Design system automatisé avec Claude Code : les points clés du live Finary

Le 9 avril, j'ai suivi le live "Automatiser son Design System avec Claude Code", organisé par The Product Crew (TPC). Noé Chagué, Design System Lead chez Finary, y présentait Bridge, un outil qu'il a lui-même construit pour arrêter de passer ses semaines à faire des tâches qu'une machine peut faire mieux que lui. Pour rappel, Finary est une fintech française dont la mission est de démocratiser la gestion de patrimoine, pour la rendre accessible à tous. Voici ce que j'en retiens.
Le problème de départ
Noé pose le décor sans détour. Quand il arrive chez Finary, l'essentiel de son temps part en maintenance. Pas en création, pas en design au sens où on l'entend d'habitude. En synchronisation de fichiers, en mise à jour de composants, en allers-retours entre l'outil de design (Figma) et le code de l'application.
Imaginez qu'une équipe définisse une charte graphique : couleurs, tailles de boutons, polices, ou encore les tokens, c'est-à-dire les valeurs de base qui définissent l'identité visuelle du produit. Cette charte doit exister à deux endroits en même temps : dans les maquettes des designers et dans le code des développeurs. Quand l'un change, l'autre doit suivre. Manuellement, chaque semaine. C'est long, répétitif, et source d'erreurs.
C'est ce que Noé appelle le "drift". Les maquettes et le produit réel ne se ressemblent plus vraiment, parce que les mises à jour n'ont pas été propagées partout. Figma d'un côté, code de l'autre, et personne ne sait quelle version est la finale.

Bridge, l'outil qu'il a construit
Plutôt que d'attendre qu'un outil existe, Noé en a construit un avec Claude Code, un agent IA développé par Anthropic. Le résultat s'appelle Bridge.
Concrètement, que fait Bridge ? Il lit le design system de Finary et génère automatiquement des interfaces directement dans Figma. Il utilise les vrais composants, les vraies couleurs, les vraies règles. Le designer décrit ce qu'il veut, Bridge construit l'écran. Le résultat est toujours cohérent, sans intervention manuelle.
Ce qui distingue Bridge d'un assistant IA, c'est qu'il ne répond pas seulement quand on lui pose une question. Il observe les conversations de l'équipe, détecte quand quelqu'un cherche un composant, et intervient de lui-même pour proposer la bonne réponse. Il se souvient aussi du contexte : ce qui a été décidé, qui a dit quoi, quelles règles sont en vigueur.
Noé a rendu l'outil open source. N'importe quelle équipe peut le cloner, le brancher sur son propre design system, et l'utiliser immédiatement.
Une conviction qui tranche
Noé défend une vision claire : le design system ne devrait pas vivre dans Figma, mais dans un repo, c'est-à-dire un espace partagé où le code est stocké et versionné, comme le font les développeurs.
Concrètement, ça veut dire que le design system devient un fichier texte, lisible par n'importe quel outil, modifiable comme du code, et dont les évolutions sont tracées et validées comme n'importe quelle mise à jour technique. Plus un artefact visuel qui vit dans un outil propriétaire, mais une infrastructure ouverte.
La vraie question que ça soulève, selon lui : qui possède la source de vérité ? L'outil ou le repo ? Et sa réponse est claire : le repo, parce que c'est le seul endroit où tout le monde, designers et développeurs, peut travailler sur la même version.
Ce que j'en retiens
Ce live illustre bien quelque chose que je remarque un peu partout en ce moment : l'IA ne supprime pas le travail, elle déplace la ligne entre ce qui a de la valeur et ce qui n'en a plus. Se former aux nouveaux outils ne veut pas dire tout apprendre, mais savoir identifier ceux qui apportent une vraie valeur ajoutée à son métier. C'est ce qui permet de surfer sur cette nouvelle ère du digital et de se démarquer.
Le parcours de Noé le montre concrètement. Arrivé en alternance, il a su identifier un problème réel, construire une solution, et la partager. En tant que junior, il a vu quelque chose que personne d'autre ne réglait, et il a décidé d'agir. C'est ce type de démarche qui est différenciante aujourd'hui, pas juste utiliser l'IA pour aller plus vite, mais comprendre où est le vrai problème et construire quelque chose pour le régler. Et ça, ça ne dépend pas de l'expérience qu'on a, mais de la curiosité et de l'initiative qu'on choisit de mettre en œuvre.
Rendre Bridge open source est une façon de montrer son travail, de créer des liens avec d'autres professionnels, et de laisser la communauté améliorer ce qu'on a construit. Beaucoup de personnes ont demandé l'accès dès la fin du live, ce qui montre que le problème que Noé a résolu n'était pas propre à Finary. Beaucoup d'équipes sont dans la même situation. Aujourd'hui, partager ce qu'on a construit est souvent plus puissant qu'un CV bien rédigé.