Depuis quelques années, l’intelligence artificielle se développe et bouscule notre vision de ce dont est capable une machine. Avec la mise à disposition d’outils de plus en plus puissants tels que ChatGPT et Midjourney, la production des œuvres cinématographiques et audiovisuelles se voit profondément bouleversée.

Si l’analyse initiale de l’article sur lequel je vais rebondir  met en lumière l’apport majeur de ces technologies à l’industrie, notamment en matière de restauration des œuvres, il est essentiel d’élargir notre réflexion et d’examiner les limites que peut rencontrer l’IA au sein du processus de création artistique.

Création artistique : Les frontières infranchissables de l’IA

Il y a une chose essentielle mentionnée dans l’article de ma camarade avec laquelle je suis d’accord. L’IA peut se mettre au service de l’art.

Ces avancées permettent en effet d’améliorer la qualité visuelle des œuvres offrant ainsi aux spectateurs une expérience de visionnage optimisée sur les supports et équipements actuels. Les algorithmes d’apprentissage profond utilisés pour coloriser des séquences monochromes peuvent par exemple rendre des films d’époques plus attrayants pour le public contemporain.

Dans ce cadre, l’IA apparait comme un outil précieux en matière de préservation et la valorisation du patrimoine, permettant ainsi de redécouvrir des œuvres classiques dans des conditions optimales et de les diffuser à plus large échelle.

Création artistique : Les frontières infranchissables de l’IA

Mais si l’intelligence artificielle ne cesse de s’étendre dans le cinéma, (montage, effets spéciaux, doublage, réalisation) celle-ci suscite également de nombreuses inquiétudes. En effet, l’encadrement de l’IA dans l’audiovisuel fut un point majeur parmi ceux ayant entrainé la grève des acteurs et scénaristes à Hollywood en 2023. Mais la question de l’art et de l’intelligence artificielle n’est pas nouvelle. Dès les années 50, Jean Tinguely lance ses Méta-Matics, des machines à dessiner, ou le tracé est confié à la machine.  Depuis peu, le développement au grand public des IA génératives interroge d’autant. Jusqu’où l’artiste gardera la main ?

Selon Anna Apter, réalisatrice du court métrage Imagine produit à partir d’images générées par Midjourney, l’important est de ne pas empêcher l’être humain d’accéder à de nouvelles techniques pour créer mais aussi de s’assurer que l’intelligence artificielle ne devienne pas une fin en soi.

Edgar Morin, sociologue français, partage également cette pensée. Ce dernier souligne que, bien que l’IA représente une avancée technologique significative, elle ne doit pas occulter les limitations inhérentes à la nature humaine. Il a notamment déclaré : « Il y a l’intelligence artificielle, il y a aussi la connerie naturelle. » 

Cette citation illustre sa préoccupation quant à une confiance excessive dans les capacités de l’IA au détriment de la reconnaissance des faiblesses humaines. Morin met en garde contre une vision simpliste qui idéaliserait ces technologies sans considérer les complexités et les contradictions propres à tout individu. De fait, ce que bon nombre de doubleurs tels que Michel Elias reprochent à l’IA est l’oubli du caractère hasardeux de l’Homme, sa fragilité, ses respirations à contre temps et ses loupés, autant d’éléments essentiels pour créer de l’émotion.

« Il y a l’intelligence artificielle, il y a aussi la connerie naturelle. »

Création artistique : Les frontières infranchissables de l’IA

D’autres chercheurs partagent des préoccupations similaires. Ils soulignent que l’utilisation de l’IA peut entraîner une uniformisation des styles et une perte de l’authenticité propre à l’expression humaine. Par exemple, le Centre Internet et Société du CNRS s’interroge sur les conséquences socio-culturelles de l’intégration de l’IA dans les pratiques créatives.

En effet, le cinéma, et l’art en général, doit nous amener à réfléchir. Beaucoup sont convaincus que ce dernier participe à ouvrir le public sur la beauté et l’altérité du monde et qu’il apparait comme l’un des moteurs de transformation de nos sociétés. En tant qu’art et média universel, il a la capacité de nous faire découvrir et comprendre des perspectives, cultures et réalités différentes de celles que l’on connait. Cette ouverture sur l’autre est d’ailleurs fondamentale. Le cinéma nous ouvre à des modes de vies, coutumes et traditions parfois totalement inconnues. Cette diversité culturelle favorise par conséquent le respect mutuel.

Ce point entre en corrélation avec la théorie qu’a construite Edgar Morin dans les années 50 dans son livre « Le cinéma ou l’homme imaginaire ». Dans cet ouvrage, il envisage cet art comme une « articulation » entre un système socioculturel et l’imaginaire. Morin l’entend non pas comme une machine enregistrant ce qui existe pour le restituer en tant que tel ; mais comme impliquant l’individu : comme un moyen de mettre en scène son univers, ses expériences personnelles et de demander au spectateur d’y participer en s’y identifiant. Ceci caractérise le rapport qu’établit ce dernier avec le film, sa compréhension de la situation représentée reposant sur ses connaissances, ses suppositions et ses attentes.

L’art engage donc l’homme.  Une machine, aussi avancée soit-elle, ne pourra reproduire l’expérience humaine. Elle manque d’esprit critique, de vécu personnel et d’un véritable regard sur le monde. Contrairement à nous, l’IA n’a pas la capacité de réfléchir sur ce qui l’entoure, de déceler certaines disparités ou d’analyser des contextes complexes. Elle fonctionne selon des algorithmes et des données, ce qui la rend incapable de saisir les nuances qui façonnent nos perceptions. En conséquence, celle-ci offre un regard uniforme et rationnel, sans subjectivité, ni capacité à juger ou à comprendre le monde de manière critique.

Edgar morin