Cybersécurité : La protection des données en marketing, rencontre avec Riccardo Florea

La cybersécurité n’est plus seulement l’affaire du service informatique. Aujourd’hui, elle s’invite aux tables des conseils d’administration et redessine complètement les stratégies marketing. Face à l’explosion des cyberattaques et au durcissement des réglementations européennes, comment les entreprises doivent-elles réagir ?

illustration cybersécurité

Pour répondre à ces questions cruciales, j’ai rencontré un expert en cybersécurité officiant au sein d’un cabinet d’avocats. De l’hygiène numérique de base à l’ère de la Zero-Party Data, plongez dans une interview qui va bousculer votre vision de la sécurité en ligne.

En termes de menaces, qu’est-ce qui est encore trop sous-estimé aujourd’hui ?

Riccardo : « Les attaques ciblant la chaîne logistique (ou supply chain) restent très largement sous-estimées. De nombreuses entreprises investissent massivement pour sécuriser leur périmètre immédiat, mais oublient que leurs fournisseurs ou partenaires disposent souvent d’accès privilégiés à leurs réseaux… sans pour autant subir d’audits stricts.

Les cybercriminels l’ont bien assimilé : il est beaucoup plus facile de compromettre une PME partenaire, souvent moins mature numériquement, que d’attaquer frontalement une multinationale. Par ailleurs, le vol d’identifiants via phishing (hameçonnage) reste dramatiquement banalisé, alors qu’il ouvre directement la voie aux ransomwares destructeurs. »

Comment l’Intelligence Artificielle transforme-t-elle la donne ?

Riccardo : « Côté offensif, l’IA générative a complètement industrialisé l’ingénierie sociale. Les fameux emails de phishing remplis de fautes d’orthographe ont laissé place à des messages ultra-personnalisés, générés massivement dans un langage impeccable. L’IA facilite aussi grandement la création de deepfakes pour la fraude financière.

Heureusement, côté défensif, l’IA est notre alliée vitale. Face à la multitude de données et de logs, nos outils d’IA comportementale détectent les anomalies réseau en temps réel. Ils automatisent la neutralisation des menaces à une vitesse totalement inatteignable pour un analyste humain. »

Quelles sont vos 3 règles d’or absolues pour éviter les cyberattaques ?

Riccardo :
1. L’authentification multifacteur (MFA) partout : privilégier une application génératrice de codes (TOTP) ou une clé physique plutôt que les SMS. C’est l’antidote absolu contre le vol de mots de passe.

2. Des mises à jour instantanées : appliquer les correctifs logiciels des équipements dès leur publication pour colmater les vulnérabilités exploitables.

3. Le gestionnaire de mots de passe : il permettra de créer et de conserver des mots de passe très longs et uniques.

Le développement des objets connectés (IoT) : sont-ils des risques réels ?

Riccardo : « Le risque fondamental de l’écosystème IoT est l’absence du principe de secure by design (la sécurité dès la conception). Les constructeurs sacrifient très souvent la sécurité sur l’autel de la rentabilité et de la mise sur le marché rapide.

Le résultat ? Des mots de passe par défaut impossibles à modifier, des protocoles en clair et une obsolescence logicielle programmée. Une simple caméra de surveillance domestique ou une imprimante d’entreprise compromise peut devenir le cheval de Troie parfait pour infiltrer un réseau interne, ou être détournée pour lancer de vastes attaques par déni de service (DDoS). »

Le RGPD et la directive NIS2 forcent-ils l’investissement ?

Riccardo : « Incontestablement. L’expérience montre que la contrainte réglementaire reste le levier le plus puissant pour faire remonter la cybersécurité à l’ordre du jour des comités de direction.

Si le RGPD a imposé la protection des données par la dissuasion financière, la nouvelle directive européenne NIS2 force aujourd’hui un véritable sursaut. Elle engage désormais la responsabilité juridique personnelle des dirigeants ! Elle étend également ses obligations de sécurité à des milliers d’entités de taille intermédiaire et de collectivités, exigeant un rattrapage budgétaire et technologique qui était devenu vital. »

data en marketing

Côté marketing, comment adapter l’acquisition face au durcissement des règles ?

Riccardo : « La transition vers un environnement numérique plus restrictif (avec la fin annoncée des cookies tiers et les exigences de la CNIL) force les équipes marketing à se réinventer. L’époque de la collecte frénétique et opaque de données tierces, souvent stockées de manière vulnérable, est révolue.

L’enjeu est désormais la Zero-Party Data, c’est-à-dire la donnée que l’utilisateur choisit de partager de manière libre et intentionnelle. Pour les marketeurs, la sécurité n’est plus un frein juridique, mais le socle même de l’acquisition. Sans une infrastructure garantissant une confidentialité absolue et transparente, l’internaute refusera tout simplement l’interaction. »

La sécurité peut-elle devenir un argument de marque et ainsi un levier de conversion de nouveaux clients ?

Riccardo : « Absolument. La confiance numérique est devenue un avantage concurrentiel décisif. Les consommateurs étant de plus en plus sensibilisés aux fuites de données et à l’usurpation d’identité, la sécurité rassure au moment critique de l’achat.

Afficher clairement ses certifications, expliquer le chiffrement des transactions ou adopter une communication transparente sur la gestion des données booste le taux de conversion. Le marketing digital doit s’emparer de ce sujet : une marque qui prouve qu’elle protège farouchement l’intimité numérique de ses clients crée un lien de fidélité bien plus puissant qu’une simple campagne promotionnelle.« 

L’ère où la cybersécurité était reléguée au sous-sol avec les serveurs informatiques est bel et bien terminée. Comme nous l’a démontré notre expert, elle est aujourd’hui une problématique transversale qui touche à la responsabilité des dirigeants, à la survie de la chaîne logistique et, de façon plus surprenante, à l’efficacité des stratégies marketing.

En adoptant une approche transparente et sécurisée centrée sur la Zero-Party Data, les entreprises ont l’opportunité unique de transformer une contrainte légale (RGPD, NIS2) en un puissant moteur de confiance et de fidélisation client. Protéger les données de vos utilisateurs, c’est avant tout valoriser votre marque.