Article rebond - Comparaison livres

La gen Z : un tourisme 2.0
ONLYFANS, Une révolution pornographique

 Anne Ramahandriarivelo

Publié par MkF édition

La gen Z : un tourisme 2.0
Margo a des problèmes d'argent

Rufi Thorpe

publié en poche chez Pocket 

OnlyFans : Entre révolution numérique et précarité, l’analyse croisée de deux ouvrages 

En rebondissant sur l’analyse du livre d’Anne Ramahandriarivelo, j’ai souhaité pousser la réflexion plus loin.

Dans le cadre de mes missions chez Pocket, j’ai travaillé sur le roman « Margo a des problèmes d’argent » de Rufi Thorpe. Ce livre est paru aux éditions Le Soir Venu en janvier 2025. Désormais disponible en format poche chez Pocket. Le parallèle entre cet essai scientifique et cette fiction est passionnant. Il révèle comment la réalité sociologique documentée par Ramahandriarivelo prend vie de manière organique dans le récit de Thorpe.

Résumé de l’intrigue (via Babelio)

Margo est la fille d’une vendeuse et d’un catcheur retraité. Elle a toujours su qu’elle devrait se débrouiller seule. Pourtant, elle n’avait pas prévu sa liaison avec son professeur de lettres, ni sa grossesse. Contre l’avis de ses proches, Margo décide de garder l’enfant.

À vingt ans, la voilà seule avec un nouveau-né et sans emploi. Elle est à deux doigts d’être expulsée. Elle a besoin d’argent, et vite. Elle découvre alors OnlyFans, une sorte de réseau social pornographique tendance. Un projet prend forme. Margo se lance et connaît un succès fulgurant. Serait-ce la fin de ses soucis financiers ? Ou y a-t-il un prix trop élevé pour cette célébrité numérique ?

En résumé, ces deux textes offrent deux approches d’un même problème. Ils interrogent le rôle d’OnlyFans dans le paysage digital. Ils analysent aussi son impact social sur les utilisateurs et sa place dans notre société.


1. La marketisation du corps : De la performeuse à l’experte digitale

Le point central de ces deux textes réside dans la marchandisation de l’intimité. Dans son essai « OnlyFans, une révolution pornographique ? », Anne Ramahandriarivelo décortique un glissement majeur. On passe du statut de « performeuse » à celui d’entrepreneuse du digital.

D’abord, l’application permet aux femmes de devenir des travailleuses indépendantes. Elles se libèrent des intermédiaires classiques, comme les producteurs de films X. Pour cela, elles exploitent l’illusion “d’authenticité” propre à la plateforme. Ce trait spécifique attire les consommateurs classiques de pornographie. On reconnaît ici l’impact des réseaux sociaux et les biais de notre consommation actuelle.

La chercheuse met en exergue cette transformation. Les consommateurs ont évolué, mais les utilisatrices aussi. Issues de la même génération, elles comprennent cette migration digitale. Elles savent l’exploiter. Elles ne sont plus de simples actrices, mais des expertes du marketing numérique.

Côté fiction, l’héroïne Margo incarne parfaitement cette mutation. Elle comprend vite comment l’application peut lui apporter l’indépendance financière. Elle apprend les codes du système pour en profiter. Elle s’inspire de l’expérience de son père, ancien champion de catch, pour créer son personnage. Elle bâtit un univers visuel et un business model viable. Elle prouve ainsi que la réussite sur OnlyFans relève du storytelling plus que de la simple nudité.


2. L’illusion de liberté : Face au « patron » algorithme

Dans un second temps, cette comparaison met en lumière les paradoxes de l’indépendance numérique. OnlyFans semble être une solution gratifiante pour les créatrices. Pourtant, cette liberté se révèle être une illusion.

Certes, les utilisatrices ne dépendent plus d’une maison de production. En revanche, elles dépendent d’un patron opaque : l’algorithme. Leur carrière est régie par des calculs et des schémas secrets. Cela peut les maintenir dans une grande précarité.

De plus, elles doivent passer un temps infini sur les réseaux sociaux. C’est le seul moyen d’attirer des abonnés vers leur compte payant. Cette surproduction de contenus est fatigante. Elle fragilise l’équilibre entre la vie privée et l’image publique. Enfin, la lecture féministe et optimiste de l’application est vite nuancée. Les consommateurs restent majoritairement des hommes. Les utilisatrices doivent donc se plier à leurs goûts pour percer.

Dans le roman, Margo affronte aussi l’algorithme. Ce dernier lui permet de percer momentanément, mais ne garantit aucune sécurité à long terme. Elle doit sans cesse se renouveler pour ne pas être oubliée. Un autre paradoxe apparaît : OnlyFans lui permet de survivre, mais la société la désigne comme une paria. Cela complique sa vie de jeune mère. Le père de son fils tente de lui retirer la garde de l’enfant. Même sa propre mère la rejette durant une partie du récit.