Blockchain & Cinéma : vers un nouveau modèle économique ?

blockchain et financement du cinéma

Alors que l’industrie du cinéma traverse de profondes mutations technologiques, économiques et sociales, de nouveaux outils émergent pour repenser son fonctionnement. Parmi eux, la blockchain se positionne comme un levier d’innovation prometteur. Entretien avec Julien Bonnel, fondateur de l’association Blockchain Innov, qui milite pour une meilleure compréhension et adoption de cette technologie dans les industries culturelles, et notamment le 7e art.

De la tech à la pellicule : le parcours de Julien Bonnel

Julien Bonnel n’est pas issu du monde du cinéma, mais bien de celui des logiciels et de la tech. C’est en 2014 qu’il découvre le potentiel de la blockchain, alors utilisée principalement dans des logiques de traçabilité. Très vite, il s’engage dans des actions de vulgarisation et fonde Blockchain Innov, une association implantée à Cannes, qui fédère les acteurs de l’écosystème blockchain à travers des conférences, workshops et événements.

C’est lors du Festival de Cannes, où l’association organise des conférences autour du cinéma, du Web3 et de la blockchain, que Julien s’intéresse de plus près aux liens entre cette technologie et l’industrie cinématographique.

blockchain et financement du cinéma

Les défis du cinéma contemporain

L’entretien débute avec un constat lucide : l’industrie du cinéma est en pleine turbulence. Julien en identifie plusieurs causes majeures :

  • L’explosion du streaming qui bouleverse les habitudes de consommation depuis la pandémie.
  • L’augmentation des coûts de production, qui rend chaque projet plus risqué.
  • La pression technologique liée à l’intégration de la VR, de l’IA ou de nouveaux formats.
  • Une offre pléthorique sur le marché mondial, qui rend la différenciation difficile.
  • Et enfin, une exigence croissante du public pour des contenus originaux, inclusifs, innovants.

Face à cette complexité, les modèles traditionnels de production et de financement montrent leurs limites.

Droits d’auteurs et transparence : les promesses de la blockchain

blockchain et financement du cinéma

L’un des apports majeurs de la blockchain selon Julien Bonnel, réside dans sa capacité à révolutionner la gestion des droits d’auteurs :

« La blockchain offre un registre infalsifiable et transparent, traçant chaque étape de la création à l’exploitation. »

En combinant blockchain et smart contracts, il devient possible d’automatiser les redevances, de réduire les intermédiaires et de fluidifier les paiements entre producteurs, réalisateurs, distributeurs, plateformes… Cette traçabilité renforce également la lutte contre le piratage.

Des acteurs comme Cascade8 (filiale de Logical Pictures) travaillent déjà sur ces applications concrètes, tout comme ClapAction, fondé par Sarah Lelouch, qui souhaite intégrer la blockchain au cœur de la production indépendante.

Les freins à une adoption massive

Malgré son potentiel, la blockchain fait face à de nombreux obstacles techniques, économiques et culturels.

« Il n’y a pas une blockchain, mais plusieurs. Les technologies évoluent très vite, certaines meurent, d’autres émergent. Cela demande une grande capacité d’adaptation. »

Julien distingue deux niveaux :

  • Les blockchains de niveau 1 comme Bitcoin ou Ethereum (la plus utilisée pour les smart contracts, mais très coûteuse).
  • Les blockchains de niveau 2, qui améliorent les performances et réduisent les coûts, mais nécessitent encore des efforts d’intégration aux systèmes existants.

Autre frein : l’environnement réglementaire, encore flou et parfois contraignant. En Europe, le règlement MiCA 2 est entré en vigueur en janvier 2025, mais son interprétation reste hétérogène. Certains NFT peuvent être considérés comme des actifs financiers, soumis à des obligations strictes.

Enfin, les résistances culturelles sont bien réelles :

« Intégrer la blockchain, c’est aussi remettre en question des positions de pouvoir. Et ça, tout le monde n’est pas prêt à le faire. »

Tokenisation & financement participatif : un modèle en devenir

La tokenisation est l’un des axes les plus prometteurs pour Julien. Elle permet de démocratiser l’investissement dans les films en ouvrant le financement à un public plus large via des NFT. Des projets comme celui de Miguel Faus, premier producteur européen à financer un film via NFT, en témoignent.

Ce modèle présente plusieurs avantages :

  • Réduction des coûts liés aux intermédiaires

  • Création de communautés engagées, qui se sentent coproducteurs du film

  • Intégration de mécanismes de feedback en amont (tests d’audience, votes…)

  • Traçabilité et automatisation des royalties sur les produits dérivés (ex : goodies NFT)

Julien évoque aussi l’exemple du groupe MK2, qui envisage de revaloriser son catalogue inactif en créant des NFT à partir d’extraits oubliés.

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Une transformation lente mais inévitable

Malgré les limites actuelles (volatilité, spéculation, réglementation, complexité technique), Julien reste convaincu que la blockchain est une technologie d’avenir pour les industries créatives :

« Le monde va vite. Les acteurs doivent coopérer tout en se protégeant. La blockchain permet de partager des données de manière sécurisée et transparente. »

Il conclut sur une vision optimiste : une blockchain au service de la création de valeur, de la transparence et de l’inclusion, capable d’apporter un second souffle à un secteur en quête de renouveau.

Ce qu’il faut retenir

  • La blockchain peut réduire les frictions dans la chaîne de valeur du cinéma, notamment sur la gestion des droits et le financement.
  • Des initiatives concrètes existent déjà (Cascade8, ClapAction, MK2, etc.)
  • Le cadre réglementaire est encore en construction, tout comme l’appropriation technique.
  • La décentralisation et la création de communautés sont les piliers d’un nouveau modèle économique cinématographique.