Par Anaïs Clausel, étudiante en MBA Digital Marketing & E-Business à l’EFAP
Le 21 novembre 2024, j’ai assisté à l’Impact Day, un événement organisé par France Digitale à Paris, dédié à l’innovation numérique durable. Réunissant responsables RSE, start-ups, grands groupes et acteurs institutionnels, cette journée a été l’occasion de se poser une question essentielle : comment le e-commerce peut-il devenir un moteur de la transition écologique — et non l’un de ses freins ? Entre retours d’expérience, contradictions, et pistes concrètes, voici ce que j’en retiens.
Impact Day : un écosystème engagé, mais en quête d’impact réel
France Digitale a organisé l’Impact Day autour d’un fil rouge ambitieux : “Créer un numérique régénératif”. Le terme a de quoi surprendre, mais traduit une intention claire : aller au-delà de la simple réduction d’impact pour imaginer un digital qui répare, compense, et transforme positivement la société.
Parmi les conférences les plus marquantes, une table ronde a particulièrement retenu mon attention :
“E-commerce responsable : comment rendre la croissance compatible avec la planète ?”, animée par :
- Lucie Vallon, Directrice de l’impact chez Back Market
- Tarek El Khoury, fondateur de Repack Store, une marketplace de produits consignés
- Nadia Zaoui, Responsable RSE chez ManoMano
Trois visions, trois degrés de maturité RSE, mais un constat partagé : le modèle de croissance actuel du e-commerce est difficilement tenable.
Résumé des échanges : entre optimisme et lucidité
Lucie Vallon (Back Market) a ouvert la discussion avec un rappel fort : “Proposer du reconditionné n’est pas suffisant si on continue à stimuler une logique d’achat compulsif.” Chez Back Market, la stratégie durable ne se limite pas au produit : elle s’étend au ton de communication, à l’UX sobre, à l’allongement de la durée de vie des appareils.
De son côté, Tarek El Khoury insiste sur la logistique comme talon d’Achille du e-commerce vert : “Même un produit éco-conçu peut avoir un impact catastrophique s’il est expédié deux fois, avec du plastique, et retourné gratuitement.” Il défend une approche systémique : mutualisation des flux, entrepôts partagés, optimisation fine des trajets.
Enfin, Nadia Zaoui (ManoMano) rappelle que la transition ne doit pas être une stratégie d’exception : “Il faut sortir du ‘green corner’. Le durable doit être l’option par défaut.” Chez ManoMano, cela se traduit par des outils de filtrage par critères environnementaux, des labels visibles, et un accompagnement des vendeurs vers des pratiques plus responsables.
Mon analyse : une maturité encourageante, mais encore fragile
Ce qui m’a marquée dans ces échanges, c’est le décalage entre l’intention sincère des marques… et la complexité opérationnelle du terrain. Les solutions existent, mais elles sont souvent coûteuses, techniques, ou encore peu standardisées.
👉 Lors de mon stage chez Rakuten, j’ai moi-même travaillé sur un projet de mise en avant des produits reconditionnés. Si les indicateurs de performance étaient au rendez-vous, le challenge résidait dans l’alignement UX : comment faire coexister des objectifs business avec des valeurs durables dans le parcours client sans créer de friction ?
De même, chez Cap Adrénaline, nous avions envisagé d’intégrer des filtres éthiques dans les expériences proposées (zéro plastique, circuits courts, etc.). Mais la base de données fournisseurs n’était pas encore structurée pour permettre une classification fiable. Le durable demande donc de repenser en profondeur les bases de données, les logiques d’affichage et les métriques de performance.
Bonnes pratiques évoquées pendant l’Impact Day
Voici quelques idées concrètes à retenir pour un e-commerce plus vert et crédible :
- Limiter les retours gratuits automatiques en proposant à la place des outils de prévisualisation ou d’aide au choix plus poussés (ex. : guides de tailles, simulateurs visuels).
- Encourager les options lentes et locales : par exemple, offrir une réduction pour une livraison en point relais ou groupée.
- Gamifier les parcours responsables : via des challenges ou récompenses, comme vu chez Drimify lors de mon autre expérience de stage.
- Mieux former les vendeurs tiers (marketplaces) sur les enjeux RSE, avec des modules courts de formation et des incentives.
- Mettre en valeur les économies réalisées en CO₂ ou ressources grâce aux choix écoresponsables (ex. : “vous avez économisé 1,4 kg de CO₂ en choisissant ce mode de livraison”).
🔗 Quelques ressources pour approfondir
- Étude Fevad 2024 sur le e-commerce responsable
- E-commerce durable : 6 tendances selon Shopify
- Greenly – solution de mesure carbone pour les e-commerçants
- Adobe : Sustainability and digital consumption, 2023
Conclusion : vers une transformation systémique
Ma participation à l’Impact Day 2024 m’a confortée dans une idée forte : le e-commerce durable n’est pas un supplément d’âme, mais une refondation nécessaire. Il ne s’agit plus d’ajouter quelques options vertes à un modèle existant, mais de transformer les mécaniques profondes de recommandation, de logistique, de merchandising et d’interface.
Et cela ne se fera pas sans friction. Mais en tant que future professionnelle du digital, je crois que nous avons un rôle clé à jouer : rendre ces changements désirables, fluides, engageants. Non pas en opposant business et écologie, mais en les réconciliant, intelligemment.