Que devient la mode mexicaine quand elle cesse d'être une curiosité pour devenir une industrie ? Pour cet entretien Claudia Can, rédactrice en chef d'un grand magazine de mode au Mexique, j'ai posé la question à l'une des voix les plus informées du secteur. Elle fait partie des cinq experts interrogés pour ma thèse. Son regard de vingt-cinq ans d'observation éclaire les forces, les blocages et l'avenir de la scène locale.

Comment le paysage de la mode mexicaine a-t-il évolué ?

Claudia Can décrit un changement profond. Il y a vingt à vingt-cinq ans, seuls quelques noms établis existaient, et l'on achetait surtout de la fast fashion ou des marques étrangères. Aujourd'hui, la scène est plus large et plus professionnelle. Elle compte davantage de créateurs avec des entreprises solides et rentables. L'offre a aussi changé : elle ne se limite plus aux tenues de cérémonie et inclut des vêtements du quotidien.

Qu'est-ce qui explique cette évolution ?

Selon elle, la formation spécialisée a joué un rôle majeur. Les écoles de mode se sont développées au Mexique, et l'influence d'établissements comme istitutomarangoni a élevé le niveau. Elle ajoute un facteur moins attendu : la validation venue de l'extérieur. Quand des étrangers installés au Mexique portent des marques locales, ils légitiment ces créateurs aux yeux des consommateurs mexicains. Le public local se met alors à « acheter local ».

Les obstacles structurels que cite Claudia Can

Que manque-t-il encore au secteur ?

Elle identifie trois freins persistants :

  • Des matières premières chères, à cause des droits de douane.
  • Des chaînes de production fragiles, qui limitent la capacité à passer à l'échelle.
  • L'absence d'une institution forte, comparable au cfda.com aux États-Unis ou à la chambre syndicale française, pour coordonner et soutenir l'industrie.

Ce dernier point rejoint le cœur de ma thèse. Sans infrastructure commune, chaque créateur doit être à la fois directeur artistique, gestionnaire et coordinateur de production.

Le rôle du magazine : être local et global

Comment une édition mexicaine concilie-t-elle les deux dimensions ?

Pour la rédactrice en chef, une édition nationale doit représenter fidèlement la culture locale tout en participant aux conversations mondiales. Elle estime que la mode ne vit pas dans une bulle. Le magazine doit donc rester attentif aux enjeux sociaux et politiques, comme les droits des personnes trans ou le virage de certains gouvernements vers la droite. Il les reflète dans ses contenus, en cohérence avec les valeurs de la marque.

Que fait le magazine pour les créateurs mexicains ?

Claudia Can cite trois actions :

  1. Couvrir les défilés en profondeur.
  2. Mettre en avant les moments clés, par exemple lorsqu'une célébrité porte un créateur local.
  3. Maintenir une rubrique fixe consacrée aux talents émergents.

Elle reconnaît que ces efforts se font sous la pression commerciale des annonceurs, un équilibre qu'il faut gérer en permanence.

Ce qui l'enthousiasme pour la suite

Quel avenir voit-elle pour la mode mexicaine ?

Elle se dit enthousiaste devant le professionnalisme et l'ambition croissants des créateurs, ainsi que devant la diversification des marques locales. Elle insiste toutefois sur trois besoins : une meilleure collaboration entre acteurs, une infrastructure de production plus solide et une direction commune plus claire. Ce sont les conditions pour que la mode mexicaine se consolide au pays comme à l'étranger.

Et vous, achetez-vous local ? Qu'est-ce qui vous manque pour le faire davantage ? Répondez en commentaire.

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