À la rencontre de Hanen Malki

À l’heure où les métiers du digital évoluent à grande vitesse, la formation devient un enjeu central. Réseaux sociaux, marketing digital, intelligence artificielle, outils collaboratifs, analyse de données : les compétences attendues par les entreprises changent rapidement. Dans ce contexte, les centres de formation jouent un rôle essentiel pour accompagner les alternants vers des métiers de plus en plus hybrides.

Pour mieux comprendre ces transformations, nous avons échangé avec Hanen Malki, professionnelle travaillant dans un centre de formation digital qui accompagne des alternants en présentiel et en distanciel. À travers cet entretien, elle revient sur les attentes des entreprises, les difficultés rencontrées par les apprenants et l’impact des nouveaux outils numériques sur la formation.

« Le digital demande d’apprendre en continu »

Pouvez-vous vous présenter et expliquer votre rôle ?

« Je m’appelle Hanen Malki et je travaille dans un centre de formation spécialisé dans les métiers du digital. Nous accompagnons principalement des alternants, avec des formations proposées à la fois en présentiel et en distanciel. Mon rôle consiste à suivre les apprenants, à participer à l’organisation pédagogique et à faire le lien entre les étudiants, les formateurs et parfois les entreprises.

Ce qui me plaît dans ce secteur, c’est qu’il évolue constamment. Le digital n’est jamais figé : les outils changent, les usages changent, les attentes des entreprises aussi. Cela oblige les apprenants, mais aussi les formateurs, à rester dans une logique d’apprentissage continu. »

Pourquoi la formation digitale est-elle devenue aussi importante aujourd’hui ?

« Elle est devenue essentielle parce que presque toutes les entreprises ont aujourd’hui besoin de compétences numériques. Même les petites structures doivent savoir communiquer en ligne, gérer leur visibilité, utiliser des outils collaboratifs ou analyser leurs performances. Le baromètre France Num 2025 montre d’ailleurs que 78 % des dirigeants de TPE et PME considèrent que le numérique représente un bénéfice réel pour leur entreprise.

Cela veut dire que le digital n’est plus réservé aux grandes entreprises ou aux start-up. Il concerne aussi les commerces, les associations, les organismes de formation, les marques, les indépendants. Les étudiants qui se forment aujourd’hui au digital doivent donc comprendre qu’ils n’apprennent pas seulement à utiliser des outils : ils apprennent à répondre à des besoins professionnels concrets. »

Présentiel et distanciel : deux façons d’apprendre

Votre centre forme des alternants en présentiel et en distanciel. Qu’est-ce que cela change dans l’apprentissage ?

« Le présentiel reste très important, surtout pour créer du lien. Les étudiants peuvent échanger plus facilement, poser des questions, travailler en groupe et bénéficier d’un cadre plus direct. C’est aussi utile pour les oraux, les ateliers ou les projets collectifs.

Le distanciel, lui, apporte de la flexibilité. Il permet aux alternants de mieux organiser leur emploi du temps, notamment lorsqu’ils doivent jongler entre les cours, l’entreprise et parfois des contraintes personnelles. Mais il demande aussi beaucoup d’autonomie. En distanciel, il faut savoir rester concentré, participer malgré l’écran et ne pas décrocher.

Pour moi, le modèle le plus pertinent est souvent hybride. Le digital permet d’apprendre autrement, mais l’accompagnement humain reste indispensable. La technologie facilite l’accès à la formation, mais elle ne remplace pas l’encadrement, la motivation et le suivi individuel. »

L’alternance est-elle adaptée aux métiers du digital ?

« Oui, très clairement. L’alternance est particulièrement adaptée au digital parce que ce sont des métiers très opérationnels. Les apprenants peuvent mettre en pratique rapidement ce qu’ils voient en cours : création de contenu, stratégie social media, SEO, campagnes digitales, analyse de données, gestion de projet.

L’apprentissage est aussi devenu un dispositif majeur en France. Selon la DARES, 889 400 contrats d’apprentissage ont débuté en 2024, ce qui montre l’importance de ce modèle dans l’insertion professionnelle.

Cependant, l’alternance demande une vraie organisation. Certains étudiants sous-estiment le rythme. Ils doivent être à la fois apprenants et professionnels. Notre rôle est donc de les accompagner, sans faire à leur place, pour les aider à gagner en autonomie. »

Les compétences attendues évoluent

Quelles sont les compétences les plus importantes pour travailler dans le digital aujourd’hui ?

« Il y a bien sûr des compétences techniques : maîtriser les réseaux sociaux, comprendre le référencement naturel, savoir utiliser des outils de création, connaître les bases de l’analyse de performance ou du marketing digital. Mais cela ne suffit plus.

Les entreprises cherchent aussi des profils capables de réfléchir, de s’adapter et de comprendre les enjeux derrière les outils. Par exemple, publier une vidéo sur TikTok ou Instagram ne suffit pas. Il faut savoir pourquoi on la publie, à qui elle s’adresse, quel message elle porte et comment mesurer son efficacité.

Je pense que les compétences les plus importantes aujourd’hui sont la curiosité, l’esprit critique, la créativité, l’autonomie et la capacité à apprendre vite. Dans le digital, ce qu’on apprend aujourd’hui peut être dépassé dans deux ans. Il faut donc apprendre à apprendre. »

Les entreprises attendent-elles davantage des alternants qu’avant ?

« Oui, les attentes sont plus fortes. Les entreprises veulent des alternants rapidement opérationnels, capables de prendre des initiatives et de proposer des idées. Elles attendent aussi une certaine maturité professionnelle : respecter les délais, comprendre une stratégie de marque, savoir communiquer avec une équipe.

Mais il faut rester réaliste. Un alternant est encore en formation. Il ne peut pas tout maîtriser dès le départ. L’enjeu est donc de trouver un équilibre entre exigence et accompagnement. L’entreprise doit former, et le centre de formation doit préparer l’étudiant aux réalités du terrain. »

L’intelligence artificielle change déjà la formation

Quel impact l’intelligence artificielle a-t-elle sur les formations digitales ?

« L’IA est devenue incontournable. Beaucoup d’apprenants utilisent déjà des outils comme ChatGPT, Canva avec des fonctionnalités IA, des générateurs d’images ou des outils d’aide à la rédaction. Ces outils peuvent être très utiles pour chercher des idées, structurer un plan, reformuler un texte ou gagner du temps.

Mais le risque est de les utiliser sans réfléchir. Un étudiant peut produire un rendu rapidement, mais sans vraiment comprendre le sujet. C’est pour cela qu’il faut intégrer l’IA dans la formation, mais avec un cadre clair. L’objectif n’est pas d’interdire ces outils, mais d’apprendre à les utiliser intelligemment.

L’Union européenne insiste d’ailleurs sur l’importance des compétences numériques : son programme Digital Decade vise à ce que 80 % des adultes disposent d’au moins des compétences numériques de base d’ici 2030. Cela montre bien que la maîtrise du numérique devient un enjeu de société, pas seulement un enjeu professionnel. »

L’IA menace-t-elle les métiers du digital ?

« Je ne pense pas qu’elle les fasse disparaître, mais elle les transforme. Certaines tâches simples ou répétitives peuvent être automatisées. En revanche, la stratégie, la créativité, la compréhension d’une audience, la sensibilité à une marque ou la capacité à prendre du recul restent humaines.

L’IA peut produire du contenu, mais elle ne sait pas toujours s’il est pertinent, juste ou adapté à une cible. C’est là que le professionnel du digital garde sa valeur. Il doit savoir orienter l’outil, vérifier les informations, personnaliser le résultat et apporter une vision. »

 

 

Ce qu’il faut retenir

Cet entretien avec Hanen Malki met en lumière une idée forte : la formation digitale ne consiste plus seulement à transmettre des outils, mais à former des profils capables d’évoluer dans un environnement mouvant. Le présentiel permet de créer du lien et d’encadrer les apprenants ; le distanciel offre de la flexibilité ; l’alternance relie directement la théorie au terrain.

Mais le véritable enjeu reste humain. Dans un secteur marqué par l’accélération technologique et l’arrivée de l’intelligence artificielle, les futurs professionnels du digital doivent développer bien plus que des compétences techniques. Ils doivent apprendre à penser, à s’adapter, à vérifier et à créer du sens.

Le digital ne récompense pas seulement ceux qui maîtrisent les derniers outils. Il valorise surtout ceux qui savent les utiliser avec intelligence.