GEO : et si les marques surestimaient la fin de Google ?

Cet article est un rebond. En juin, Joséphine Bunoust publiait sur ce blog une analyse très complète : « Comment le GEO redéfinit l’acquisition de trafic pour les marques outdoor ». Je partage l’essentiel de son diagnostic. Mais les chiffres sortis ce mois-ci m’invitent à nuancer une idée qui circule partout dans le marketing : celle d’une bascule rapide de Google vers les IA. Et à ajouter un angle mort, celui des réseaux sociaux.
Ce que l’article de Joséphine a raison de dire sur le GEO
Commençons par ce qui fait consensus. Le Generative Engine Optimization (GEO) consiste à optimiser ses contenus pour être cité dans les réponses des IA génératives : ChatGPT, Perplexity, Gemini, les AI Overviews de Google ou Claude.
Joséphine pointe trois idées solides :
- L’unité d’optimisation n’est plus la page, mais le paragraphe. Les moteurs génératifs découpent les contenus en passages et sélectionnent les plus pertinents.
- Le « query fan-out » change la donne. L’IA éclate une question en sous-requêtes. Une marque qui ne couvre que la requête principale rate des occasions d’être citée.
- Le GEO ne remplace pas le SEO. Les marques les plus citées par les IA sont celles qui avaient déjà de bonnes fondations en référencement naturel.
Sur tout cela, je suis d’accord. C’est sur le rythme de la transition, et sur l’endroit où se joue la bataille, que je veux apporter un autre regard.
Le décalage : les marketeurs courent plus vite que les consommateurs
Le 2 octobre 2026, Kantar a publié son étude annuelle Media Reactions 2026, menée auprès de plus de 800 marketeurs seniors et 23 000 consommateurs. Le contraste est frappant :
- un solde net de 75 % des marketeurs prévoit d’augmenter ses investissements dans les assistants IA en 2027 ;
- 62 % pensent que l’IA générative jouera un rôle central dans les recommandations de marques ;
- mais seuls 32 % des consommateurs utilisent les assistants IA pour se renseigner sur des marques ou des produits ;
- et seuls 23 % font confiance à leurs recommandations de marques.
Gonca Bubani, directrice média monde de Kantar, résume le risque : beaucoup d’argent part vers l’IA en supposant que les gens l’utiliseront comme l’industrie l’imagine. Autrement dit, le GEO est un vrai sujet, mais il ne doit pas devenir une nouvelle bulle d’investissement.
Google n’est pas mort : il a absorbé l’IA
Le rapport Digital 2027 de We Are Social et Meltwater, publié en octobre 2026, confirme cette lecture. Oui, l’IA générative explose : 3,24 milliards d’utilisateurs mensuels, soit +57 % en un an. Mais dans le même temps :
- 80 % des internautes de 16 ans et plus utilisent toujours un moteur de recherche chaque mois ;
- Google capte 91 % du trafic référent des moteurs de recherche ;
- Google.com enregistre environ 86 milliards de visites mensuelles, contre environ 5,5 milliards pour ChatGPT.com.
Le scénario le plus probable n’est donc pas « Google contre les IA », mais un Google qui intègre lui-même l’IA, avec AI Overviews et AI Mode. Le GEO se joue d’abord… sur Google.
Côté publicité, même constat. Les annonces dans ChatGPT existent, mais les annonceurs dénoncent encore des outils de mesure et d’attribution immatures, et les budgets restent au stade du test.
L’angle mort du GEO : les réseaux sociaux
C’est le point que j’aimerais ajouter à l’analyse de Joséphine, avec mon regard de social media manager. Son troisième levier, la réputation externe, est juste : les IA recoupent plusieurs sources avant de recommander une marque. Mais ces sources sont de plus en plus… des contenus sociaux.
- En juillet 2026, Google a lancé dans Search Console des « platform properties » qui mesurent la visibilité des comptes Instagram, TikTok, X et YouTube dans la recherche. Les réseaux sociaux deviennent officiellement des actifs SEO.
- Facebook teste un « AI Mode » où Meta AI synthétise une réponse à partir des publications publiques, groupes et Reels compris.
- Dans l’étude Kantar, les marketeurs prévoient d’investir d’abord dans les micro-créateurs (66 %) et les nano-créateurs (61 %), loin devant les macro-influenceurs (48 %).
Un avis client argumenté, un comparatif publié par un créateur ou une discussion dans un groupe : ce sont exactement les signaux de confiance que les IA vont chercher. Pour une marque outdoor comme pour n’importe quelle marque, une partie du GEO se fait donc sur les réseaux sociaux, pas seulement sur le site. Et ces contenus doivent rester authentiques, car les plateformes sévissent désormais contre l’AI slop.
Ma recommandation : le GEO comme couche, pas comme pari
Concrètement, voici comment je hiérarchiserais les efforts d’une marque en 2026-2027 :
- Consolider le SEO. C’est la fondation de tout le reste, et Google reste la porte d’entrée dominante.
- Structurer les contenus pour l’IA. Passages clairs, données vérifiables, FAQ, comparatifs par usage, comme le recommande Joséphine.
- Activer le social comme source. Créateurs de niche, avis, communautés : ce sont eux qui nourrissent la réputation que les IA recoupent.
- Tester, puis mesurer. Suivre les citations dans les réponses IA avec des outils dédiés avant d’y basculer des budgets importants.
Conclusion
Joséphine a raison : le GEO redéfinit l’acquisition. Mais en octobre 2026, la vraie question n’est pas « comment survivre à la fin de Google ». C’est plutôt « comment exister là où les IA, Google compris, vont chercher leurs réponses ». Et une bonne partie de la réponse se trouve dans nos fils d’actualité.
Et vous, avez-vous déjà découvert une marque grâce à une recommandation d’IA, et lui avez-vous fait confiance ?
Note méthodologique IA de cet article : consulter la note
Sources
- Joséphine Bunoust, « Comment le GEO redéfinit l’acquisition de trafic pour les marques outdoor », blog MBA DMB (juin 2026)
- Kantar, Media Reactions 2026 (octobre 2026)
- Blog du Modérateur, rapport Digital 2027 de We Are Social et Meltwater (octobre 2026)
- Blog du Modérateur, Search Console et réseaux sociaux (juillet 2026)
- Blog du Modérateur, récap social media de l’été 2026
- Let’s Data Science, la mesure des publicités ChatGPT (juillet 2026)