Ne semblait-il pas aberrant, il y a de cela une dizaine d’années, d’imaginer recevoir un journal dans une boîte… mail ? Le courrier, historiquement distribué par le serviable facteur, se voit remplacé par un amoncellement quotidien de courriers électroniques. 

Courbe d'évolution du nombre de points de vente

Depuis les années 2010, la presse papier perd en puissance de frappe, au profit d’une montée en puissance d’internet. Dans le même temps on a pu voir une belle prise de pouvoir par les blogs, en tout genre, reposant sur un principe simple : choisir stratégiquement où communiquer, quand et comment, en fonction du public cible. 

Un marché en souffrance

S’il est un constat historique, c’est bien que la presse a mal souffert le passage aux années 2000. 

Dans un thread Twitter, le data-journaliste Mathieu Lehot-Couette (Le Monde, Mediapart) revient sur des chiffres, criants de vérité, mettant en lumière la perte de vitesse de la presse à l’aube du second millénaire. 

PQN comme PQR, tous ont subi de fortes turbulences, qui leur permettent, par la suite, de développer des solutions digitales pour se lancer. Seulement, internet est tout d’abord arrivé comme un bourreau. 

S’il est simple de penser avant tout aux ventes en kiosques, Mathieu souligne, de même, la perte sèche pour les papiers reposant le plus sur les abonnements. À l’instar des ventes en direct, les journaux comme L’Obs ou L’Express subissent de très fortes pertes d’abonnés, perdant respectivement de 48% et 53%. 

Perte d'abonnés pour la presse 

En 2020, sous les coups de la pandémie mondiale, la presse papier continue de dégringoler, moins fortement qu’à la tendance des dernières années toutefois. En effet, avec l’avènement du digital, les ventes physiques ont tendance à se stabiliser sur les dernières années. 

Contre-effet de l’avènement des nouvelles technologies, les parents sont de plus en plus soucieux de leurs enfants, en témoigne l’accroissement des ventes des magazines destinés aux bambins, +53% pour Mon Quotidien, +45% pour Le Petit Quotidien, +23% pour Mon premier journal de Mickey. 

Des enjeux pluriels

On pourra être témoins du gain estimé via un site internet, que ce soit à travers des bannières publicitaires, mais aussi grâce à des sélections d’articles par abonnement seulement. On comprend, donc, que le gain peut être financier comme de visibilité. 

Aussi, la publication d’articles sur un site permet de bouleverser le processus de production. Quand un journal classique se doit de tenir des deadlines serrées, pour satisfaire les délais d’impression, par exemple, la version numérique s’arrête à la mise en ligne.

Mais c’est aussi un moyen de limiter les frais, les journaux n’ont plus à être imprimés, distribués et récupérés si invendus, chaque lecteur a accès, rapidement et facilement, à son canard quotidien comme mensuel, partout dans le monde et quand il le souhaite. 

Comme parachèvement de cette vision, prenons pour témoin la crise sans précédent que nous vivons. L’ACPM (Alliance pour les Chiffres de la Presse et des Médias) estime que sur la période juillet 2019 – juillet 2020, les sites de presse ont profité, en moyenne, d’une hausse des visites de 10M / jour, soit une augmentation de 18.9%, contre une augmentation de (seulement) 3.5% sur la période 2018 – 2019.  

Les rédactions contraintes à l’adaptation 

Pour satisfaire des lecteurs toujours plus exigeants et nécessiteux d’une actualité fraîche, c’est le modèle entier des rédactions qui a dû être revu. 

Il est important de souligner que les réseaux sociaux ont un réel temps d’avance. Twitter, par exemple, est un nid à flux direct. 57% des utilisateurs suivent l’évolution en direct au travers de l’application au scroll infini. Il est aussi intéressant de souligner que plus d’un internaute sur deux plébiscitent la pluralité d’opinions offerte.

Chiffres concernant Twitter et les infos en temps réel

Prenons pour exemple Le Point. Initialement une presse hebdomadaire, la rédaction a su faire face à une perte de 26% des ventes entre décembre 2015 et décembre 2019 en enclenchant leur révolution numérique. 

Présence sur les moteurs de recherche, éditions et abonnements numériques, podcasts… et flux d’information en direct. Pour satisfaire ces nouveaux besoins, la rédaction a dû mettre en place, à l’instar des autres acteurs du marché, une rubrique où les informations sont traitées en direct 24/7. 

À la vitesse où vont, aujourd’hui, les informations, nous pouvons, de même, être témoin de la naissance de métiers dans les rédactions. À l’instar de Mathieu Lehot-Couette cité ci-dessus, le data journaliste s’érige en garant de l’information, pouvant filtrer et éviter les biens redoutées “fake news” (tant aimée par l’ex dirigeant des États-Unis). 

Il est, en effet, bien compliqué d’imaginer les réseaux sociaux filtrer ces-dernières, malgré des efforts pour assainir les flux. On voit, toutefois, une réintgréation des métiers de la presse, à l’image de l’AFP avec son compte Twitter AFP Factuel, s’efforçant de déconstruire quotidiennement les fausses informations. 

Mais il serait vain de sonner le glas de la presse. Le cross-canal est une de ces nouvelles stratégies, le média lance un teasing du papier, en mettant à disposition une partie des informations, sans pour autant rentrer dans les informations clés de ce-dernier. Revenons sur Le Point qui publie régulièrement des palmarès. Une partie des informations sont mises à disposition sur le site, mais la version papier rentre plus en détail dans les classements et chiffres clés.  

De même, au travers d’événements et partenariats, les médias peuvent booster la visibilité, la notoriété et la distribution de papiers. 

La presse écrite et le numérique comportent tous deux des avantages bien spécifiques. La complémentarité permet un équilibre entre les dossiers et recherches approfondies et la rapidité de l’information. Plus de canaux, c’est aussi plus de points de contact avec les consommateurs.

Enfin, comment parler de presse, sans y intégrer l’expérience associée. Le papier offre un moment particulier, privilégié, une interaction directe entre rédaction et lecteur. Une certaine audience ne pourra se détacher de la communion avec le papier glacé des magazines, ou les fines pages des journaux. À l’heure de la digital detox et de la slow life, le papier serait-il, en réalité, l’avenir de la presse ?