De l'atelier à l'usine intelligente : ce que Sanofi m'a appris sur l'IA à VivaTech 2026
De l’atelier à l’usine intelligente : ce que Sanofi m’a appris sur l’IA à VivaTech 2026

Cette année, grâce à l'EFAP, j'ai pu passer une journée à VivaTech. Parmi les dizaines de conférences possibles, je me suis assise devant la scène Sanofi pour un talk au titre intrigant : « From Shopfloor to Smartfloor : AI Augmented Production Teams ». Trente minutes pour comprendre comment l'intelligence artificielle entre dans les usines de médicaments… et ce que ça dit de notre rapport à l'IA au travail.
VivaTech 2026 : dix ans et un vrai changement d'échelle
Du 17 au 20 juin 2026, Paris Expo Porte de Versailles accueillait la 10e édition de VivaTech, le plus grand rendez-vous européen dédié aux startups et à la tech. Pour son anniversaire, le salon a battu ses records : plus de 200 000 visiteurs de 165 nationalités, plus de 15 000 startups et 1 155 intervenants. L'Allemagne était « Country of the Year », l'Inde partenaire IA de l'édition.
Si je devais résumer l'ambiance en un mot : IA. Elle était partout, sur chaque stand, dans chaque pitch. Un chiffre mis en avant par les organisateurs m'a marquée : selon le baromètre de confiance VivaTech 2026, 89 % des dirigeants disent faire confiance à l'IA pour guider les décisions de leur entreprise. Je garde ce chiffre en tête, j'y reviendrai.
Le contexte : Sanofi veut passer de l'expérimentation à l'échelle
Sanofi en était à sa 8e participation à VivaTech, avec un stand immersif tout en violet et en anneaux lumineux, surmonté de sa signature « We chase the miracles of science ». Le groupe affiche une ambition claire : devenir la première entreprise biopharmaceutique portée par la R&D et alimentée par l'IA à grande échelle.
Le message de cette édition était différent de celui de 2025. L'an dernier, Sanofi présentait son ambition en matière d'IA sur toute la chaîne de valeur. Cette année, l'enjeu était de montrer que l'IA n'est plus un sujet de pilotes et de POC, mais qu'elle est déployée dans toute l'organisation, de la recherche jusqu'à l'usine, avec un objectif affiché : réduire le temps entre la découverte d'un traitement et son arrivée chez le patient.
Le talk auquel j'ai assisté se concentrait sur un maillon souvent invisible de cette chaîne : la production, ce que les industriels appellent le shopfloor, l'atelier.
La conférence : « From Shopfloor to Smartfloor »
Le titre résume bien l'idée : passer d'un atelier de production classique à un « smartfloor », une usine où les données et l'IA accompagnent les équipes au quotidien. Et le sous-titre compte autant que le titre : AI Augmented Production Teams. On ne parle pas d'usines sans humains, mais d'équipes de production augmentées.
Pour situer l'enjeu : les sites Manufacturing & Supply de Sanofi produisent et livrent plus de 4 milliards de doses de médicaments et de vaccins chaque année. À cette échelle, chaque gain de fiabilité ou de rapidité se traduit en traitements disponibles pour des patients.
Trois idées fortes ressortent de ce qui a été présenté.
1. Industrialiser plus vite ce que la science découvre. Une découverte en laboratoire ne sert à rien tant qu'elle n'est pas produite en quantité, de façon sûre. Sanofi a présenté BEAM, une solution qui fluidifie le transfert d'un nouveau médicament (ou d'une nouvelle indication) de la R&D vers l'échelle industrielle. C'est l'un des goulets d'étranglement historiques du secteur.
2. Fiabiliser la production au quotidien. Deuxième pilier : Plasma, qui renforce la fiabilité des équipements, la continuité et la qualité des systèmes de production. Concrètement, il s'agit d'anticiper les pannes et les dérives plutôt que de les subir, pour que les traitements soient livrés de manière constante.
3. Mettre l'IA dans les mains des opérateurs. L'idée centrale du talk, c'est que l'IA (y compris sous forme d'agents) s'intègre dans le travail de tous les jours des équipes de terrain. Cela s'inscrit dans une transformation plus large des sites : usines sans papier, données captées et exploitées en temps réel, et une expérience utilisateur repensée de l'atelier jusqu'au management.
Les principaux enseignements
L'IA comme réinvention, pas comme automatisation. C'est la phrase que Sanofi a martelée tout au long de sa présence à VivaTech, portée notamment par son Chief Digital Officer, Emmanuel Frenehard. L'idée est que l'IA n'a de valeur que si elle amplifie les collaborateurs, et qu'automatiser une tâche ne suffit pas : il faut repenser la façon de travailler.
L'impact de l'IA est souvent invisible, mais il compte. On parle beaucoup d'IA pour découvrir des molécules. On parle beaucoup moins de l'IA qui évite une rupture de stock ou une panne de ligne. Pourtant, pour un patient, c'est exactement la même chose : le médicament arrive, ou il n'arrive pas.
Pas de passage à l'échelle sans confiance. Sanofi encadre ce déploiement par un cadre d'IA responsable appelé RAISE, autour de cinq piliers : responsabilité, sécurité, équité, transparence et éco-responsabilité. Le message est clair : pour sortir des pilotes, il faut que les équipes fassent confiance aux outils.
Mon regard : ce qui m'a convaincue, et ce qui me questionne
Un écho direct à mon mémoire. Je suis sortie de ce talk avec une impression étrange de déjà-vu. Mon mémoire de fin d'études à l'EFAP porte sur l'IA dans le parcours de soins et sur la relation soignant-soigné, avec une question centrale : à quelles conditions l'IA peut-elle renforcer l'humain plutôt que le déshumaniser ? Sanofi se pose au fond la même question, mais à l'autre bout de la chaîne, dans l'usine. Le choix des mots n'est pas anodin : « augmented teams » et non « automated factory ». Que ce soit à l'hôpital ou sur une ligne de production, le débat est le même. L'IA est acceptée quand elle soulage et éclaire, rejetée quand elle donne le sentiment de surveiller ou de remplacer.
Un décalage entre la scène et le terrain ? C'est là que je reviens à mon chiffre de départ : 89 % des dirigeants font confiance à l'IA pour guider leurs décisions. Mais qu'en pensent les opérateurs ? Le talk parlait beaucoup des équipes de production, mais assez peu avec elles. J'aurais aimé entendre un technicien ou une technicienne de ligne raconter comment son quotidien a changé, ce qui l'aide vraiment, et ce qui l'inquiète. Le mot « augmenter » peut aussi recouvrir des objectifs de productivité très classiques, et la conduite du changement (formation, montée en compétences, place laissée au jugement humain) reste à mon avis la vraie clé, plus que la technologie elle-même.
Le regard de la designer. Avec mon parcours en UX/UI, une chose me semble évidente : un outil d'IA sur un shopfloor ne sert à rien s'il n'est pas utilisé. Un opérateur en tenue stérile, avec des gants, sous pression, n'utilise pas une interface comme un manager devant son ordinateur. Le vrai défi du « smartfloor » est aussi un défi de design : des interfaces simples, lisibles, pensées avec les gens qui les utilisent. C'est d'ailleurs révélateur que Sanofi parle explicitement d'expérience utilisateur dans sa transformation industrielle.
Le regard de la communicante. Enfin, il faut le dire : une conférence de marque sur un salon comme VivaTech est aussi un exercice de communication. Scénographie soignée, vocabulaire anglais très calibré, messages répétés d'un talk à l'autre… Sanofi raconte une histoire cohérente, celle d'une entreprise pharmaceutique qui devient une entreprise tech. C'est efficace, et c'est aussi une stratégie de marque employeur : le groupe recrute justement des profils comme « Digital Site Shopfloor Expert ». En tant qu'étudiante en marketing digital, j'ai trouvé intéressant d'observer comment un sujet aussi technique que la production industrielle peut être transformé en récit inspirant, mais cela invite aussi à garder un regard critique sur les promesses annoncées.
Une mise en perspective réglementaire. Ce discours s'inscrit enfin dans un contexte européen où l'AI Act entre progressivement en application. Le cadre RAISE de Sanofi va dans le bon sens, mais l'enjeu pour toute l'industrie sera de prouver, au-delà des principes, que la transparence et le contrôle humain sont réellement appliqués sur le terrain.
Conclusion
Je suis venue à VivaTech en pensant entendre parler de robots et d'usines du futur. Je suis repartie avec une réflexion beaucoup plus humaine : l'IA la plus utile est souvent celle qu'on ne voit pas, et sa réussite dépend moins de la puissance des algorithmes que de la confiance des personnes qui l'utilisent. Du shopfloor au smartfloor, le vrai sujet reste le même que dans le soin : mettre la technologie au service des personnes, et pas l'inverse.
De l’atelier à l’usine intelligente : ce que Sanofi m’a appris sur l’IA à VivaTech 2026
NOTE MÉTHODOLOGIQUE
Choix de l'événement et du contenu : J'ai assisté à VivaTech 2026 dans le cadre de l'EFAP. J'ai choisi la conférence de Sanofi « From Shopfloor to Smartfloor : AI Augmented Production Teams » parce qu'elle rejoignait directement le sujet de mon mémoire sur l'IA dans le parcours de soins : la question de l'IA qui augmente l'humain plutôt que de le remplacer. La photo prise sur place et mes notes de la session constituent ma source de première main.
Utilisation de l'IA générative : J'ai utilisé Claude (Anthropic) comme assistant de travail à plusieurs étapes : recherche documentaire et vérification des dates et des chiffres, proposition d'une structure, puis aide à la rédaction d'une première version à partir de mes consignes et de l'angle que je voulais donner. J'ai ensuite relu, corrigé et enrichi le texte : ajout de mes observations personnelles sur la conférence, vérification de chaque information dans les sources citées, et réécriture des passages pour qu'ils correspondent à mon regard et à ma façon d'écrire. Le choix de l'événement, l'angle de l'article et la mise en perspective avec mon mémoire, mon parcours en UX/UI et en communication sont les miens.