Publié en 2015, dans la catégorie “question de société” d’Actes Sud, ce livre partage la vision de Byung-Chul Han autour du numérique, des nouvelles technologies et de leur impact sur notre société.

Qui est Byung-Chul Han ?

Coréen d’origine, Byung-Chul Han s’est installé en Allemagne en 1990 pour étudier la littérature allemande, la philosophie et la théologie catholique. Théoricien de la culture, Docteur en philosophie, Byung-Chul Han enseigne depuis plusieurs années, la philosophie et l’étude culturelle dans plusieurs universités en Allemagne, notamment à l’Université des Arts de Berlin, depuis 2012. Il est également auteur de plusieurs livres (16 essais), traduits dans plusieurs langues.

Auteur : Byung-Chul Han

Dans cet ouvrage, le philosophe livre ses réflexions et ses observations liées à l’essor du numérique :

Respect et vie numérique

L’auteur met très vite l’accent sur sa vision du terme respect. Selon lui respect et distance sont deux notions intimement liées, faire preuve de respect, c’est avoir un regard distancié vis-à-vis de l’autre. Mais est-ce vraiment encore le cas aujourd’hui avec l’essor du numérique, la communication numérique ? Sa réponse est non. Pour Byung-Chul Han, le développement du numérique et notamment les réseaux sociaux, contribuent à l’exhibition constante des individus, l’intrusion ou encore le voyeurisme. Aujourd’hui, l’individu n’est plus seulement destinataire de l’information, mais en produit et en diffuse. Ce changement est à l’origine de la transformation de nos comportements, de notre perception et de la vie en société, en général. Il n’est plus question de barrières ou de distance entre les individus ou encore entre le privé et le public. En effet, les informations privées sont maintenant diffusées dans la sphère publique, instantanément et accessibles à tous. De ce fait, l’auteur considère que cette nouvelle société n’est pas respectueuse. 

De plus, ces nouveaux usages peuvent constituer un risque. En effet, tout individu a accès à l’information et est libre de donner son avis, ce qui peut entraîner des vagues d’indignation et de l’irrespect. Ce sont des vagues qui arrivent très rapidement et disparaissent aussi vite car selon l’auteur, elles sont dénuées de sens et représentatives de l’importance aujourd’hui de l’égocentrisme : “médias narcissiques”. 

Monde Hyperconnecté : personnes sur leur smartphone

Impacts sur la vie sociale

Les réseaux sociaux, incontournables aujourd’hui, sont à l’origine de dysfonctionnement dans notre société. On peut évoquer le besoin de reconnaissance. Selon l’auteur, les individus isolés, qui ne développent pas d’identité collective, constituent “la nuée numérique”. Ce sont eux, qui ressentent un besoin de reconnaissance par les autres, qui leur permet d’avoir une reconnaissance d’eux même. Cela passe notamment par la publication de “la vie parfaite” sur les réseaux sociaux. On ne montre que le positif, les images sont retouchées… Finalement, rien n’est représentatif de la réalité, tout s’en éloigne.

Leur usage soulève également un autre dysfonctionnement : la perte de la communication non-verbale. Cette communication numérique est “pauvre en regards” car elle ne permet pas selon Byung-Chul Han d’échanger réellement avec émotions, avec le regard de l’autre ou encore avec le langage corporel. Cette constante interaction numérique, entraîne également de plus en plus de difficultés pour aborder un individu dans la vie réelle. Pour le philosophe, l’individu devient un  “fantôme numérique”. 

Addictions et conséquences

Selon l’auteur, l’essor du numérique est à l’origine d’énormément d’addictions, notamment car il s’immisce partout autour de nous et avec nous. Dans la vie privée, au travail, grâce aux multiples devices qui existent, le numérique n’est jamais absent. Cette omniprésence soulève plusieurs points comme celui des données personnelles. En effet, les entreprises privées comme Google ou encore Facebook, détiennent désormais plus d’informations que les Etats. L’époque où les services de renseignements étaient les seuls détenteurs des informations sur les individus est dorénavant révolue. Byung-Chul Han explique ce phénomène par le partage massif et volontaire des individus sur la sphère publique. 

Elle soulève également la question de l’impact sur la santé mentale de l’individu. Comme exposé plus tôt, le contenu partagé s’éloigne de la réalité et la déforme. Ceci provoque donc une idéalisation de la réalité et de ce fait des frustrations et de la déception. Pour illustrer son propos, l’auteur prend l’exemple du « syndrome de Paris” : idéalisation par les images, frustration et incompréhension face à la réalité.Face à l’amas d’informations quotidiennes, l’individu perd de sa capacité d’analyse, ce qui peut entraîner dans certain cas, une “fatigue informationnelle » (=infobésité), maladie psychique proche de la dépression.

Avis personnel 

La vision que partage Byung-Chul Han sur l’essor du numérique comporte énormément de points négatifs mais intéressants. Les impacts qu’il soulève sur les usages, les pensées, les comportements, la vie sociale sont réels mais diffèrent selon les individus. Notre société est belle et bien addicte au digital, mais est-ce forcément négatif ? Il est important et nécessaire de mettre en avant les dysfonctionnements, cependant il me semble également intéressant de mettre en avant tout ce que la révolution numérique a apporté, apporte et apportera à notre société : accès à l’information pour tous, diminution de tâches chronophages, avancées dans le domaine de la santé, …

En complément sur la réflexion numérique, retrouvez un article sur le livre Big Data : penser l’Homme et le Monde autrement : juste ici