Une conférence marquante : James Martin et l’impact environnemental de l’IA
EVENEMENT NFT PARIS 2025
Source : Journal du Coin
Le 13 et 14 février s’est tenue la 4ème édition de NFT Paris, l’un des plus grands rendez-vous européens consacrés au Web3, aux NFT, à la blockchain et à l’intelligence artificielle. Cet événement regroupait quatre axes thématiques :
➤ NFT Paris – centrée sur l’art, les créateurs, marques et culture NFT
➤ XYZ Paris – l’IA générative et sa convergence avec le Web3
➤ RWA Paris – la tokenisation d’actifs réels
➤ Ordinals Paris – les innovations sur la blockchain Bitcoin
L’objectif était donc de donner une vision globale et croisée des technologies émergentes, et d’explorer les synergies entre celles-ci. L’évent comptait plusieurs speakers majeurs pour renforcer sa crédibilité, tels que OpenAI, Microsoft, Google, LVMH, ainsi que des acteurs français comme Ubisoft et The Sandbox.
Parmis les nombreuses conférences proposées, l’une, située dans l’auditoire centré sur l’axe thématique XYZ -rappelons-le, sur l’IA générative et sa convergence avec le Web3-, s’est révélée être particulièrement intéressante. A mes yeux, il s’agissait de la conférence la plus marquante. Je souhaite donc revenir aujourd’hui sur l’intervention de James Martin.
James Martin – quand la tech dialogue avec l’impact environnemental
James Martin, en charge de la communication et du contenu éditorial chez le fournisseur de cloud européen Scaleway, s’impose comme l’une des voix les plus engagées sur les questions de durabilité dans le numérique. Auteur de plusieurs publications sur l’impact environnemental de l’IA et des technologies, il milite pour une tech plus responsable. Il est également le fondateur du blog BetterTech.blog, où il partage ses réflexions sur l’avenir du numérique face aux enjeux climatiques.
Ce qui m’a particulièrement plu chez James Martin, c’est son positionnement : Bien qu’il soit clairement un passionné de technologie, il ne ferme pas les yeux sur les conséquences environnementales du numérique. Au contraire, il les met au cœur de son discours, avec une vraie volonté de sensibiliser. C’est cette lucidité, mêlée à une expertise des sujets tech, qui rend son intervention à la fois pertinente et nécessaire.
Source : XYZParis
Focus sur la conférence – Les impacts de l’IA : Comment les limiter et pourquoi
« Quatre bidons d’eau : c’est la quantité d’eau nécessaire pour générer 100 mots avec un modèle comme ChatGPT. »
C’est ainsi que commence la conférence de James Martin. Cette image, marquante, est tout de suite expliquée : Les GPU – Graphic Processing Unit- , composants principaux des cartes graphiques présentes dans les Intelligences Artificielles, émettent énormément de chaleur. Ces technologies qui chauffent, doivent donc être refroidies, souvent avec de l’eau. Ainsi, avec toutes les requêtes demandées, les IA demandent beaucoup d’énergies, générant beaucoup de chaleur, ayant ainsi besoin d’être refroidis rapidement et efficacement.
James Martin continue en expliquant que de nombreux rapports publiés ces derniers mois affirment que si nous poursuivons sur la trajectoire actuelle, l’énergie utilisée par les centres de données pour l’IA va doubler ou tripler d’ici la fin de la décennie aux Etats-Unis, où se trouvent la majorité des data centers. Et ce n’est donc pas seulement l’électricité, mais aussi la consommation d’eau des centres de données aux États-Unis qui va doubler, voire quadrupler d’ici la fin de la décennie. Pour revenir sur des exemples imagés, on parle ici de 25 000 à 500 000 piscines olympiques. Et on ne parle pas que de l’IA générative utilisées par les grandes entreprises. On compte également les requêtes faites par nous, posant une simple question à une IA.
En Europe, si personne ne s’alerte maintenant, le même schéma pourrait se reproduire. L’IA, en utilisant de nombreux GPU et processeurs pour pouvoir tourner et répondre à toutes nos requêtes, produit du méthane, qui est l’un des pires gaz à effet de serre.
Alors, maintenant que nous savons l’impact énergétique de l’IA, nous devons réagir en conséquence et limiter notre utilisation
Les clés données par James Martin pour limiter notre impact énergique tout en utilisant l’IA
➤ Interroger la pertinence de l’usage
Se demander si nous avons vraiment besoin d’utiliser l’IA générative pour notre demande.
➤ Utiliser un cloud européen, transparent et éthique
Si votre fournisseur se situe en Europe, il est probable qu’il utilise une énergie à faible émission de carbone, ce qui signifie que vous générez moins d’émissions lorsque vous exécutez ces charges de travail. A garder en tête qu’il est toujours plus intéressant d’avoir un fournisseur transparent sur ses impacts, non seulement pour des raisons de carbone, le contrôle des données grâce au RGPD VS aux Etats-Unis où ce règlement ne s’applique pas.
➤ Mesurer l’impact environnemental des modèles
Utiliser des modèles d’IA beaucoup plus petits, selon les besoins, nous n’avons pas forcément besoin de l’IA la plus performante.
➤ Utiliser une IA européenne
- Une IA ayant un modèle d’entrainement en France génèrera 10x moins d’émissions qu’une IA entrainée en Virginie aux Etats-Unis, Etat où se trouve la plupart des centres de données aux US. (source : https://app.electricitymaps.com, analysant l’intensité carbonne de l’éléctricité en temps réel)
Ce que je retiens – et ce qui doit changer
J’ai sincèrement trouvé le discours de James Martin éclairé. En tant passionné de la tech, il ne rejette pas l’innovation — il la questionne. Son approche, fondée sur des données sourcées, permet de dépasser les simples rumeurs pour en venir à des faits et pouvoir proposer des solutions. Il ne s’agit pas de diaboliser l’IA, mais de prendre conscience de son coût invisible, encore trop méconnu.
Il ne faut pas bannir les nouvelles technologies, mais apprendre à les utiliser avec discernement et conscience. Et à ce titre, les interventions comme celle de James Martin sont indispensables.
Toutefois, je regrette que cette conférence ait eu lieu dans un événement dominé par les NFT. Le sujet environnemental me semble déconnecté des préoccupations de l’audience. Cela fait perdre de la crédibilité au propos, et l’impact est moindre. Avec la démocratisation de l’IA générative, le grand public reste largement inconscient de ces enjeux énergétiques,ce que je trouve dommage. Je souhaite donc que l’on n’enferme pas l’écologie digitale dans une niche technophile, mais qu’on puisse ouvrir ces conférences à un public plus diversifié.
Cette conférence m’a profondément marquée et a renforcé ma conviction qu’il est possible d’allier innovation et responsabilité. J’espère que ce message trouvera un écho plus large, et que chacun prendra conscience qu’une simple requête ChatGPT, Grok ou DeepSeek a un coût réel.
Léana Dumas
28/02/2025