Les enjeux et innovations du marketing basé sur les données : entretien avec Raphaël Nahoum de Nielsen Marketing Cloud
Raphaël Nahoum a accepté de répondre à nos questions pour nous donner sa vision sur le futur du marketing basé sur la data. En tant que EMEA Account Director chez Nielsen Marketing Cloud, Raphaël apporte son expertise sur la croissance des audiences activables sur les leviers du digital, notamment sur les plateformes programmatiques et sociales pour créer des solutions de campagne efficaces. Avec une carrière impressionnante axée sur l’innovation dans le secteur publicitaire, Raphaël incarne la fusion entre la technologie et le marketing pour propulser les entreprises vers de nouveaux sommets de succès. Après avoir travaillé chez Eurosport dans la branche Advertising Sales et Marketing puis chez X, anciennement Twitter, en tant que Client Account Manager, Raphaël possède une véritable expertise sur le sujet de la mise en place et du suivi des campagnes publicitaires.
Le ciblage publicitaire revêt un caractère relativement nouveau et avoir des segments d’audience est clé pour toucher plus efficacement sa cible, qu’observez-vous sur les nouvelles stratégies mises en place ?
Dans le paysage actuel du marketing digital, le ciblage publicitaire demeure en effet un aspect crucial pour atteindre efficacement les audiences pertinentes. Les segments d’audience jouent un rôle essentiel dans cette démarche, permettant aux annonceurs de personnaliser leurs campagnes et de maximiser leur impact auprès de groupes spécifiques d’utilisateurs. Ce que j’observe sur les nouvelles stratégies mises en place, c’est une tendance croissante vers une approche plus fine et plus sophistiquée du ciblage publicitaire. Les annonceurs cherchent de plus en plus à affiner leurs segments d’audience en utilisant des données démographiques, comportementales et contextuelles, ainsi que des signaux en temps réel, pour mieux comprendre et cibler leurs audiences. Cette approche permet non seulement de toucher les utilisateurs les plus pertinents, mais aussi de personnaliser le message publicitaire pour répondre à leurs besoins spécifiques et à leurs intérêts.
Parallèlement, nous observons également une montée en puissance des technologies telles que le machine learning, qui permet d’optimiser automatiquement les campagnes publicitaires en temps réel en fonction des performances et des réactions des utilisateurs. Ces technologies offrent une capacité accrue à identifier les segments d’audience les plus réceptifs et à ajuster les stratégies de ciblage en conséquence, contribuant ainsi à améliorer l’efficacité globale des campagnes publicitaires.
En tant que professionnel expérimenté dans le domaine du ciblage publicitaire, pouvez-vous nous parler des défis actuels que les annonceurs rencontrent en matière de ciblage, notamment en tenant compte des évolutions récentes des comportements des consommateurs et des réglementations en vigueur ?
Il semble que les défis persistants dans le domaine du ciblage publicitaire sur les plateformes digitales ne manquent pas. Sur le front du programmatique, la disparition du cookie, notamment sur Google Chrome, représente une réelle préoccupation. Cette suppression témoigne d’une volonté de rupture avec les méthodes traditionnelles de suivi des utilisateurs pour le ciblage publicitaire. En conséquence, il devient impératif de trouver des alternatives innovantes permettant de maintenir un ciblage précis et efficace pour toucher son public cible de manière pertinente.
De même, sur les plateformes sociales, telles que Meta, les règlementations de plus en plus strictes représentent un défi supplémentaire. Les amendes et les limitations imposées aux pratiques de ciblage publicitaire réduisent les possibilités de ciblage granulaire, malgré le fait que ces plateformes continuent de représenter une part significative des investissements publicitaires.
Dans ce contexte, les entreprises comme Nielsen se positionnent avec des solutions innovantes pour répondre à ces défis. En exploitant des données tierces, Nielsen propose une approche complémentaire permettant d’enrichir le ciblage publicitaire et d’offrir une granularité accrue par rapport aux plateformes sociales et aux gestionnaires de publicités. Cette approche intégrée vise à maximiser l’efficacité des campagnes publicitaires en exploitant pleinement les données disponibles et en offrant des solutions plus complètes aux annonceurs.
On parle d’un secteur qui ne cesse de changer, on observe l’arrivée de nouvelles règlementations, de nouvelles tendances, quel est ton avis sur l’évolution du secteur ? Y aura-t-il d’autres règlementations ?
Actuellement, deux tendances majeures émergent dans le domaine du ciblage et de la gestion des données médias. Tout d’abord, nous assistons à l’émergence fulgurante du retail media, une stratégie de publicité en plein essor qui exploite pleinement les vastes réservoirs de données des grands acteurs de la grande consommation. Cette approche gagne en importance de manière exponentielle, offrant aux annonceurs une opportunité sans précédent de promouvoir leurs produits en s’appuyant sur des données de marché et des insights consommateurs précis.
Face à la disparition imminente du cookie et à ses implications sur le ciblage publicitaire, une deuxième tendance se dessine avec l’avènement des « data clean rooms ». Initié par de nombreuses régies publicitaires, ce projet vise à fournir un environnement sécurisé où les annonceurs peuvent accéder à des données agrégées et anonymisées, tout en préservant la confidentialité des utilisateurs. Cette approche représente une réponse stratégique à la nécessité de trouver des solutions alternatives au suivi des utilisateurs, tout en maintenant un niveau élevé de précision dans le ciblage publicitaire.
En somme, le retail media émerge comme un nouveau phénomène majeur dans le paysage publicitaire, suivant les traces des social ads. Parallèlement, les data clean rooms offrent une solution prometteuse pour pallier la disparition du cookie et maintenir la pertinence et l’efficacité des campagnes publicitaires dans un environnement en constante évolution.
Avec l’avènement des formats payants sur les réseaux sociaux, quel est l’impact sur le paysage publicitaire ? Observons-nous une diminution des investissements de la part des marques ? Quels sont les motifs qui poussent les plateformes sociales à adopter cette approche payante ?
L’introduction de formats publicitaires payants sur les réseaux sociaux suscite des interrogations quant à son impact sur le paysage publicitaire. Actuellement, l’impact semble rester relativement faible, car les systèmes payants ne rencontrent pas toujours l’adhésion escomptée. En effet, la plupart des utilisateurs ne sont pas prêts à payer pour un service qui était jusqu’à présent gratuit, ou simplement ne disposent pas des moyens nécessaires pour le faire. De plus, le modèle payant attire principalement les professionnels de la publicité, laissant une partie de la communauté se sentir exclue.
Quant aux motivations des plateformes sociales à opter pour un modèle payant, il s’agit souvent d’une stratégie visant à diversifier leurs sources de revenus. Face à la crainte de devenir excessivement dépendantes de la publicité pour leurs revenus, ces plateformes cherchent à explorer de nouvelles avenues de génération de revenus. Par exemple, des plateformes comme Twitter et Meta ont lancé leurs propres initiatives payantes, telles que le service Twitter Blue. Cependant, l’impact réel sur les annonceurs reste difficile à mesurer, car ces modèles sont encore relativement nouveaux. Il faudra probablement quelques années pour évaluer pleinement leur efficacité et leur acceptation par le public et les annonceurs. En outre, les marques de luxe, qui sont parmi les plus grands acteurs du social ads, pourraient percevoir ces modèles payants comme un risque, craignant que leurs cibles haut de gamme soient plus enclines à souscrire à ces services payants.
Les réglementations telles que le RGPD ont un impact significatif sur la collecte et l’utilisation des données. Comment cela influence-t-il les stratégies programmatiques, et quelles sont les adaptations nécessaires pour maintenir la pertinence et l’efficacité des campagnes dans ce paysage réglementaire complexe ?
Des réglementations telles que le RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données) ont aujourd’hui un impact majeur sur la collecte et l’utilisation des données. Ces réglementations ont profondément modifié la manière dont nous pouvons interagir avec les données des utilisateurs, en plaçant l’accent sur la protection de la vie privée et la transparence dans la gestion des données personnelles.
En ce qui concerne les stratégies programmatiques, le RGPD a imposé des défis significatifs en restreignant l’accès aux données personnelles et en renforçant les exigences en matière de consentement utilisateur. Cela a entraîné une évolution majeure dans la manière dont nous abordons la collecte et l’utilisation des données dans le cadre des campagnes programmatiques. Il est devenu essentiel de mettre en place des mécanismes robustes de consentement et de respect de la vie privée, tout en garantissant une transparence totale dans nos pratiques de collecte et d’utilisation des données.
Pour maintenir la pertinence et l’efficacité des campagnes dans ce paysage réglementaire complexe, plusieurs adaptations sont nécessaires. Tout d’abord, il est crucial de privilégier une approche axée sur le consentement utilisateur, en garantissant que les utilisateurs comprennent clairement comment leurs données seront utilisées et en leur offrant un contrôle total sur leur utilisation. Ensuite, nous devons investir dans des technologies de ciblage et d’analyse plus sophistiquées qui nous permettent de maximiser l’efficacité de nos campagnes tout en respectant les exigences réglementaires en matière de protection des données.
Enfin, il est important de rester agile et de s’adapter rapidement aux évolutions réglementaires. Cela implique de maintenir une veille constante sur les nouvelles réglementations et de s’assurer que nos pratiques et nos technologies sont constamment mises à jour pour rester en conformité.

Raphaël Nahoum
EMEA Account Director