Données synthétiques : rencontre avec Mathieu Bleunven, la startup qui rend le sensible exploitable
Et si l’on pouvait exploiter les données les plus sensibles, dossiers patients, secrets industriels, sans jamais mettre en danger la vie privée de qui que ce soit ? C’est la promesse d’Octopize, une startup nantaise spécialisée dans les données synthétiques. J’ai rencontré son Business Manager, Mathieu Bleunven, pour comprendre son métier et recueillir son regard, sans filtre, sur la collaboration entre startups et grands groupes.
Octopize : des données synthétiques pour exploiter le sensible sans risque
Le principe est aussi astucieux que contre-intuitif. Plutôt que de masquer ou supprimer des informations, Octopize génère de nouvelles données entièrement artificielles à partir des données réelles. Ces données de synthèse conservent les mêmes propriétés statistiques que les originales, donc leur valeur analytique, mais rendent impossible de remonter à une personne réelle.
Baptisée Avatar, la méthode a d’abord vu le jour dans la santé, dans le cadre d’un partenariat avec le CHU de Nantes, avant de séduire d’autres secteurs. Sa crédibilité repose sur des preuves solides : une conformité attestée par la CNIL et une publication dans la prestigieuse revue Nature Digital Medicine. Aujourd’hui, Octopize intervient sur l’anonymisation de données sensibles, mais aussi sur l’augmentation de données et l’audit du risque de réidentification, autant de briques précieuses à l’heure où l’IA réclame toujours plus de données exploitables.
Le défi d’une petite équipe face à un géant
Ce qui rend le témoignage de Mathieu intéressant, c’est qu’Octopize compte une quinzaine de personnes. Comment une si petite structure approche-t-elle un groupe industriel de dizaines de milliers de salariés ?
« La grande difficulté d’une startup, c’est qu’elle part souvent de rien pour approcher un groupe de 80 000 personnes », résume-t-il. Sans carnet d’adresses, trouver le bon interlocuteur relève presque de la loterie. C’est là, selon lui, que réside la valeur d’un programme d’open innovation : aider une jeune pousse à rencontrer rapidement les bons services et à transformer une intuition de marché en projets concrets.
Ce qui crée la confiance
Interrogé sur ce qui inspire confiance, Mathieu insiste d’abord sur le sérieux : un cadre clair, un accompagnement lisible, un objectif net dès le départ. Mais le facteur décisif, pour lui, tient en un mot : le coach. « Un bon coach, bien connecté, qui prend le temps d’ouvrir les portes et de vous introduire auprès des bonnes personnes, c’est déterminant. »
Vient ensuite la phase la plus stratégique pour une startup : l’accès business accéléré. « On a levé des fonds pour déployer un concept ; plus vite on accède au business, plus on rassure nos investisseurs. » Mais Mathieu pointe une phase préalable souvent sous-estimée : la découverte. Rencontrer les différents métiers, confronter sa technologie à de vrais besoins, c’est ce qui permet d’aligner sa roadmap produit sur le terrain, une valeur qui ne se mesure pas immédiatement en euros, mais qui change tout.
Son conseil aux startups : viser l’utile, pas la vitrine
C’est sans doute l’enseignement le plus précieux de notre échange. Mathieu distingue deux types de programmes : le programme « vitrine », qui aligne des startups pour montrer qu’on innove, sans réelle suite ; et le programme « utile », qui part d’un besoin métier précis pour débloquer un sujet concret.
Son conseil à une startup qui hésite ? D’abord, privilégier les programmes qui débouchent vraiment côté business. Ensuite, bien choisir son coach, quitte à contacter les startups des promotions précédentes pour savoir lesquels ouvrent réellement des portes. Enfin, anticiper « l’après » : que se passe-t-il une fois la preuve de valeur faite ? Pour lui, l’engagement dans la durée doit surtout venir du grand groupe, car une startup, elle, ne demande qu’à s’engager.
Ce que je retiens de cette rencontre
Au-delà de la prouesse technologique d’Octopize, cet échange éclaire une vérité de l’open innovation côté startup : la valeur ne naît pas de la technologie seule, mais de la qualité de la mise en relation et de la clarté de la suite. Un grand groupe et une startup ne parlent pas le même langage ni au même rythme ; tout l’enjeu est de construire le pont entre les deux.
C’est aussi tout l’intérêt d’un entretien d’expert : on en ressort avec une compréhension plus fine d’un secteur de pointe ici, la donnée synthétique et une belle rencontre de plus dans son réseau.
Un grand merci à Mathieu Bleunven pour son temps et la transparence de cet échange.
Pour en savoir plus sur Octopize : octopize.io.