Johan, pourquoi le trail nous déconnecte de tout… sauf du digital
Quand on pense au trail, on imagine souvent la nature, la liberté et le besoin de couper avec le quotidien. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles beaucoup de pratiquants se tournent vers la montagne.
Pourtant, un paradoxe apparaît rapidement. Même au milieu des sentiers, les montres GPS, Strava, les applications d’entraînement ou encore les données de performance sont devenus omniprésents.
C’est précisément ce paradoxe que j’étudie dans le cadre de ma thèse professionnelle en Digital Marketing & Business à l’EFAP.
Pour nourrir cette réflexion, j’ai interrogé Johan Ducloux, directeur de D+ à Valloire et organisateur du Trail Galibier-Thabor. Son regard de professionnel confirme une évolution profonde du trail : celle d’un sport historiquement tourné vers l’aventure, devenu progressivement une pratique très connectée.
Trail et digital : quand l’aventure devient un sport-business
Pour Johan Ducloux, le trail a beaucoup changé ces dernières années.
Autrefois centré sur l’exploration et le simple fait de terminer une course, il s’inscrit aujourd’hui dans un écosystème plus structuré, plus médiatisé et plus commercial.
Les marques outdoor ne vendent plus uniquement des produits. Elles construisent des communautés.
Selon lui, les objets connectés et les plateformes comme Strava sont devenus de véritables points de contact entre les marques et les pratiquants. Les athlètes de haut niveau jouent également ce rôle de passerelle entre les entreprises et leurs communautés.
Cette évolution traduit une réalité plus large : le trail n’échappe plus aux logiques du sport-business.
Strava et les montres connectées transforment notre rapport à nous-mêmes
L’un des enseignements les plus marquants de cet entretien concerne notre rapport à la donnée.
Pour Johan, seule une minorité de coureurs utilise réellement toutes les informations fournies par leurs équipements. Pourtant, les montres connectées sont devenues presque incontournables.
Il compare même cette situation à une Porsche utilisée uniquement pour rouler à 130 km/h : impressionnante, mais largement sous-exploitée.
Au-delà de la performance, ces outils répondent surtout à un besoin d’appartenance.
« Ce qu’on leur vend finalement, c’est l’accès à une communauté et un côté sociable 100 % digital. »
Cette phrase a particulièrement retenu mon attention. Elle rejoint directement ma réflexion de thèse : le numérique ne transforme pas seulement notre manière de courir, il transforme aussi notre manière d’exister au sein du sport.
Le paradoxe de la déconnexion
Le trail est souvent présenté comme un sport qui permet de se reconnecter à la nature et à soi-même.
Pourtant, Johan observe parfois l’inverse :
« Les gens ont les yeux rivés sur leur montre et n’écoutent plus leur corps. »
Cette phrase résume parfaitement le paradoxe qui a donné naissance à ma recherche.
Nous partons courir pour nous éloigner du bruit du quotidien. Pourtant, nous continuons à mesurer, comparer et analyser chacune de nos sorties.
Selon Johan, cette logique de performance a profondément évolué :
« Avant, on courait surtout pour finir. Aujourd’hui, on regarde en combien de temps on l’a fait. »
Il observe également une augmentation des blessures et une forme de surconsommation des courses.
L’exemple du traileur Martin Francou illustre bien cette dérive. Stressé par ses données, il a décidé de courir uniquement aux sensations. Résultat : il s’est reconnecté à lui-même… et a finalement mieux performé.
Comme le résume Johan :
« La donnée peut parfois créer des idées toxiques qui nuisent à la performance. »
L’IA et la technologie peuvent aussi devenir des alliés
Pour autant, Johan ne rejette pas le digital.
Au contraire, il voit dans l’intelligence artificielle et l’analyse physiologique en temps réel un véritable potentiel pour améliorer la sécurité des pratiquants.
Détection des risques cardiaques, surchauffe, alertes automatiques : ces technologies pourraient demain aider les organisateurs à mieux protéger les coureurs.
L’enjeu n’est donc pas de supprimer la technologie, mais de lui redonner sa juste place.
L’émotion reste le cœur du trail
Malgré toutes ces évolutions, Johan reste convaincu que les pratiquants recherchent toujours la même chose : l’aventure, le partage et les émotions.
Le succès du format 75 km en duo avec bivouac du Trail Galibier-Thabor en est un bon exemple.
« Notre ambition, c’est avant tout de faire vivre des émotions humaines. »
Cette phrase résonne particulièrement avec ma problématique de thèse.
Le digital progresse. Les données prennent de plus en plus de place. Pourtant, le besoin d’authenticité, lui, reste intact.
C’est probablement là que se situe le véritable défi des marques outdoor : accompagner les pratiquants dans leur progression et leur sécurité, sans encourager une relation excessive ou anxiogène à la performance.
Comme le rappelle Johan Ducloux :
« Il faut faire attention à ce que l’outil ne nous fasse pas oublier pourquoi on faisait ce sport au départ. »
Mon article a été rédigé à l’aide de l’Intelligence artificielle.
Margot Michel