Culture et digital

Culture et digital : entretien avec Alexandre Ventadour

Conseiller territorial Président des commissions Attractivité, Devéco, Numérique, Tourisme et Transitions Ecologique, Energie

Dans un monde de plus en plus connecté, la Martinique se trouve à un carrefour crucial de son développement numérique. Pour mieux comprendre les enjeux et les opportunités de cette transition, nous avons rencontré Alexandre Ventadour, Conseiller territorial et Président des commissions Attractivité, Développement économique, Numérique, Tourisme, et Transitions Écologique et Énergétique. À travers cette interview, M. Ventadour nous offre un aperçu détaillé de l’état actuel du numérique en Martinique, en mettant en lumière l’usage du digitale et son impact sur la culture de l’île. Il partage également des exemples concrets et des projets en cours visant à promouvoir la culture martiniquaise à travers le digital.

Promouvoir la Culture Martiniquaise - Carnaval
Promouvoir la Culture Martiniquaise - Tour des yoles
Promouvoir la Culture Martiniquaise - Tour cycliste

Pouvez-vous nous donner un aperçu de l’état actuel du numérique en Martinique ? En particulier en ce qui concerne l’utilisation des nouvelles technologies

A.V. Il n’y a pas vraiment d’étude des usages, de consommation des réseaux sociaux par exemple. Il y a plutôt des études d’équipements, comme par exemple le nombre de terminal par personne.

En réalité, les martiniquais n’utilisent pas beaucoup le digital.

Cependant, le territoire est fibré à 50%, plus de 95% de la population a un accès à internet, notamment sur leur téléphone portable – 1,5 appareil par personne -, il y a un bon taux de connectivité 4G, la 5G arrive en 2025.

Malheureusement, je ne possède pas de chiffre plus précis concernant l’utilisation du digital sur l’île.

Comment percevez-vous l’usage du digital sur l’identité culturelle de la Martinique ? Avez-vous des exemples concrets à nous partager ?

A.V. Le dernier exemple en date, et certainement le plus iconique est le drapeau Rouge-Vert-Noir de la Martinique qui est quasiment disponible sur toutes les plateformes, ça c’est quelque chose d’assez fort. Personne en Martinique ne s’identifiait au drapeau avec les 4 serpents. Le fait de pouvoir réaffirmer sa martiniqualité sur le digital à travers un drapeau qui nous correspond est un exemple de réappropriation, d’identification et de choses que l’on veut qu’on raconte de nous. Aujourd’hui je pense que certaines franges de la population ne voudraient pas qu’on nous identifie autrement qu’avec le drapeau Rouge-Vert-Noir. Dans cet exemple, on est entre le militantisme et l’affirmation culturelle.

Plus largement, c’est devenu un plateforme d’expression pour beaucoup d’artiste martiniquais et notamment via TikTok qui promotionnent la culture de façon biaisée partout dans le monde. Les buzz autour de musiques martiniquaises ne sont pas exempts et nous donnent uns visibilité mondiale.

Il y a des initiatives un peu plus deep comme la retranscription de la Martinique en 3D, notamment l’initiative de George Emmanuel Arnaud qui a une entreprise qui vise à modéliser en 3D la Martinique de ses premiers habitants.

Avant ces initiatives ne fonctionnaient pas, maintenant je trouve que les artistes ont bien pris le pli du streaming, du digital et des réseaux sociaux dans leur communication, même s’ils sont pénalisés parce que les streams ne sont pas comptabilisés et ne sont pas monétisés de la même façon chez nous. Ils arrivent tout de même à se rendre visibles ailleurs grâce au digital.

Les autres assets de la culture de la Martinique ne sont pas assez digitalisés. Je pense notamment au Tour des Yoles, au carnaval, aux chantés Noël, à Pâques, à tous nos moments culturels et traditionnels, qui soient gastronomiques, festifs… A ce niveau-là, je ne trouve pas que le digital ait permit à la culture d’être plus forte.

Il y a-t-il des projets digitaux en cours visant à promouvoir la culture ?

A.V. On va lancer un appel à projet qui s’appelle Smart Island, l’idée est de rendre le territoire plus intelligent grâce au digital. Dans ce projet on va inclure plein de sujets, ça peut être par exemple sur les risques majeurs, l’éducation, ça peut être aussi d’identitaire et culturel. L’idée c’est que des acteurs de la culture nous fassent part des problématiques auxquelles ils sont confrontés et qu’on leur propose des solutions. Par exemple, sur le volet de l’architecture, il est difficile de trouver des informations sur la construction des habitations et autres bâtiments historiques. Les architectes de l’époque n’ont pas jugé opportun de transmettre leurs plans aux Archives Départementales. L’idée est alors de travailler avec des architectes ou des acteurs de la culture pour faire en sorte de rentrer en patrimoine les bâtiments martiniquais. Ça peut passer par l’utilisation de drones, par la modélisation 3D. Ces travaux rentreront dans le patrimoine immatériel –dont on manque cruellement.

Le projet de Smart Island qui prendra la forme d’une plateforme digitale et permettra à des projets culturels de voir le jour.

Il y a un autre sujet qui rejoint la question précédente, il s’agit du .mq. Aujourd’hui, quand on créé une adresse mail ou un site internet, on utilise le .fr ou encore le .com. Quand on est martiniquais ou qu’on a une institution on a envie d’avoir une adresse avec un .mq. Malheureusement il faut payer 300€ pour l’avoir et ce, pour plein de raison qui n’ont pas lieu d’être et que j’aimerais résoudre. Mon objectif c’est qu’il soit aussi accessible qu’un .fr