Digitalisation des restaurants
Interview d’une consultante FoodTech sur la transformation digitale du secteur CHR
Dans cette interview, une consultante indépendante spécialisée dans l’écosystème FoodTech revient sur son parcours, son métier d’accompagnement des restaurateurs face au digital, les outils numériques qu’elle utilise au quotidien, et les grands défis de la transformation digitale dans la restauration.
Le parcours d’une consultante FoodTech : du commerce à l’accompagnement digital des restaurateurs
Quel est votre parcours professionnel ?
« Alors, mon parcours, il se situe vraiment à la croisée du commerce, de la technologie et du conseil. J’ai commencé par un DUT Techniques de Commercialisation, et ensuite j’ai fait un Master of Technology, un MTech, à l’Université La Sapienza de Rome. Après ça, j’ai démarré ma carrière chez un intégrateur CRM, avant de rejoindre L’Addition en tant que Sales et ça, ça a été vraiment l’occasion de plonger au cœur du secteur CHR, donc Cafés, Hôtels, Restaurants.
Et aujourd’hui, je suis consultante indépendante, et j’ai monté un média dédié à l’écosystème FoodTech. Concrètement, mon rôle, c’est de publier des revues d’articles pour décrypter les nouveautés du secteur, mais surtout et c’est ce qui me tient le plus à cœur d’accompagner les restaurateurs pour les aider à identifier et à déployer les outils technologiques les plus adaptés à leur activité. Que ce soit des logiciels, du SaaS, du hardware, ou des systèmes de monétique. »
Qu’est-ce qui vous a amenée à exercer ce métier ?
« Ce qui m’a vraiment animée, c’est cette volonté d’apporter une aide sincère et concrète aux restaurateurs. On voit bien que le secteur de la restauration se modernise et se digitalise à vitesse grand V, les systèmes de caisse connectés, les programmes de fidélité digitaux, la commande en ligne… Mais en même temps, la technologie, c’est souvent aux antipodes de leur cœur de métier, qui reste l’humain et le produit. Beaucoup de restaurateurs ne sont pas encore sensibilisés à tout ça, ou se sentent carrément dépassés par cette complexité. Et moi, ce que je veux, c’est être ce tiers de confiance, ce point d’appui solide pour les aider à se structurer sereinement, sans qu’ils perdent leur identité au passage »
En quoi consiste concrètement votre travail au quotidien ?
« Mon quotidien, il s’articule autour de trois grands piliers.
Il y a d’abord la veille et la création de contenu, j’échange en permanence avec les éditeurs de logiciels, je teste leurs solutions, et j’enrichis mon média avec des revues d’outils.
Ensuite, il y a le conseil de terrain : je dialogue directement avec les restaurateurs pour comprendre leurs points de douleur, vraiment leurs problématiques concrètes.
Et enfin, troisième pilier, l’optimisation de mon outil IA. Pour rendre mon expertise accessible instantanément, j’ai centralisé toutes mes ressources et mes connaissances dans un agent IA, un chatbot en fait. Il permet d’orienter immédiatement le restaurateur vers les meilleures solutions selon ses besoins spécifiques, en complément de nos échanges téléphoniques humains »
Compétences clés et place du digital dans le conseil aux restaurateurs
Quelles sont les principales compétences nécessaires pour réussir dans votre métier ?
« Je dirais qu’il y en a deux, vraiment essentielles.
La première, c’est l’adaptabilité. Je passe constamment d’un univers à l’autre : face à un éditeur de logiciels, je dois parler un langage technique, business. Et face à un restaurateur, c’est tout l’inverse je dois vulgariser, être pédagogue, traduire la technologie en bénéfices métiers très concrets.
La deuxième, c’est l’anticipation et la curiosité. La tech évolue de manière exponentielle, donc il faut être à l’affût permanent des nouveautés technologiques, réglementaires, économiques pour anticiper les virages du marché, adapter son discours, et conseiller les clients au bon moment, avant qu’ils ne soient dépassés »
Quelle place occupe le digital dans votre activité aujourd’hui ?
« Honnêtement, le digital occupe 90% de mon activité. C’est à la fois mon outil de travail, mon produit le média, le conseil et mon canal de distribution. Sans le digital, je ne pourrais pas automatiser mes processus, ni toucher une communauté de restaurateurs à l’échelle nationale, tout en restant une structure agile. C’est vraiment le moteur central de mon quotidien »
Outils numériques et automatisation : l’écosystème digital au service du conseil FoodTech
Quels outils numériques utilisez-vous le plus au quotidien ? Pourquoi ?
« Mon écosystème, il est ultra-digitalisé, et tout repose sur l’automatisation. Je vais vous lister ça rapidement :
Voiceflow, pour concevoir et faire tourner mon chatbot IA personnalisé. Make, pour automatiser mes process. Slack, pour transmettre instantanément les leads qualifiés aux éditeurs partenaires. Folk, pour la gestion de mon CRM. Typeform, pour la capture des demandes entrantes. Calendly, pour simplifier la prise de rendez-vous téléphonique avec les restaurateurs. Notion, qui est un peu mon « cerveau central » pour organiser mes projets et mon calendrier éditorial. Webflow, pour mon site internet. Canva, pour créer mes visuels de communication. Et puis Gemini et Claude, que j’utilise comme assistants au quotidien pour accélérer ma vitesse de production écrite et de recherche »
Comment le digital a-t-il transformé votre manière de travailler ces dernières années ?
« Le digital, il a provoqué une vraie démocratisation des compétences. Des tâches qui nécessitaient autrefois l’intervention de prestataires externes coûteux et spécialisés je pense au développement web, à la création d’outils complexes et bien aujourd’hui, elles sont internalisables, grâce au no-code et à l’IA. Et ça, ça accélère considérablement le rythme de production, ça repousse vraiment le champ des possibles pour des entrepreneurs solos comme moi »
Les défis et grands enjeux de la transformation digitale dans la restauration
Selon vous, quels sont les principaux défis liés à la transformation digitale dans votre secteur ?
« Le principal défi, c’est de maintenir un rythme d’évolution technologique qui reste humainement et économiquement soutenable. Parce que la tech, parfois, elle va plus vite que la capacité d’assimilation des entreprises. Il faut vraiment veiller à ce que la transition digitale ne crée pas de fracture sociale, ou d’épuisement chez les commerçants. Et s’assurer que chaque outil adopté apporte une réelle valeur économique plutôt qu’une couche de complexité supplémentaire »
Quelles évolutions ou innovations vont, selon vous, avoir le plus d’impact dans les prochaines années ?
« On n’est qu’au tout début d’un effet « boule de neige », je pense. Et selon moi, il y a quatre grands enjeux pour les prochaines années.
D’abord, le défi énergétique : l’IA, c’est extrêmement gourmand en énergie. La question de la consommation des datacenters, ça va devenir un enjeu géopolitique et écologique majeur.
Ensuite, la souveraineté et la sécurité des données : le grand public partage des données ultra-personnelles, ou stratégiques, sans avoir vraiment conscience des risques de fuites ou d’utilisation détournée.
Il y a aussi la régulation, face à cette guerre de l’innovation : tout le monde appelle à une régulation, mais aucun État ne veut ralentir en premier, de peur de perdre la course technologique et de se retrouver en situation de vulnérabilité géopolitique.
Et enfin, la révolution de la santé face à la démographie. L’IA révolutionne déjà la médecine les calculs de protéines, la détection précoce de maladies, le ralentissement du vieillissement cellulaire. Mais ça pose une question vertigineuse : si la technologie permet d’allonger massivement l’espérance de vie, dans un monde aux ressources limitées, comment est-ce qu’on va gérer ce défi démographique à l’échelle planétaire ? »
Conseils pour évoluer dans un métier digital et message de conclusion
Quel conseil donneriez-vous à un étudiant ou à une personne qui souhaite évoluer dans un métier où le digital prend une place importante ?
« Je lui dirais surtout de ne pas foncer tête baissée par simple effet de mode, et de ne pas voir ce parcours comme une « banalité ». Parce que travailler au cœur de la tech, c’est parfois accepter une forme de déconnexion humaine, et ressentir une espèce de « perte de sens » face à des métiers plus tangibles je pense aux artisans, aux soignants, aux professionnels du bâtiment. D’ailleurs, on voit beaucoup de profils tech se reconvertir après quelques années, justement par manque de concret.
Donc mon conseil, ce serait plutôt de chercher des secteurs où la technologie ne remplace pas l’humain, mais se met au service de l’humain comme un accompagnateur. Je pense à l’artisanat, au BTP, ou à la restauration. C’est là, selon moi, que se trouvent les métiers d’avenir les plus gratifiants et les plus utiles »
Pour terminer, s’il y avait une seule idée à retenir de notre échange, laquelle serait-elle ?
« Je dirais que la technologie doit perdre son effet « Waouh » pour retrouver sa juste place celle d’un simple outil. À force de tout vouloir automatiser, tout banaliser, on se rend compte que ce qui a le plus de valeur, c’est justement ce qui ne se code pas, le lien humain, l’authenticité, le sens. La tech de demain, elle ne sera pertinente que si elle sert à libérer du temps pour ce qui nous rend profondément humains »