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FICHE DE LECTURE : TROIS POUR CENT SAUVAGES DE RACHEL M. CHOLZ. LE MANIFESTE POÉTIQUE CONTRE LA DICTATURE DU KPI PERSONNEL !

Figure de proue de la « poésie-action », Rachel M. Cholz s’est fait un nom en sculptant ses textes dans la matière brute du quotidien numérique.

Loin des rimes classiques, cette observatrice des marges traque la manière dont la technologie modifie nos corps. Dans son dernier ouvrage, Trois pour cent sauvages (2025), elle s’attaque à un paradoxe que nous connaissons bien au MBA DMB : l’ère du tout-mesurable.

L’illusion du contrôle au poignet

Dimanche dernier, les rues de Paris vibraient au rythme du semi-marathon. Mais observez bien les coureurs franchissant la ligne d’arrivée : avant même de reprendre leur souffle ou de célébrer leur victoire personnelle, le premier réflexe est quasi-systématique : presser le bouton de la montre connectée. Si la performance n’est pas enregistrée sur Strava, a-t-elle seulement existé ?

Cette scène, devenue banale, illustre parfaitement l’ère du « Quantified Self » où nous ne vivons plus nos expériences, nous les gérons. De l’analyse chirurgicale de notre sommeil au calcul obsessionnel de notre déficit calorique, nous avons transformé notre existence en un tableau de bord permanent. C’est précisément ce vertige de la quantification que Rachel M. Cholz dissèque avec une justesse féroce dans son recueil de poésie contemporaine.

La mise en données du monde : quand le KPI remplace l’instinct 

Rachel M. Cholz pose un constat qui résonne avec une force particulière pour nous, futurs experts du Digital Marketing & Business : notre société a basculé dans une « datafication » totale du sensible.

Le « sauvage » dont elle parle, c’est cette part d’imprévisibilité et de spontanéité qui réside en chaque humain. Selon elle, le numérique a grignoté notre espace vital au point de ne nous laisser qu’une marge d’erreur de 3 %. Cette obsession de la mesure s’insinue désormais jusque dans nos interactions les plus intimes : nous comptons nos pas, nos calories, mais nous apprenons aussi à « aimer pour le score » via des applications de rencontre où l’algorithme remplace le coup de foudre par un taux de compatibilité. En transformant nos relations et notre biologie en statistiques, nous réduisons l’humain à une suite de variables optimisables.

Ce qui rend sa démarche particulièrement judicieuse, c’est qu’elle adopte le langage de l’adversaire : ses poèmes empruntent la froideur des listes, la structure des tableurs Excel et le rythme des logs informatiques. En nous saturant de chiffres sur la page, elle nous fait ressentir physiquement l’étouffement de cette surveillance constante. C’est au milieu de cette rigueur mathématique que surgit soudain un mot charnel ou un bug typographique, rappelant que la vie, la vraie, est ce qui échappe à la mesure.

Un paradoxe pour le marketing digital : l’épuisement de la data 

Pour les professionnels du marketing, la lecture de Cholz nous place face au paradoxe de la donnée : à force de vouloir tout traquer, tout segmenter et tout optimiser, nous risquons de perdre le lien émotionnel brut qui lie une marque à son public.

Si Cholz vise juste, c’est parce qu’elle souligne la fatigue de la donnée. Le consommateur n’est plus seulement une cible, c’est un individu qui cherche désespérément à protéger ses « 3 % » d’intimité non-numérisée contre une publicité hyper-ciblée qui semble parfois en savoir trop sur lui.

Toutefois, une lecture critique impose de nuancer son propos. Si Cholz dresse un portrait parfois radical d’une technologie aliénante, elle oublie parfois que la donnée peut aussi être un outil de compréhension et de progrès, permettant une personnalisation qui facilite réellement le quotidien. Son texte n’est pas un manuel de technophobie, mais plutôt un manifeste pour une « écologie de l’attention ». Elle nous rappelle que l’efficacité ne doit pas être la seule boussole de nos business models.

Rachel M. Cholz

Rachel M. Cholz

Autrice de « Trois pour cent sauvages »

Rachel M. Cholz est née en 1991 en France. Un premier roman intitulé Pipeline, retraçant une collaboration autour d’un trafic de gazole, est paru en avril 2024 aux Éditions du Seuil et a été lauréat du Prix Senghor et finaliste du prix Victor Rossel.

Conclusion : Pourquoi peut-on imaginer que le futur du business passera par le non-quantifiable ?

Trois pour cent sauvages est bien plus qu’une recommandation littéraire ; c’est un outil de réflexion pour nos carrières dans le digital.

Ce livre nous apprend que l’expérience client la plus puissante n’est pas celle qui est parfaitement optimisée par un algorithme, mais celle qui laisse place à l’imprévu et à la liberté.

En tant que marketeurs, notre défi de demain ne sera plus seulement de collecter de la data, mais de savoir où s’arrêter pour respecter le « sauvage » chez l’autre. Il est urgent de redonner de la valeur à ce qui ne se compte pas, car c’est précisément dans ces zones de non-mesure que naissent l’innovation, l’attachement et la véritable liberté humaine.