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A l’heure où l’innovation n’est plus portée par les acteurs traditionnels et où la valeur ne se crée plus par la concurrence acharnée mais dans des modèles de coopétition et d’écosystèmes d’affaires, j’ai voulu m’intéresser aux start up et à leur environnement.

Je propose ainsi de définir ce qui compose l’écosystème des start up, voir comment se fait le partage de l’innovation entre les grands groupes et ces jeunes poussent et enfin étudier la position de la France dans l’échiquier mondial.

Commençons par définir ce qu’est une « start up » 

Pour Éric Ries, auteur du best-seller « The Lean Startup », une startup c’est « une institution humaine conçue pour créer un nouveau produit ou service dans des conditions d’incertitude extrême ».

Pour Patrick Fridenson, historien des entreprises, être une startup n’est pas une question d’âge, ni de taille, ni de secteur d’activité. Il faut répondre aux quatre conditions suivantes :

1/ Une forte croissance potentielle

2/ Utiliser une technologie nouvelle

3/ Avoir besoin d’un financement massif, les fameuses levées de fonds

4/ Être sur un marché nouveau dont le risque est difficile à évaluer

À ces caractéristiques, il parait pertinent d’ajouter :

5/ Mettre en place un schéma d’organisation et managérial stimulant l’innovation, l’esprit d’équipe et la réactivité

Ainsi, si Uber, Airbnb, Blablacar et Spotify sont toujours considérées comme des start up malgré leur taille, Facebook et Google n’en sont plus. En effet, même si l’esprit start up perdure, certains processus ont été formalisés et la stratégie, comme le business model, sont désormais établis.

Les enjeux des start up sont doubles :

–  La scalabilité de leur modèle, c’est-à-dire sa capacité à maintenir une forte rentabilité malgré la montée en charge,

–  La capacité à générer une forte attraction, c’est-à-dire à attirer beaucoup d’utilisateurs et à faire parler d’elle.

Parce qu’elles sont un vecteur puissant d’innovation et de par la fragilité de leur modèle, les start up ont besoin d’être encadrées pour exister.

L’état et les entreprises l’ont bien compris et mettent en place ou favorisent des « écosystèmes » d’innovation.

L’écosystème français

La French Tech

Afin de faire de la France une « République numérique », le ministère français de l’économie a lancé, en novembre 2013, un grand mouvement de mobilisation collective pour la croissance et le rayonnement des start up numériques françaises.

Cette organisation est structurée autour de 3 axes :

1/ Labelliser les métropoles porteuses d’un écosystème numérique de niveau international et d’un projet ambitieux et fédérateur de croissance de cet écosystème.

L’idée principale étant que les pépites ne se développent pas n’importe où, l’état souhaite ainsi soutenir et favoriser le développement d’écosystèmes urbains favorables et très dynamiques.

La labellisation de métropoles French Tech a permis de structurer l’écosystème français sous la forme d’un réseau rassemblant Paris et 13 autres écosystèmes en régions mais aussi dans 12 villes du monde entier de New York à Tokyo en passant par Moscou et Le Cap.

2/ Permettre l’accélération des start up

En s’appuyant sur le fonds d’investissement géré par Bpifrance, ce sont près de 200 millions d’euros qui sont investis pour soutenir le développement d’accélérateurs de start up privés. 

3/ Développer l’attractivité de la France et de ses écosystèmes numériques

Pour cela, 15 millions d’euros ont été mobilisés pour renforcer la visibilité internationale de la French Tech.

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Les incubateurs et accélérateurs

Les incubateurs et accélérateurs sont des acteurs majeurs dans l’accompagnement et la pérennisation des start up.

Avant d’apporter des éléments de définition, revenons sur la genèse de ces structures.

Les incubateurs historiques sont nés d’une politique d’incubation depuis les années 2000, ils n’étaient pas spécialisés et disposaient de relativement peu de moyens. Ils étaient faits pour faire sortir les projets innovants du monde de la recherche et ne devaient s’occuper des projets que jusqu’à la création de l’entreprise (qui devaient ensuite se financer sans aide).

Très rapidement, leur structure est devenue déficitaire. Aucun moyen de gagner de l’argent ou même de récupérer une partie des sommes investies, à part la facturation de loyers ou de prestations, forcément au-dessous du prix du marché.

De plus en plus, les financements privés ont été recherchés dans le modèle économique des incubateurs et les missions se sont étendues à l’accélération, c’est-à-dire à l’accompagnement post-création.

En parallèle, les grandes entreprises et les investisseurs – motivés il est vrai par des incitations fiscales démesurées – ont fini par comprendre l’intérêt qu’il y avait à prendre des risques et à investir dans les start up.

Sont donc apparus les « accélérateurs » pour accompagner et investir avec profit dans des entreprises qu’ils pourront rapidement valoriser. Certains de ces accélérateurs incluent une dimension d’accompagnement avant création qui se rapproche du modèle standard de l’incubation.

Les activités clés des incubateurs et des accélérateurs sont parfois très proches et les propositions de valeur assez distinctes. Néanmoins, nous pouvons faire certaines distinctions synthétisées dans le tableau ci-dessous :

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Levées de fonds : état des lieux 2017

Qu’est-ce qu’une levée de fonds ?

Pour financer le lancement d’une nouvelle activité nécessitant des investissements importants les start up ont besoin de lever des fonds (financement extérieur non bancaire auprès d’investisseurs).

La levée de fonds concerne les projets à fort potentiel de développement à 3-5 ans.

En fonction de la phase de croissance de l’entreprise et de ses besoins, le financement via une levée de fonds prendra des formes différentes :

– le capital « amorçage » pour financer le démarrage d’une activité et ses premiers besoins,

– le capital « développement » pour financer le développement de l’entreprise et l’accélération de sa croissance.

Quel que soit l’objet de la levée de fonds, le principe est que des investisseurs réalisent une prise de participation au capital via des titres qui serviront à financer son besoin de développement.

Ces investisseurs sont des business angels, des capital-risqueurs, ou des fonds d’amorçage, qui investissent dans des entreprises innovantes en création ou dans des start up à fort potentiel de croissance. L’objectif, pour eux, est la réalisation de plus-values à court terme (cinq ans par exemple).

Les business angels interviennent généralement sur des montants compris entre 50 000 et 500 000 euros, et les capital-risqueurs sur des montants plus élevés.

À la suite de la levée de fonds, les investisseurs deviennent actionnaires de la société. À ce titre, ils participent aux assemblées générales et disposent des droits prévus par les statuts de votre entreprise ou par le pacte d’actionnaires, notamment en matière de distribution des bénéfices de l’entreprise. Ce partage est souvent à hauteur du pourcentage du capital détenu.

Pour approfondir le sujet des levées de fonds : http://1001startups.fr/startup-cest-quoi-seed-serie-a/

Bilan 2017 : moins de levées de fonds mais plus d’argent

Le baromètre des start up du numérique réalisé par Capgemini Consulting et eCap Partner fait un état des lieux des levées de fonds sur 2017.

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Cette année, dans le top 10 des levées, cinq d’entre elles ont dépassé les 40 millions d’euros :

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L’analyse sectorielle de ces levées de fonds permet de faire émerger quelques activités leaders en termes de levées de fonds :

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Les start-up lèvent de l’argent de plus en plus tôt, montre le baromètre. Si les levées de moins de 1 million se font toujours à maturité équivalente, 2,5 ans en 2015 et en 2017, plus le montant augmente, plus l’âge de l’entreprise diminue avec le temps. Cela semble être la preuve d’une meilleure complémentarité des acteurs de l’écosystème.

En effet, les business angels se concentrent sur l’amorçage, les fonds sont très présents sur les levées inférieures à 5 millions ; Bpifrance, l’acteur le plus présent de l’écosystème participe sur 18% du total des levées et se positionne sur des tickets de plus en plus importants ; enfin, les corporate font leur apparition sur les levées les plus importantes, supérieures à 5 millions, « dans l’objectif de se positionner sur le capital des start up ou de les acquérir », d’après Olivier Lagane Capgemini Consulting.

Etat des relations entre start up et grands groupes

Parce qu’elles représentent un vecteur d’innovation incroyable, les grandes entreprises mettent en place des stratégies de partenariats avec ces jeunes pousses qui y trouvent aussi un intérêt majeur.

Une relation bien établie

En effet, le partenariat, s’il permet à la start up de sortir vivante du « couloir de la mort » (qui se situe entre la deuxième et la cinquième année suivant leur création), a aussi un intérêt pour la grande entreprise : elle peut ainsi assimiler des innovations sans passer par un processus interne pesant et coûteux.

Le baromètre David avec Goliath 2017 présente un bilan de ces relations. Sur l’échantillon étudié :

–  100% des grandes entreprises collaborent aujourd’hui avec des jeunes entreprises, en tant qu’investisseur (prise de participation), partenaire (relation commerciale et ou incubateur, accélérateur, lab) ou parrain (événements, prix, fondations, mécénat, initiatives RH, mentoring).

–  Près de 80% des jeunes entreprises ont déjà eu des interactions avec une grande entreprise.

Incubateurs, accélérateurs, labs et Corporate Venture : la France très bien positionnée

Près de la moitié des grandes entreprises françaises hébergent aujourd’hui un incubateur, accélérateur ou lab (48% en 2017 vs 43% en 2016), contre respectivement 40% et 25% des entreprises allemandes et britanniques. Elles sont également de plus en plus nombreuses à investir dans des fonds de Corporate Venture : près d’un tiers des grandes entreprises sont dotées d’un fonds de Corporate Venture en propre en 2017. Si les grandes entreprises allemandes (40%) sont plus nombreuses à disposer de fonds de Corporate Venture en propre qu’en France (31%) et qu’au Royaume-Uni (28%), la France se distingue en tête du classement des montants investis (1,4Md€).

Ces collaborations sont-elles fructueuses ?

Après des débuts « chaotiques », les relations s’organisent et les relations de business deviennent plus solides.

Dans son article publié dans Les Echos en octobre 2017, Anaelle Grondin fait 3 constats :

1/ Des mises en relation plus rapides grâce à une meilleure identification des interlocuteurs dans les grandes entreprises et la mise en place de « guichet unique ».

2/ Après une phase d’acculturation, le business se met en place, mais majoritairement souvent sous forme de POC (« proof of concept ») dont les grands groupes sont friands. Toutefois, Jacques Cazin rappelle un pré-requis pour que ces opérations soient fructueuses« Il faut qu’ils se fassent avec un objectif de déploiement et pas seulement pour faire de la veille ».

3/ Rapport de force moins déséquilibré « Le syndrome David contre Goliath n’est plus vrai », assure Yann Kandelman, directeur des investissements et du développement Orange Digital Ventures. « Il y a beaucoup de capitaux. L’environnement est très compétitif, les corporate ventures et VC se battent pour investir dans les meilleures start up », qui ont l’embarras du choix pour être accompagnés, explique-t-il.

Toutefois, des points de vigilance sont à observer :

–  Freins au développement des relations : « Les difficultés sont gigantesques : un process d’avant-vente extrêmement long avec une visibilité très faible, des négociations juridiques hors du commun et des délais de paiement très longs ». Jacques Cazin d’Adways raconte qu’un grand groupe lui a demandé tellement d’assurances pour signer un contrat que leur coût était au final supérieur au montant du deal.

– La difficulté pour les jeunes pousses est de continuer à innover en travaillant avec un ou des grands groupes. « Sauf dans une stratégie de rachat, il ne faut pas tomber dans le piège du mono grand groupe. Ce n’est pas sain », estime Jacques Cazin. Anne-Laure Naveos, responsable des opérations de croissance externe et des partenariats au Crédit Mutuel Arkéa, affirme que son groupe fait partie de ceux qui ont « une logique de co-construction pour que chacun garde ses atouts ». Jusqu’à d’éventuels rachats, comme ceux des fintech Leetchi et Pumpkin, quand cela paraît pertinent.

Sur ce sujet de relations start up /grands groupes, je vous invite à prendre connaissance du « Guide pratique de la collaboration entre jeunes et grandes entreprises » publié par Raise en novembre 2017.

Ainsi, en 2017, en France, l’écosystème start up a explosé et enregistré des records. Les lieux, les programmes d’accompagnements, les évènements, les start up et les levées de fonds se sont multipliés. La “start up nation” Française s’impose petit à petit sur la scène internationale et a même, en 2017, dépassé pour la première fois le Royaume-Uni en nombre de transactions.

Mais qu’en est-il des écosystèmes mondiaux et comme la France se positionne-t’elle ?

La France et les autres écosystèmes dans le monde

Après 180 jours de mission et 21 pays visités, le MEDEF a récemment publié un guide sur les écosystèmes mondiaux qui permet de distinguer 4 ensembles en fonction de leur niveau de maturité.

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La France est ainsi située dans la catégorie des écosystèmes « matures » mais il lui est reconnu un manque de vision et de stratégie à moyen et long terme autour d’une vision différenciante.

L’étude préconise : « la France doit parvenir à intégrer les technologies, produits et services des différentes composantes de son économie autour d’une stratégie industrielle et commerciale globale pour répondre aux nouveaux enjeux sociétaux et environnementaux mondiaux ».

Et la vision stratégique serait de faire de la France le champion mondial de la « smart économy » !

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Pour ce faire, le MEDEF identifie les opportunités potentielles pour les start up françaises en termes de « collaboration » avec chacun des écosystèmes :

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En guise de conclusion, je reprendrais les propos de Boris Golden interrogé par 1001 start ups sur les prospectives de l’écosystème français :

« Les jeunes boites sont en train de grandir et vont pour certaines d’entre elles devenir de très belles entreprises technologiques françaises. (…) Les chiffres encourageants du nombre de start up financées sont au moins autant le reflet du dynamisme du monde de l’investissement que l’indicateur d’un écosystème de qualité. Évidemment, c’est très positif parce qu’il faut de l’argent investi pour faire de beaux projets.
Mais au final, le juge de paix sera la capacité de l’écosystème à construire de belles entreprises qui auront des impacts sur l’économie et deviendront des leaders français, européens et mondiaux ».