Par Charlotte Marçais | charlotte.marcais@efap.com | 3 janvier 2026
L’impact du digital sur notre santé mentale
Le constat s’impose aujourd’hui à une majorité de courreurs : la course à pied n’est plus seulement une histoire de kilomètres parcourus, mais une question de visibilité numérique. À travers mes recherches, j’explore cette nouvelle réalité où Strava et Instagram ne sont plus de simples outils de suivi, mais des plateformes qui influencent radicalement notre manière de courir.
Pourquoi ressentons-nous ce besoin de partager systématiquement nos sorties ? À quel moment la comparaison digitale prend-elle le dessus sur le plaisir physique ? En tant qu’étudiante en MBA DMB et actuellement en pleine préparation pour mon premier marathon, je m’interroge sur ce paradoxe : comment retrouver une pratique plus libre, plus sereine et plus personnelle dans un monde ultra-connecté ?
1. De l’effort physique au « Culte de la Performance »
Comme l’analyse Alain Ehrenberg dans son ouvrage Le Culte de la Performance, notre société impose un impératif d’autonomie et de réussite constante. Le digital a transposé ce modèle dans le sport de loisir, transformant chaque entraînement en une série de données exploitables.
- Le Quantified Self : En mesurant chaque paramètre (cadence, VO2 Max, charge d’entraînement), nous transformons notre corps en ce que la CNIL appelle un « nouvel objet connecté » (2015).
- L’effet dopamine : La gamification (badges, classements, segments) crée une motivation immédiate. Pour un coureur en préparation, c’est un levier d’estime de soi formidable… tant que les indicateurs sont au vert.
Gamification : motivation… mais dépendance possible
Badges, défis, segments, classements stimulent la dopamine.
C’est motivant, ludique, gratifiant.
Mais lorsque la courbe descend, l’humeur suit parfois la même trajectoire.
La performance numérique peut alors dicter l’estime personnelle.

2. Le Paradoxe de l’Estime de Soi : Amour vs Validation
L’estime de soi repose sur trois piliers fondamentaux : l’amour de soi, la vision de soi et la confiance en soi.
La digitalisation vient bousculer cet équilibre délicat.
La quête de reconnaissance : Comme le souligne le sociologue Patrice Flichy, l’affichage de la performance devient une recherche de statut. Le risque est que l’estime de soi ne soit plus intrinsèque (je suis fier de mon effort) mais extrinsèque (je suis fier car j’ai reçu des « Kudos »).
La Vision de Soi déformée : Quand une séance n’est pas « validée » par la communauté ou que l’allure est inférieure aux attentes de l’algorithme, la perception de sa propre valeur peut s’étioler. On ne juge plus l’effort, mais le résultat brut affiché sur l’écran.
3. Vers une aliénation par la mesure ?
L’auto-quantification peut parfois altérer la qualité de l’expérience vécue. À force de courir pour « nourrir » l’application et respecter scrupuleusement les chiffres de sa montre, on risque de perdre le plaisir pur du mouvement (Matthieu Quidu- Maître de conférences en STAPS ).
C’est le syndrome du coureur qui ressent une baisse d’estime de soi parce que sa montre affiche une « condition physique en baisse », occultant le plaisir réel d’une sortie en plein air et la sensation de bien-être physique immédiat.
🎙️ Pour aller plus loin : Podcast & Expertise
Dans le cadre de mes entretiens exploratoires avec des experts (psychologues du sport, accompagnateurs mentaux), j’ai pu noter que la « déconnexion » des sensations réelles est souvent le premier pas vers une fatigue mentale, voire un épuisement.
J’ai d’ailleurs écouté un podcast qui traite précisément de cette frontière entre motivation et pression numérique :
👉 Cliquer ici pour écouter l’épisode sur Spotify
Conclusion
La digitalisation de la course à pied est un levier de puissance, surtout lors d’une première préparation marathon où les repères sont nécessaires. Mais pour préserver notre santé mentale, nous devons développer une littératie digitale : être capable d’utiliser la donnée pour progresser, tout en gardant la capacité de s’estimer sans l’approbation d’un écran.
Et vous, votre montre est-elle un coach bienveillant ou un juge sévère durant vos entraînements ?