Pourquoi la filière équine est-elle encore en retard sur le digital ?
Décryptage avec Bertrand Poirier, fondateur d’Equideclic
La filière équine accuse encore un retard significatif en matière de digitalisation. Entre contraintes budgétaires, manque de culture numérique et structuration limitée, les acteurs du secteur peinent à exploiter pleinement les leviers digitaux.
Pour mieux comprendre ces enjeux, j’ai rencontré Bertrand Poirier, fondateur de Equideclic, une agence spécialisée dans l’accompagnement digital des entreprises de la filière équine.
Bertrand Poirier : expert digital de la filière
D’un parcours initial en production animale à la création d’une agence digitale spécialisée, Bertrand Poirier s’appuie sur une solide expertise du milieu équin, qu’il a su transformer en véritable levier de différenciation pour son agence. Après une année en élevage de chevaux de sport, puis une autre en préparation de chevaux de course et de jeunes chevaux, il poursuit son parcours en intégrant une école d’ingénieur agricole. Son mémoire de fin d’études, consacré à la création de Equideclic, marque le point de départ d’un projet entrepreneurial qui verra le jour quelques mois plus tard. Aujourd’hui, l’agence accompagne de nombreux acteurs majeurs de la filière.
L’activité de Equideclic s’articule autour de trois piliers principaux :
Ce positionnement permet à Bertrand Poirier et à ses équipes d’accompagner un large éventail d’entreprises du secteur, en proposant des solutions adaptées à leur taille et à leurs enjeux, tout en contribuant à structurer leur maturité digitale sur le long terme.
Un secteur encore en phase de transition digitale
Selon Bertrand Poirier, le niveau de maturité digitale de la filière reste globalement faible. « Le digital est encore un sujet parfois tabou selon les structures. » Si de nombreuses entreprises ont amorcé une présence en ligne (sites internet, réseaux sociaux), cette digitalisation reste souvent superficielle. Les outils sont utilisés, mais rarement intégrés dans une stratégie globale de développement.Les structures au contact direct des chevaux (éleveurs, étalonniers, écuries) sont particulièrement concernées : le digital y est présent, mais peu exploité comme levier de performance.
Des freins structurels encore très présents
Plusieurs obstacles expliquent ce retard :
- Le budget, principal frein identifié
- Le manque de temps, dans des structures aux équipes réduites
- Une culture digitale encore limitée
« Les entreprises sont souvent au four et au moulin et peinent à prendre du recul stratégique. » À cela s’ajoute un manque de compréhension des bénéfices réels du digital, encore trop souvent perçu comme un simple outil de communication, et non comme un levier de croissance.
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Une digitalisation encore trop “artisanale”
Un constat revient fréquemment : de nombreux professionnels pensent pouvoir se reposer sur un seul canal. « J’arrive à vendre mes chevaux uniquement grâce à Facebook. » Cette approche illustre une vision limitée et risquée du digital. Aujourd’hui, la performance repose sur une stratégie multicanale : site web, SEO, réseaux sociaux, CRM, contenu… Sans cette structuration, les actions restent ponctuelles et peu efficaces.
Des opportunités pourtant bien réelles
Malgré ce retard, certains acteurs ont su tirer parti du digital pour transformer leur modèle. Bertrand Poirier cite notamment l’exemple de Leventeo, qui a développé une marketplace de location de camions pour chevaux.
Les objectifs : sécuriser l’achat, valoriser les véhicules, créer une nouvelle source de revenus.
Résultat : une stratégie gagnante qui dynamise un marché initialement statique.
L’émergence de nouveaux enjeux digitaux
Comme dans tous les secteurs, de nouvelles tendances apparaissent :
- intelligence artificielle
- automatisation
- CRM
- expérience client
Mais leur adoption reste encore limitée dans la filière.
« Beaucoup d’acteurs travaillent encore avec des fichiers Excel. »
Un décalage qui illustre une transition digitale encore incomplète, notamment face à des attentes clients de plus en plus élevées.
L’un des enseignements clés de cet échange concerne la nécessité de structurer avant d’exécuter.
Avant toute action digitale, il est essentiel de :
- définir ses cibles
- analyser ses actions passées
- comprendre ses leviers de croissance
« On ne peut pas faire du marketing sans comprendre le cœur de l’entreprise. »
Le rôle d’une agence comme Equideclic ne se limite donc pas à produire, mais à apporter une vision stratégique.
La filière équine est aujourd’hui à un tournant. Si le digital s’impose progressivement, son adoption reste encore lente, freinée par des contraintes économiques, organisationnelles et culturelles. Pourtant, les opportunités sont bien réelles pour les acteurs capables de structurer leur approche et de dépasser une utilisation “artisanale” des outils numériques. L’enjeu n’est plus seulement d’être présent en ligne, mais de penser le digital comme un véritable levier de développement stratégique.
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