Du Visionary Day au Hackathon des Intelligences : quand la théorie rencontre l’expérimentation

par | Fév 6, 2026 | Actualité | 0 commentaires

Quand la réflexion devient expérimentation

Une semaine après le Visionary Day animé par Vincent Montet où tables rondes, interviews et échanges avec des experts ont exploré l’impact de l’IA dans la santé, la RSE, le luxe ou encore notre rapport au travail et à la liberté, le MBA DMB de 4ème année à l’EFAP nous plongeait dans un exercice bien différent : le Hackathon des Intelligences.

Le concept ? Trois jours. Trois salles. Trois cas réels issus d’Orange, du Studio Entremondes (Flavien Chervet) et un dédié aux LLM (Large Language Models). Mais surtout, une contrainte inédite, chaque jour, nous devions changer notre manière de penser.

Jour 1, l’intelligence assistée, armés de moteurs de recherche classiques. Jour 2,nous mobilisons notre intelligence naturelle, celle que nous utilisons depuis toujours, sans outil externe, juste notre cerveau, du papier et des stylos. Jour 2 mais l’après-midi cette fois-ci, nous découvrions l’intelligence augmentée, avec l’IA générative comme copilote créatif.

Trois modes de réflexion. Trois univers cognitifs. Une seule question: comment pensons-nous vraiment, et comment l’IA transforme-t-elle ce processus ?



La gen Z : un tourisme 2.0

Intelligence naturelle : le retour aux sources

Le cas LLM et la pédagogie par l’IA

Notre premier défi s’est déroulé sans écran, sans Google, sans ChatGPT. Uniquement notre cerveau, des post-its, des schémas et beaucoup de discussion. Le cas LLM nous demandait paradoxalement de réfléchir profondément sur l’IA… sans l’utiliser.

Sur notre paperboard, nous avons organisé nos idées en carte mentale, structuré un dialogue entre élève et IA, décortiqué les étapes d’un prompt efficace. Le temps s’écoulait différemment. Chaque proposition était débattue, nuancée, affinée collectivement. Pas de copier-coller, pas de réponse instantanée à valider ou rejeter. Juste de la réflexion pure.

Les forces insoupçonnées du cerveau humain

Cette expérience a révélé des avantages que nous avions presque oubliés :

La concentration profonde. Sans la tentation du scroll ou de l’onglet suivant, notre attention restait ancrée sur le problème à résoudre. Cette capacité à approfondir un document c’est quelque chose que l’IA ne peut pas faire à notre place.

L’intelligence émotionnelle. Dans nos échanges, nous captions les hésitations, l’enthousiasme, ou le doute. Cette dimension humaine influençait nos décisions d’une manière que jamais un algorithme ne pourrait reproduire.

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La pensée collective organique. Les idées rebondissaient naturellement, se transformaient au fil du dialogue. Mais ce mode de pensée avait aussi ses limites criantes : le temps de réflexion s’allongeait considérablement.

En concevant ce prompt à la main, nous avons compris qu’un LLM peut devenir un véritable outil pédagogique s’il accompagne la réflexion plutôt que de donner des réponses, en aidant l’élève à structurer sa pensée, repérer ses erreurs et gagner en autonomie. L’IA comme tuteur socratique, pas comme correcteur automatique.

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Intelligence assistée : la double face de Google

Le cas Orange et le permis du premier smartphone

Le deuxième jour, nous avons attaqué le brief Orange avec les armes classiques du marketeur digital : Google, articles de presse, études de marché, benchmarks. Le cas portait sur TúYo, une offre visant à transformer le premier smartphone de l’enfant en un acte responsable et éducatif plutôt qu’en conflit familial.

Notre big idea: créer un dispositif pédagogique en co-création avec Micropolix (une ville miniature éducative) pour accompagner les familles dans cette étape sensible.



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L’accès à l’information : entre puissance et dispersion

Avec les moteurs de recherche, nous avons découvert la puissance de l’accès instantané : études sur l’addiction aux écrans, données sur l’âge moyen du premier smartphone, benchmarks des offres concurrentes, insights sur les préoccupations parentales… En quelques minutes, nous avions une masse considérable d’informations.



Mais rapidement, les défis se sont multipliés :

La gestion du temps devenait paradoxale. Certes, l’accès était facilité, mais nous perdions un temps fou à brainstormer sur quoi chercher exactement, puis à trier entre des dizaines de sources, à évaluer leur fiabilité, à extraire ce qui était vraiment pertinent.

Un article en amenait trois autres, chacun ouvrant de nouvelles pistes. Nous naviguions sans vraiment approfondir, surfant sur la surface des informations plutôt que de plonger dans leur analyse.

Le manque de focus sur les données business était flagrant. Nous trouvions facilement des articles sociologiques sur les enfants et les écrans, mais beaucoup plus difficilement des KPIs concrets, des budgets de campagnes similaires, des taux de conversion réalistes pour ce type d’initiatives.

Le biais des résultats nous a également frappés. Les algorithmes de recherche nous renvoyaient souvent vers les mêmes sources dominantes, créant une illusion de consensus là où existaient peut-être des approches alternatives.

 

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Le sentiment d’un manque

Paradoxalement, malgré cet océan d’informations, nous avons ressenti l’absence de l’IA. Nous avions besoin d’aide pour organiser nos idées, pour synthétiser cette masse de données disparates, pour créer des connections entre les insights.

Notre stratégie finale,  le « Permis Smartphone TúYo » avec ses ateliers évolutifs (Passeport Numérique pour les 5-9 ans, Permis pour les 10-14 ans)  a émergé, mais au prix d’un effort de structuration mentale que nous aurions aimé pouvoir déléguer, au moins partiellement.



Intelligence augmentée : la puissance sous condition

Le cas Studio Entremondes et le concours HELO

Le troisième jour, nous avons plongé dans l’univers de HELO. Le brief du Studio Entremondes était de concevoir un concours créatif autour d’une collection de mode et d’un défilé immersif explorant les relations humains-IA, où le vêtement devient interface entre le corps et l’intelligence artificielle.



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Les points positifs 

La création visuelle a été d’une grande utilité pour notre pitch. En quelques prompts, nous avons généré des concepts de silhouettes modulaires, des ambiances scénographiques immersives, des palettes de couleurs cohérentes avec l’univers HELO. Ce qui aurait pris des jours en recherche et moodboarding s’est fait en heures.

L’accès aux données chiffrées s’est simplifié radicalement, l’IA structurait et quantifie nos besoins instantanément. L’efficacité immédiate était indéniable.

Les limites et risques révélés

La tendance à la dispersion s’est amplifiée. Avec l’IA, explorer dix pistes différentes simultanément devenait si facile que nous avons eu du mal à nous focaliser sur un seul sujet, à approfondir une seule direction.

Les réponses trop formatées ont standardisé notre pensée. L’IA nous proposait des structures logiques, certes, mais aussi terriblement prévisibles. Nos idées commençaient à ressembler à celles que l’outil aurait générées pour n’importe qui face au même brief.

L’appauvrissement de notre réflexion personnelle : Creusions-nous suffisamment nos intuitions ? Ou acceptions-nous trop rapidement les propositions de l’IA, laissant notre esprit critique s’endormir ?

Les contraintes d’usage

La nécessité d’approfondir les prompts. Un prompt superficiel générait un résultat générique. Pour obtenir quelque chose de vraiment pertinent, il fallait itérer, préciser, contextualiser, parfois autant de temps que de faire une recherche classique.

 

La gen Z : un tourisme 2.0

La dépendance à la qualité de formulation. Notre capacité à bien prompter devenait aussi importante que notre expertise du sujet. 

Les résultats variables et parfois peu fiables. L’IA « hallucine » parfois, invente des données, mélange des sources. Il fallait constamment vérifier, recouper, valider.

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Les enjeux éthiques 

Les défis de l’intelligence augmentée

Ces trois jours nous ont aussi forcés à regarder au-delà de notre propre expérience pour questionner les implications sociétales de cette révolution cognitive.

La dépendance à l’IA et la perte d’autonomie dans la réflexion nous inquiètent. Si nous devenons incapables de structurer une pensée complexe sans assistant artificiel, que perdons-nous en route ? Notre capacité à résoudre des problèmes nouveaux pour lesquels l’IA n’a pas été entraînée ?

La diminution de l’esprit critique et de la créativité représente un risque majeur. Quand l’IA propose instantanément des solutions « optimales » basées sur des millions d’exemples passés, comment cultiver l’audace de penser radicalement différemment ?

Si nous utilisons tous les mêmes outils avec des prompts similaires, nos créations ne risquent-elles pas de converger vers une forme de médiocrité homogène ?



Les biais renforcés

Un autre enjeu crucial est apparu : les biais de l’intelligence augmentée.

L’IA reproduit et amplifie les biais présents dans ses données d’entraînement. Elle ne remet pas en question les structures de pensée dominantes, elle les renforce.

Elle crée une illusion d’objectivité dangereuse. Parce que la réponse vient d’une « machine », nous avons tendance à lui accorder plus de crédit qu’à notre propre jugement, oubliant qu’elle n’est que le reflet statistique de productions humaines passées.

Elle peut renforcer les idées existantes sans remise en question, créant des bulles cognitives où nos biais de confirmation sont constamment validés plutôt que challengés.

L’IA comme copilote, pas comme pilote

Notre vision du futur se dessine ainsi :

L’IA remplace les exécutants mais pas les réalisateurs. Elle automatise, accélère, structure mais ne décide pas à notre place de la direction créative ou stratégique.

Les décisions restent l’apanage de notre cerveau. C’est nous qui posons le problème, définissons les critères, évaluons les propositions, assumons les choix.

Vérifier reste notre responsabilité. Le web (et notre esprit critique) doit systématiquement contrôler ce que l’IA produit.

Produire peut être délégué à l’IA mais seulement une fois que nous avons clairement défini ce que nous voulons produire et pourquoi.



Les trois intelligences en synergie

Plutôt que de choisir, nous proposons un modèle hybride :

  1. Commencer par l’intelligence naturelle pour poser le problème, identifier les vrais enjeux, laisser émerger des intuitions originales
  2. Utiliser l’intelligence assistée pour documenter, vérifier, contextualiser nos hypothèses
  3. Activer l’intelligence augmentée pour accélérer la production, explorer des variantes, systématiser ce qui a été pensé
La gen Z : un tourisme 2.0

Ce que nous retenons

Ce Hackathon des Intelligences nous a profondément marqués, bien au-delà de l’exercice académique.

Nous avons redécouvert la valeur de la lenteur cognitive. Dans un monde obsédé par la vitesse, prendre le temps de réfléchir profondément reste irremplaçable.

Nous avons mesuré notre dépendance aux outils numériques. Pas nécessairement pour la déplorer, mais pour la conscientiser et mieux la maîtriser.

Nous avons compris que l’IA n’est ni une menace ni une solution miracle, mais un outil dont la valeur dépend entièrement de notre capacité à l’utiliser avec discernement.

Nous avons réalisé que la vraie compétence du futur n’est pas de savoir se passer de l’IA ou de s’y abandonner totalement, mais de savoir naviguer intelligemment entre les trois formes d’intelligence.



La note méthodologique IA : https://blog.mbadmb.com/note-methodologique-ia-hackathon-des-intelligences-du-visionary-day-a-lexperimentation/