Fiche de lecture – Dans la Nuée, de Byung-Chul Han

L’essai « Dans la nuée » a été publié en 2015 dans la catégorie « questions de société » chez Actes Sud. Le philosophe Byung-Chul Han y livre ses réflexions à propos du numérique et de notre société consommatrice de nouvelles technologies.

Biographie de l’auteur

Le philosophe Byung-Chul Han assit face caméra

Peu connu en France, Byung-Chul Han est né en Corée du Sud. Depuis plus de trente ans, il vit en Allemagne où il a enseigné dans de nombreux établissements. Aujourd’hui, en plus de son poste de professeur à l’université des arts de Berlin, le philosophe est également l’auteur de nombreux essais salués par la critique européenne. Ses écrits sont traduits dans une dizaine de langues.

Focus sur les points dominants de l’essai

 

Un changement de comportement : la perte de lien

Dès les premières ligne, l’auteur nous fait part de ce qu’est le respect, englobant ainsi une notion de distance vis-à-vis de l’autre et de son effacement aujourd’hui.  Le développement du numérique contribuant à l’exhibition constante des personnes. Si avant nous étions les destinataires de l’information, aujourd’hui nous sommes devenus créateurs et diffuseurs de celle-ci. Un changement de rôle important puisqu’il modifie nos usages et perceptions de la vie en société.

Chacun produit de l’information et se veut maître de sa propre parole. Quand par le passé, les articles de journalistes travaillés et enquêtés étaient la source principale d’information pour la population, ce n’est plus réellement le cas désormais. Chaque individu a accès à l’information et possède un compte sur un réseau social. Chacun est libre de donner son avis sur ce qu’il se passe à l’autre bout du monde ou en bas de chez soi. Cette facilité de prise de parole notamment lorsqu’il s’agit de s’indigner, est selon l’auteur : « un « état affectif stérile sur le plan de l’agir ».

De même que, Byung-Chul Han met en évidence que la communication est en majorité non-verbale. La vie en société permet cet échange entre individus où émotions et langages du corps en disent davantage qu’une phrase. Or, la communication numérique ne permet pas ces perceptions. Elle est en opposition avec celle-ci. Elle ne permet pas d’avoir accès au regard de l’autre, il dit d’elle, qu’elle est « pauvre en regards ».

 

La politique touchée par ce changement

Le changement de comportement, et de consommation, due au développement du numérique prend différentes formes.

L’une d’elle, est le changement des pratiques politiques en raison de l’utilisation du numérique. En effet, aujourd’hui un candidat devient un parti grâce aux réseaux sociaux. On dénombre alors de nombreuses opinions à la différence de partis politiques. Chaque candidat équivalent à une opinion unique. La problématique qui se pose concerne alors la revendication de ses opinions.

L’auteur supplée alors l’utilisation des réseaux sociaux aux bureaux de votes. Et, celle des likes comme un remplacement au fil du temps des bulletins de votes. Les électeurs devenant ainsi des consommateurs. On observe ainsi que la politique s’infiltre dans le marketing et la publicité comme une marque à part entière.

 

Les objets connectés

Le numérique s’invite également dans notre travail. Aujourd’hui, il s’emmène partout avec soi grâce à l’ordinateur mobile. Selon Byung-Chul Han, notre ère digitale systématise alors l’addiction. La dimension narrative perd de son importance, et, à contrario les likes en prennent. On entre ainsi dans une société de la performance. Dans celle-ci, la liberté et le contrôle ne peuvent plus être distingués l’un de l’autre.

Désormais, les services de renseignements ne sont plus les seuls à détenir des informations sur les individus. En effet, les entreprises privées (Facebook, Google, etc) traitent davantage d’informations que l’État. L’auteur appuie cette information par le fait que les individus se confient aujourd’hui « sous l’impulsion d’un besoin personnel ». Chacun s’exposant toujours plus par choix et non par obligation.

De plus, les objets connectés nous contrôlent et nous surveillent quotidiennement. Prenons l’exemple des lunettes Google. Elles sont dotées d’une caméra. Ce média, selon l’auteur, permet de révéler un inconscient visuel. Les « Google Glass » renforçant cette surveillance inconsciente.

 

Les conséquences sur notre santé

Le philosophe soulève la problématique selon laquelle une fuite se crée alors avec le digital. La surproduction d’images en ligne fait que les individus ne vivent plus dans la réalité. Ils idéalisent constamment ce qu’ils voient. Pour appuyer cet argument, il utilise l’exemple des touristes japonais avec le « syndrome de Paris ». L’idéalisation qu’ils ont de la ville poussée par les photographies face à la réalité trouvée sur place créent une souffrance. Ils essaient alors de réaliser de belles photos pour oublier la déception de ce qu’ils voient.

La surproduction quotidienne d’images s’accompagne d’une surconsommation d’informations. Les individus sont désormais en incapacité de déterminer ce qui est essentiel et ce qui ne l’est pas. Cette altération de la perception est une conséquence de l’IFS (Information Fatigue Syndrome), une fatigue informationnelle croissante. La société est pour l’auteur davantage narcissique. Cette évolution est due aux réseaux sociaux qu’il nomme « médias narcissiques ». L’argument de la fatigue informationnelle rejoint ainsi celui de l’aspect fantomatique. Tout est viral avec le numérique, et cette viralité renforce le fantomatique de la société. Les liens sociaux se trouvent perdus entre les deux partis.

De plus, le téléphone est devenu une seconde main pour l’Homme. Sa forte utilisation augmente une atrophie de la main. Pour l’auteur, les individus jouent de leurs doigts au lieu d’agir avec leurs mains.

Mon opinion sur l’ouvrage

L’essai de Byung-Chul Han présente une vision intéressante du numérique. Il permet de prendre du recul vis-à-vis de notre usage personnel des réseaux sociaux notamment avec l’aspect « exhibitionniste » constant que l’on a dessus. Sans en avoir pleinement conscience nous passons notre temps à nous comparer et à partager des aspects de nos vies qui n’ont pas besoin de l’être. Ce partage en continu crée certes un lien différent online, mais éloigne irl les personnes.

Cet inconscient est personnel et à la fois collectif. Nombre de fois, nous oublions de profiter de l’instant présent accompagné en scrollant les dernières actualités sur Instagram. La surconsommation du numérique est toujours plus forte avec l’arrivée de nouvelles plateformes. Tik Tok, Twitch, BeReal, etc. Tout est pensé pour accroitre notre temps d’écran. Les objets connectés rendant cette dépendance encore plus forte.

Je vous conseille cet essai, que je trouve bon de lire en parallèle de Disruption de Stephane Mallard. Les deux ouvrages m’ont grandement fait comprendre les évolutions que nous vivons.