IA&divination : quand la genz lit l’avenir AveC l’IA

« Dis ChatGPT, que me réserve l’avenir ? frown»

Ce qui pourrait ressembler à une plaisanterie est devenue, en l’espace de quelques mois, une réalité quotidienne pour une part croissante de la génération Z. Oubliez la boule de cristal poussiéreuse et les lignes de la main, l’oracle moderne tient dans la poche. Bienvenue dans l’ère de la guidance algorithmique, une période où les LLM remplacent progressivement les tarologues de quartier. Cette mutation technologique, loin d’être anecdotique, s’inscrit dans un marché en pleine explosion, celui des compagnons IA. Découvrez la vidéo en tête d’article, dans laquelle je décrypte ce phénomène.

De L’oracle au Prompt

Depuis des millénaires, les êtres humains cherchent à donner du sens à leur existence. En effet, face aux mystères de l’univers, le recours aux systèmes de croyance devient la seule manière pour certains de trouver des réponses à leurs questions. Et les arts occultes s’inscrivent dans cette longue histoire de tentatives pour apprivoiser la peur. Mais ce n’est qu’à partir du XXème siècle que la transformation des arts occultes s’accélèrent avec notamment les horoscopes de magazines qui rendent l’ésotérisme plus visible et plus accessible.

Par ailleurs, depuis une dizaine d’années, on assiste à une véritable transformation digitale de l’ésotérisme. Sur les réseaux sociaux (instagram et tik tok) les contenus liés à la guidance se diffusent massivement. Et connaissent un réel succès auprès de la gen z. Des communautés partageant ce même centre d’intérêt voient le jour sur tik tok par exemple et participent à la digitalisation de ce secteur. C’est le cas du mouvement witchTok, une sous-culture en ligne spécialisée dans l’occulstisme. Loin des formes traditionnelles de divination, ces contenus adoptent les codes des plateformes. Avec des vidéos virales et des mises en scène du spirituel de façon tendance. Sur tik tok le #Witchtok cumule près de 9 millions de publications.

En outre, le succès de l’ésotérisme auprès de la Gen z s’explique par le contexte démoralisant de ces dernières années. En effet, avec les crises successives, les repères se fragilisent. Pour une partie de la jeunesse, croire en des entités supérieures permet de trouver des réponses à leurs difficultés. C’est dans ce terrain déjà transformé que des applications de tarot ou encore d’astrologie comme Co-Star  industrialisent ce marché. Ils proposent des lectures personnalisées à partir de modèles algorithmiques.

Mais le changement le plus important ne tient pas seulement à la personnalisation. Avec l’IA, via un simple prompt, les utilisateurs peuvent converser comme s’ils étaient en face d’un vrai praticien. On assiste donc a une vraie mutation, car l’oracle devient flux de données qui simule une conscience. Pour un jeune utilisateur, la frontière entre un conseil psychologique et une prédiction ésotérique devient ainsi poreuse.

 

Le business des compagnons artificiels

Cette tendance s’inscrit dans un mouvement plus large que les analystes appellent désormais le marché des “compagnons IA”. Selon les données d’Appfigures relayées par TechCrunch, les applications d’IA compagnons ont déjà dépassé 220 millions de téléchargements dans le monde en 2025. Le secteur pourrait générer plus de 120 millions de dollars cette année, avec une hausse des téléchargements de 88 % en un an. Le phénomène touche particulièrement les jeunes. Une étude menée par Common Sense Media en 2025 montre que 72 % des adolescents américains ont déjà utilisé un compagnon IA. Ils cherchent à travers ces outils du réconfort et une présence rassurante. Environ un tiers des jeunes interrogés disent d’ailleurs utiliser ces IA pour des interactions sociales ou affectives.

 

La gen Z : un tourisme 2.0

Des dérives qui ne doivent pas être ignorées

Toutefois, même si cette technologie se présente comme un outil de connaissance de soi, elle ne crée pas pour autant de véritables opportunités. Elle installe surtout une relation ambiguë. Une situation dans laquelle l’utilisateur se laisse guider par une présence algorithmique qui semble comprendre, mais qui ne fait que reproduire des probabilités. Le risque principal ne tient alors pas à la justesse des prédictions, mais à la perte progressive d’autonomie. À force de consulter son oracle numérique pour chaque décision, l’utilisateur finit par déléguer son intuition et ses choix. Les chercheurs parlent même de domestication cognitive. Un glissement discret où l’on cherche une validation permanente auprès d’un système qui ne possède ni intuition, ni sagesse.

À cette dépendance s’ajoute aussi un phénomène plus préoccupant encore, que les psychiatres appellent « PSYCHOSE IA ». En effet, avec la développement d’outils comme Chat GPT, ils ont pu observer l’apparition de formes de psychose liées à l’usage intensif de ChatBots. Certaines personnes déjà en situation de fragilité mentale interprètent les réponses générées comme des signes, voire des preuves d’une conscience cachée. L’IA devient alors un acteur du délire, qui renforce des croyances déjà instables.

Pour les startups créant des applications ou des assistants IA spécialisés dans l’occultisme, la question éthique devient déterminante. La conception de ces expériences doit ainsi viser une guidance responsable, capable de nourrir la réflexion personnelle plutôt que d’installer un rapport de dépendance. L’objectif est de prévenir toute dérive où l’IA deviendrait un substitut qui affaiblit l’autonomie de l’utilisateur.

L’avenir de la guidance augmentée repose donc sur la capacité des concepteurs à intégrer de véritables garde‑fous. Il ne s’agit pas de condamner ces pratiques mais de les encadrer. Cela implique donc une transparence totale sur la nature strictement algorithmique des réponses. Et aussi la mise en place d’interfaces pensées pour stimuler l’esprit critique plutôt que d’encourager la passivité.

Conclusion

En somme, alors que l’occultisme se présentait depuis de nombreuses années comme une pratique ancestrâle, désuete et loin de toute technologie, on assiste à son renouveau grâce au digital. Mais avec l’arrivée de l’IA, la transformation digitale va encore plus loin. AInsi, pour la Gen Z, des outils comme Chat gpt change de fonctions et deviennent des oracles prêts à répondre à leurs doutes et questionnements. Les gestes anciens laissent alors place à des interfaces. Et les symboles se déplacent vers des modèles statistiques.