Dans son article « L’Émergence des influenceurs virtuels dans la sphère numérique », Leanne Charretton analyse la montée en puissance d’une nouvelle typologie d’influenceurs, qui est appelée à transformer durablement nos réseaux sociaux. Les influenceurs virtuels représentent un changement paradigmatique dans le monde du marketing d’influence. Ces avatars digitaux, conçus par des entreprises technologiques, offrent aux marques des opportunités inédites de contrôle et de cohérence, s’intégrant parfaitement dans les stratégies de campagne d’un futur métavers.
Parmi ces figures numériques, Lil Miquela se distingue particulièrement. Créée en 2016 par la société Brud, cette influenceuse virtuelle ultra-réaliste est représentée sous les traits d’une jeune femme brésilienne de 19 ans. Son engagement envers des causes sociétales majeures, telles que Black Lives Matter, les droits des immigrants et des personnes trans, ainsi que son soutien à la communauté LGBTQ+, la rendent particulièrement attrayante pour un public jeune et engagé. Bien qu’entièrement fictive, Lil Miquela parvient à brouiller les frontières entre réalité et fiction, établissant des connexions profondes et authentiques avec ses abonnés. Son audience, majoritairement composée de membres de la génération Z, en fait une alliée de choix pour des marques prestigieuses telles que Calvin Klein et Prada.
La capacité des influenceurs virtuels à créer une illusion de réalité soulève des questions intéressantes concernant l’authenticité et l’éthique dans le marketing. Comme le souligne Leanne Charretton, cette nouvelle génération d’influenceurs suscite des interrogations autour de la légitimité de leur impact notamment sur les questions d’éthique et d’authenticité. Cependant, il est essentiel d’aller au-delà de ces questions pour aborder d’autres enjeux tout aussi pertinents, tels que les implications écologiques et les dynamiques relationnelles entre marques, avatars et publics. Ces aspects méritent une attention particulière, car ils façonnent l’avenir de la communication numérique et l’impact réel des influenceurs virtuels sur la société.
Les défis écologiques des influenceurs virtuels
L’influence en ligne pose déjà des problématiques environnementales, car cette activité génère une empreinte carbone significative. Voici quelques chiffres révélateurs :
- Un influenceur disposant de 3 millions d’abonnés génère environ 1 072 tonnes de CO2e par an uniquement par son activité numérique.
- Cela équivaut à 481 allers-retours Paris-New York en avion par an.
- En comparaison, l’empreinte carbone numérique moyenne d’un Français est de seulement 253 kg de CO2 par an.
Ces données soulignent l’impact environnemental associé à l’influence numérique, un élément qui doit être pris en compte par les marques lors de la sélection de leurs partenaires d’influence.
L’empreinte environnementale de la production digitale et technologique des influenceurs virtuels
Les influenceurs virtuels, bien qu’immatériels, nécessitent des infrastructures énergivores pour fonctionner. Leur création repose sur des serveurs puissants et des algorithmes d’intelligence artificielle, générant ainsi une empreinte carbone notable, notamment en raison du refroidissement des centres de données. Bien que certaines entreprises technologiques tentent de réduire cet impact en utilisant des énergies renouvelables, ces efforts demeurent limités. Pour véritablement influencer, ces avatars pourraient également encourager leurs abonnés à adopter des pratiques écoresponsables.
Le paradoxe de la durabilité : moins de production physique, mais plus de pollution numérique
Les influenceurs virtuels semblent, à première vue, plus écologiques, car ils évitent les déplacements et la production physique de biens promotionnels. Cependant, la « pollution numérique » qu’ils engendrent est bien réelle. De plus, bien qu’ils n’aient pas besoin de consommer physiquement, ils encouragent indirectement une consommation accrue, notamment dans les secteurs de la mode et de la beauté, en promouvant constamment de nouveaux produits. Ce phénomène soulève des questions sur la durabilité de cette forme de marketing et sur la responsabilité des marques vis-à-vis de l’impact environnemental de leurs campagnes.
Les relations parasociales et l’engagement des consommateurs
L’illusion de l’authenticité
Comme l’explique très bien Adam Bros, l’influence repose sur le concept de relations et d’interactions parasociales. Elles se manifestent lorsque les abonnés se sentent proches d’influenceurs, créant ainsi une illusion d’amitié. Des personnalités comme Léna Situations illustrent bien ce phénomène : grâce à des contenus authentiques, tels que ses vlogs, où elle partage des moments de sa vie quotidienne, elle se présente comme « madame tout le monde », accessible et relatable. Ses apparitions lors de pop-up stores renforcent cette connexion, permettant aux fans de la croiser et d’échanger avec elle, ce qui rend l’interaction encore plus personnelle. Cette proximité crée un lien émotionnel fort. Les abonnés, en se sentant proches de Léna, sont plus enclins à acheter les produits qu’elle recommande, convaincus qu’ils font partie de sa vie.
Les influenceurs virtuels peuvent-ils reproduire ce schéma ?
La question se pose : un influenceur virtuel peut-il réussir à créer ce même type de relation parasociale ? Bien qu’ils puissent simuler une proximité avec leur audience à travers des contenus engageants, la véritable authenticité qui émane de figures comme Léna, en raison de leurs expériences réelles et de leurs interactions humaines, est difficile à reproduire. Les influenceurs virtuels, comme Lil Miquela, tentent d’adopter des traits de personnalité et des récits émotionnels pour établir des connexions, mais l’absence d’une expérience de vie tangible limite souvent la profondeur de cette relation.
Les abonnés peuvent apprécier l’esthétique et le concept d’un influenceur virtuel, mais sans la dimension humaine et authentique qui fait la force de personnalités comme Léna, le lien reste superficiel. Cela soulève des interrogations sur l’efficacité à long terme de ces avatars dans le marketing d’influence et leur capacité à susciter un engagement véritable.
L’émergence des influenceurs virtuels représente une véritable révolution dans le marketing d’influence et la communication numérique. Bien que ces avatars digitaux offrent des opportunités uniques en matière d’engagement et de contrôle de l’image de marque, ils soulèvent également des questions importantes concernant l’authenticité, l’éthique et l’impact environnemental.
À mesure que cette tendance continue d’évoluer, il sera primordial pour les marques de naviguer habilement dans ce nouveau paysage, en équilibrant innovation et responsabilité, afin d’assurer une communication éthique et durable avec leur public. L’avenir du marketing d’influence repose sur la capacité des marques à établir des connexions significatives, qu’elles soient réelles ou virtuelles, tout en gardant à l’esprit les défis environnementaux qui les accompagnent.