique »
Antoine Junod : On parle beaucoup de l’impact de l’IA dans les métiers créatifs, mais le droit semble vivre une mutation tout aussi profonde. Comment Lefebvre Group aborde-t-il cette transformation ?
Camille Sztejnhorn : Absolument. L’intelligence artificielle redéfinit la manière dont nous structurons, validons et diffusons le savoir juridique. Chez Lefebvre, nous intégrons l’IA non pas pour remplacer l’expertise humaine, mais pour renforcer la précision, la rapidité et l’accessibilité de nos contenus. Concrètement, nous avons lancé plusieurs initiatives :
- des outils internes de recherche sémantique basés sur le traitement automatique du langage
- des solutions d’analyse documentaire intelligente, qui aident les juristes à gagner du temps dans la veille réglementaire
- et plus récemment, des projets de chatbots juridiques spécialisés, capables de répondre à des questions simples tout en s’appuyant sur des bases de données validées par nos experts
L’objectif n’est pas de produire plus, mais de produire mieux, en garantissant la fiabilité et la traçabilité des informations.
« Notre défi n’est pas technologique, il est humain et éthique »
A.J. : L’IA soulève aussi des inquiétudes éthiques : biais, transparence, responsabilité. Comment gérez-vous ces enjeux dans un environnement aussi sensible que le droit ?
C.S. : C’est un point central. Le droit est un domaine où l’erreur ou l’interprétation approximative peuvent avoir des conséquences lourdes. Nous ne pouvons pas nous permettre de déployer des modèles d’IA sans contrôle humain. C’est pourquoi nous avons mis en place une gouvernance éthique de l’IA, articulée autour de trois piliers :
- La supervision humaine systématique
- La transparence des données
- La formation interne
L’IA ne doit pas être une boîte noire. Chez Lefebvre, nous voulons en faire une boîte à outils éclairée.
« L’IA devient un accélérateur de conformité et de durabilité »
A.J. : Votre rôle d’ESG Director vous place aussi à la croisée de la technologie et de la responsabilité sociétale. Comment l’IA s’inscrit-elle dans cette démarche ?
C.S. : L’IA peut être un formidable levier pour les enjeux ESG, à condition d’être utilisée avec rigueur. Par exemple, nous avons développé des outils d’audit automatisé capables d’identifier les incohérences réglementaires dans les rapports RSE ou les déclarations extra-financières. Cela aide les entreprises à gagner en conformité tout en réduisant la charge administrative.
Mais surtout, nous travaillons à créer une IA responsable, qui prend en compte l’impact environnemental de son entraînement, la protection des données, et la diversité dans les jeux de données. Notre conviction, c’est qu’il ne peut pas y avoir de transformation numérique durable sans transformation éthique.
« L’avenir du droit sera hybride : humain, technologique et collectif »
A.J. : À quoi ressemble, selon vous, l’avenir du droit avec l’IA ?
C.S. : Je pense que nous allons vers un modèle hybride, où l’humain garde la maîtrise mais s’appuie sur des outils puissants pour mieux décider.
Le juriste de demain ne sera pas remplacé, il sera augmenté : capable de dialoguer avec des systèmes d’IA, de les questionner, de les corriger. Et au fond, cela redonne du sens à notre métier : l’IA nous libère du temps pour analyser, conseiller, transmettre, des activités à haute valeur ajoutée humaine.
Pour finir
Cet échange avec Camille Sztejnhorn illustre parfaitement la mutation en cours du secteur juridique, à savoir une transformation profonde, mais maîtrisée.
Lefebvre Group montre qu’il est possible d’intégrer l’IA sans renoncer à l’éthique, en conjuguant rigueur, innovation et responsabilité.
En tant qu’étudiant en marketing digital, j’en retiens une leçon essentielle : la réussite d’une transformation digitale ne dépend pas de la technologie elle-même, mais de la manière dont on l’humanise. L’avenir du droit, comme celui du marketing, ne sera pas automatisé, mais augmenté.