Gilles Babinet : sa vision du Big Data

Portrait Giulles Babinet

Avant d’être auteur, Gilles Babinet est un serial entrepreneur du numérique. Self-made-man, Il fonde notamment Escalade Industries, Absolut Design (revendue à Euro RSCG en 1999), Musiwave (renvendue à Openwave en 2006) et Captain Dash, solution de management visuel des données.
Fort de son expérience, Gilles babinet devient le premier président du Conseil National du Numérique en 2011 le « Digital Champion auprès de la Commission Européenne. En février 2021, il est nommé co-président du CNNum. Membre de l’Institut Montaigne, il enseigne également à Sciences Po Paris depuis 2018. Il considère que certains régulateurs sont excessifs dans leur approche du numérique, on lui doit aussi les ouvrages suivants :

L’Ère Numérique, un nouvel âge de l’humanité, éditions Le Passeur, janvier 2014
Big Data, penser l’homme et le monde autrement, éditions Le Passeur, février 2015
Transformation digitale : l’avènement des plateformes, éditions Le Passeur, décembre 2016
Refondre les politiques publiques avec le numérique, éditions Dunod, novembre 2020

Un préambule CNIL-hiliste :

Dans ce préambule, Gilles Babinet nous fait part de la genèse de son livre sur le Big Data. Un journaliste avait retenu et titré un article par une déclaration lapidaire de l’auteur dans L’Usine Nouvelle : « La Cnil est un ennemi de la nation ».
Ce livre est une tentative d’explication de l’état d’esprit de Gilles Babinet sur le Big Data, les données personnelles et les organismes de régulation.
Si les chiffres sont obsolètes, car le livre a été écrit en 2015, il met en avant les nombreux domaines d’applications de la gestion des signaux et l’interconnectivité de ceux-ci via Internet.

Genèse du Big Data :

Le terme fut utilisé pour la première fois par John Mashey (alors directeur de Silicon Graphic) en 1989. Il s’inquiétait à l’époque du détournement possible de la collecte massive de données. C’est ensuite Google qui a commencé à collecter des données à partir de 1998.
Ce sera Doug Cutting qui à partir de Google FS créera Hadoop, système de fichiers distribués et déstructurés en Java qui après des années de développement voit le jour le 27/11/2011 en open source.
Le Big Data doit répondre à la règle des 3 V :
Volume : traitement de l’explosion des données
Velocity : optimisation des règles de traitement et de réponse par la data
Variety : variété des données traitées pour déceler les signaux faibles.
Depuis la sortie du livre, les experts s’accordent sur l’importance d’un quatrième V, Veracity : fiabilité des données nécessaires à la prise de décision.

Les domaines d’application du Big Data :

La santé :
Outre l’es applications à l’épidémiologie ou au stockage ADN, il existe le sujet épineux du DMP (Dossier Médical Personnalisé) en France. Avec de nombreux silos ne communiquant pas entre eux, une solution pourrait être efficace, celle du Nir, numéro d’identifiant unique utilisable par tous les services de santé, enterré par la Cnil car de nombreuses réticences apparaissent sur le stockage et la sécurisation des données personnelles.
Autre sujet, le diagnostic par l’IA. Si Watson, développé par IBM semblait être une formidable aide au diagnostic pour les médecins, a été revendu en janvier dernier à un fonds d’investissement à cause d’une pertinence de résultats parfois incorrecte donc dangereuse.

L’agriculture :
Par les données GPS, météorologiques et de structure des sols, les agriculteurs peuvent connaître la date adéquate pour moissonner, la quantité exacte de semence à semer ou d’engrais à utiliser…mais ces data sont gérées et vendues par quelques entreprises qui se partagent un marché oligopolistique, Monsanto en tête.

La gestion des villes :
Avec des mégalopoles de plus en plus tentaculaires et congestionnées, le Big Data permet une optimisation des flux routiers, les transports en commun, l’eau, la gestion des déchets…et ce, grâce à des dispositifs dynamiques et prédictifs. Le Big Data tient un rôle prépondèrent dans le maintien de l’ordre, mais se heurte à la question éthique d’une surveillance Orwellienne généralisée.

Une culture d’entreprise à repenser :
Cette gestion du Big Data et plus communément des data pour des entreprises TPE/PME permettent de repenser les organisations dans la perspective d’une transformation numérique, notamment autour de KPIs de plus en plus précis.

Le Big Data Marketing :
Face à des populations occidentales de plus en plus éclatées en termes de communautés numériques et de centres d’intérêts, les départements marketing comprennent bien l’importance du Big Data. S’il semble incontournable à l’élaboration d’un bon mix mediail permet également une personnalisation plus fine des campagnes, la génération d’interactions avec le consomma(c)teur, ce qui rendra obsolète les sempiternels panels et sociotypes chers au secteur.
Par l’analyse des signaux faibles, le Big Data Marketing permet aussi de détecter des besoins masqués ou à venir par les signaux faibles issus du Machine Learning ou du Deep Learning…autant d’outils de disruption ou d’anticipation de la disruption.

Big Data is watching you :
Évidemment, le Big Data est un formidable outil de surveillance et d’espionnage, notamment pour la NSA. On peut Citer les programmes Prism, XKeyscore qui permettent de scanner le Web au mépris de la protection des données personnelles. Ces programmes ont leur pendant dans tous les organismes de sécurité intérieure et extérieure des agences nationales, la France n’étant pas une exception.

Mon avis sur le livre :

Gilles Babinet, propose dans ce livre un panel complet et très documenté des utilisations potentielles du Big Data :  elles peuvent être des solutions comme nous questionner sur des dérives liberticides, totalitaires ou encore d’eugénisme. Très critique sur les organismes de régulation nationaux ou internationaux (on pense notamment à la Cnil), il le sera moins en 2018 en défendant la loi RGPD .
Et pourtant, il n’émet que très peu de critiques concernant les GAFAM et leur gestion des données personnelles. C’est une conception un petit peu libertarienne mais il n’y avait pas, eu à l’époque, le scandale de Cambridge Analytica visant Facebook.

Le mot de la fin, Big Data et RSE :
L’énergie dédiée au numérique représente 10% de la consommation d’énergie électrique mondiale pour 2 milliards d’humains seulement…
À méditer…