Les élections se gagnent aussi sur le web

En France, nous sommes 44,6 millions d’électeurs d’après l’INSEE (au 1er mars 2014)  avec un âge moyen de 50 ans. Malgré une inscription théoriquement obligatoire, la population jeune est sous-représentée : 26 % seulement des inscrits ont moins de 36 ans.

A la vue de ces chiffres on comprend que les staffs des candidats ne fassent pas du web une priorité, et que les candidats se cantonnent à aborder des thématiques s’adressant principalement aux retraités ou aux futurs retraités.

Pourtant cette élection présidentielle 2017 marque un tournant dans la communication politique française. Nous allons voir dans cet article comment les politiques investissent le web et en quoi cela pourrait s’avérer payant au moment du passage dans l’isoloir. Pour cela nous nous concentrerons sur l’étude des comptes Facebook, Twitter et YouTube de quatre candidats encore en course.

François Fillon, le candidat des plus de 50 ans CSP+ et web-unfriendly

Francois_Fillon

Le candidat de la droite peut compter sur une solide communauté avec 225.000 fans sur Facebook et 366.000 followers sur Twitter. Il cumule plus de 600.000 vues sur sa chaine YouTube dont le nombre d’abonnés n’est pas visible.

Bien que large, cette communauté « Fillon » n’est pas très active. Les pages de soutient sont quasiment inexistantes et les militants en ligne pas très créatifs. On peut se douter que l’électeur Fillon type n’est pas un accro au tweet ou un fanatique des youtubeurs à la mode.

Sur Facebook et Twitter, le staff de François Fillon se contente de relayer des articles en adéquation avec son programme. Sur YouTube on trouve ses passages médias, ses discours, ses meetings et les débats télévisés de la Primaire. A noter, les 19 vidéos motion design expliquant le projet et la méthode de François Fillon, bien produites elles sont assez efficaces.

Le staff Fillon a donc fait le choix de ne pas s’investir sur le web, misant plutôt sur les canaux traditionnels pour toucher un électorat traditionnel. Nous verrons par la suite en quoi cela pourrait lui porter préjudice et profiter à Marine Le Pen.

Marine Le Pen surfe sur la vague de révolte qui déferle sur le web

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Marine Le Pen et ses idées sont parfois caricaturées par les observateurs, mais c’est surtout l’héritage de son père qui pèse le plus lourd sur ses épaules. Elle a donc investit le web pour tenter de communiquer débarrassée du prisme journalistiques.

Le FN est le premier parti politique français à avoir créé son site internet en 1996, le web est donc dans son ADN. D’ailleurs Jean Marie Le Pen comptabilise à ce jour 413 numéros de son journal de bord hebdomadaire sur YouTube. Sa chaine n’a que 6.000 abonnés mais chaque vidéo fait entre 20.000 et 100.000 vues pour plus de 15mn de parole.

Marine Le Pen ne comptait que 130 000 followers sur  Twitter en 2013, elle en a aujourd’hui plus d’un million. Sur Facebook aussi elle dépasse le million de fans, d’ailleurs le FN est le premier parti de France sur Facebook, avec plus de 400.00 fans, contre 170.000 pour Les Républicains et 130.000 pour le Parti Socialiste.

Sur sa chaine YouTube Marine 2017 (6.000 abonnés et plus de 500.000 vues cumulées) on trouve des mini reportages, des extraits de discours, un zapping et quelques allocutions exclusives à YouTube. On remarque un effort sur la production de contenus exclusifs au web mais rien de très marquant.

Ce qui profite à Marine Le Pen et son parti, c’est surtout le foisonnement d’initiatives individuelles sur les réseaux sociaux. On ne compte plus les comptes Twitter et les pages Facebook de soutient. Les très nombreux sites d’informations Pure Player qui relayent ses idées, les vidéos montages sur YouTube… Bref ce qui fait la force du FN sur le web, c’est bien la mobilisation intense de ses sympathisants. C’est cette activité intense qui fait défaut notamment à François Fillon qui voit ses idées, son bilan et son projet se faire démolir par des d’internautes aux initiatives parfois très créatives.

Cette vague de regain d’intérêt pour la politique sur le web n’est pas que bleue marine, elle est aussi rouge comme nous allons le voir.

Jean Luc Mélenchon le candidat de la France Insoumise se soumet aux codes du web

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Jean Luc Mélenchon et son staff ont bien compris que le web est une caisse de résonance formidable pour véhiculer des idées politiques minoritaires dans les grands médias. Ils ont donc entreprit d’investir internet en reprenant ses codes les plus emblématiques. Résultat le plus marquant : Passer de 20.000 abonnés YouTube fin août, à presque 100.000 début décembre !

Le gros de l’investissement de Jean Luc Mélenchon et son équipe a été fait sur YouTube. Ils en ont fait leur canal d’information et de communication privilégié. Cela a commencé par une revue de la semaine. JLM analyse l’actualité en faisant résonner les thèmes stratégiques avec son propre programme. C’est exactement ce que fait Jean-Marie Le Pen depuis des années, mais il est vrai que l’habillage de l’emission de JLM est bien plus agréable.

C’est ensuite une émission reprenant plutôt les codes de la télévision que JLM et son staff ont créé et diffusé : Pas Vu à la Télé. L’homme politique anime lui-même l’émission, reçoit un invité, lance les sujets vidéos… une émission souvent très intéressante qui laisse le temps aux deux protagonistes de développer leurs idées.  La quatrième édition avec en invité l’ancien trader Jérôme Kerviel a dépassé les 80.000 vues, beau score pour un format long et complexe.

Récemment c’est une émission foire aux questions que JLM et son équipe ont lancé. Une idée excellente puisque Youtube fonctionne sur l’interactivité. Les meilleurs YouTube sont ceux qui interagissent le mieux avec leur communauté. JLM répond aux questions de sa communauté comme Norman ou Cyprien le feraient. Cela lui permet notamment d’éclaircir certains point de son programme, de parler de ses futurs passages dans les grands médias et donc de créer une relation privilégiée avec les internautes. De la bonne vieille fidélisation !

Enfin, le staff Mélenchon accomplit un excellent travail dans l’optimisation de leurs contenus. Ils ont pris l’habitude de découper les vidéos de leur candidat en courts extraits, d’y ajouter des sous-titres et de les diffuser sur le lecteur vidéo de Facebook  (environ 500.000 fans) et de Twitter (900.000 followers) . On voit ainsi des vidéos de moins de 5 minutes faire plus de 6 millions de vues en quelques semaines. Cela prouve qu’il touche un public au-delà de son électorat traditionnel.

L’audace et la créativité du staff du candidat de la France Insoumise sont ses principaux atouts sur le web. Ce travail s’avère payant pour l’instant. En témoigne cette interview d’Antoine Nicolas qui pilote la campagne web de JLM.

François Asselineau, le « petit candidat » à la grande communauté

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Il n’y a pas que les grands candidats qui investissent le web avec succès. François Asselineau et son parti l’UPR créé en 2007, est devenu la référence de la politique en ligne. C’est l’un des rares à miser sur des Facebook Live pour interagir avec ses sympathisants en direct.

Le principal fait d’arme de cet homme politique est d’avoir mis en ligne des conférences dépassant parfois les 3h de durée. Traitant de sujets complexes comme la construction européenne, le fonctionnement de l’Union européenne, l’Histoire de France… Asselineau aborde avec précisions et insolence les sujets qui constituent pour lui les nœuds de notre société. Et ces vidéos ont eu du succès puisque la chaine YouTube de l’UPR compte environ 24.000 abonnés et dépasse les 7 millions de vues en cumulé. Cependant la forme de ses conférences est sa plus grande faiblesse. L’aspect bricolé risque d’effrayer beaucoup d’internautes.

François Asselineau se rattrape sur la forme en faisant lui aussi un entretien d’actualité mensuel qui atteint parfois les 100.000 vues. Propre et sobre, le fond et la forme sont au rendez-vous.

L’UPR fait très fort sur le web Français car il propose du contenu traitant de sujets de fonds dans toute leur complexité. Mais aussi parce que ses sympathisants sont extrêmement actifs sur tous les réseaux sociaux. Ils commentent, ils interpellent et se font entendre. En témoigne l’invitation surprise de François Asselineau à On Est Pas Couché, la grande messe médiatique du système. Laurent Ruquier a tellement été interpellé par les sympathisants de l’UPR sur les réseaux sociaux qu’il a finis par inviter un inconnu du game politique traditionnel.

Le web comme seul issu pour redorer le blason des responsables politiques ?

C’est un fait aujourd’hui, les politiques sont détestés, souvent haïs par la grande majorité des Français. Ce mouvement ne se cantonne pas à l’hexagone mais à toutes les démocraties occidentales.

Il serait trop long d’analyser les causes de cette détestation mais en France deux facteurs ressortent : le bilan des actions politiques depuis plus de 30 ans. Et le niveau des analyses et des débats politiques dans les grands médias. On constate d’ailleurs que la catégorie professionnelle la plus détesté des français après le politique est le journaliste. Les destins des politiques et des journalistes sont donc liés.

Jean Luc Mélenchon et François Asselineau sont pour l’instant les deux champions de la politique digitale. Nous verrons dans quelques mois s’il y a bien une transformation dans les urnes pour ceux qui ont su investir le web et travailler à rendre leurs idées accessibles à tous sans éluder la complexité qui va avec.