Dans le cadre de mes recherches sur l’intelligence artificielle appliquée au marketing digital, j’ai eu l’opportunité d’interviewer Madame Wang Yu, consultante junior chez Dun & Bradstreet Chine (邓白氏). Spécialiste de la transformation digitale des entreprises, elle m’a partagé sa vision sur l’évolution fulgurante de l’AIGC (AI-Generated Content) dans le secteur de l’e‑commerce chinois.

Pourriez-vous nous rappeler ce qu’est l’AIGC et pourquoi cette technologie est si stratégique aujourd’hui en Chine ?
Wang Yu : L’AIGC désigne tous les contenus générés automatiquement par des intelligences artificielles : textes, visuels, vidéos, voix, etc. En Chine, cette technologie s’est développée à une vitesse remarquable, notamment grâce aux grands modèles linguistiques comme ceux développés par Baidu ou Alibaba.
Dans le e‑commerce, l’AIGC a trouvé une application immédiate et concrète. Les plateformes veulent constamment enrichir l’expérience utilisateur, tout en réduisant leurs coûts. Grâce à l’AIGC, elles peuvent produire des contenus promotionnels ou informatifs à grande échelle, de manière personnalisée, sans avoir besoin d’autant d’intervention humaine.

Quels sont les usages les plus répandus de l’AIGC dans l’e‑commerce ?
Wang Yu : Les cas d’usage se multiplient chaque mois. Parmi les plus importants, je peux citer :
- Les fiches produits générées automatiquement, avec des titres optimisés pour le SEO, des descriptions personnalisées selon les profils consommateurs, ou encore des visuels créés via IA.
- Les résumés intelligents d’avis clients. Sur les plateformes comme JD.com ou Tmall, des milliers de commentaires sont analysés et synthétisés pour faire ressortir les points clés, positifs ou négatifs.
- Les vidéos et publicités automatisées. Des outils comme « Luban » chez Alibaba permettent de créer en quelques minutes des bannières ou vidéos à partir de simples données produit.
- Et plus récemment, les avatars IA ou “digital humans” utilisés dans le live streaming pour présenter les produits 24 h/24 sans animateur réel.

Quels sont, selon vous, les bénéfices les plus visibles de cette automatisation du contenu ?
Wang Yu : On observe plusieurs impacts très concrets :
- Un gain d’efficacité opérationnelle : les délais de mise en ligne de nouveaux produits sont réduits, tout comme les coûts liés à la création de contenu.
- Une personnalisation poussée : les utilisateurs reçoivent des contenus adaptés à leur historique d’achat, à leurs préférences de navigation, voire à leur région géographique.
- Une augmentation du taux de conversion, puisque les descriptions sont mieux ciblées et plus engageantes.

Mais j’imagine que cela soulève aussi des défis importants ?
Wang Yu : Absolument. Derrière cette efficacité, il y a plusieurs risques à ne pas sous-estimer :
- La véracité des contenus générés : l’IA peut parfois “halluciner”, c’est-à-dire inventer ou exagérer des informations, ce qui peut induire les consommateurs en erreur.
- La transparence : si le client ne sait pas qu’un texte ou une vidéo a été généré automatiquement, cela peut poser un problème éthique.
- La protection des données : l’AIGC repose sur des données personnelles, il faut donc garantir la sécurité et le consentement.
- Les biais algorithmiques : si les modèles sont mal entraînés, ils peuvent reproduire des stéréotypes ou exclure certains profils de consommateurs.
Comment les entreprises chinoises réagissent-elles à ces enjeux ?
Wang Yu : Plusieurs approches émergent. Certaines plateformes indiquent clairement qu’un contenu est « généré par IA ». D’autres mettent en place un double système : IA + relecture humaine, notamment pour les contenus sensibles comme les soins ou la nutrition. Enfin, il y a aussi des efforts de régulation gouvernementale, avec de nouvelles directives visant à encadrer l’usage des AIGC dans la publicité ou l’e‑commerce.
Pensez-vous que la Chine est en avance dans ce domaine ?
Wang Yu : Oui, sans doute. La Chine dispose d’un écosystème numérique très intégré, où les géants technologiques collaborent étroitement avec les marques et les plateformes. Cela permet d’expérimenter très rapidement de nouvelles technologies à grande échelle. De plus, la population chinoise est très réceptive à l’innovation, ce qui facilite l’adoption rapide de solutions AIGC dans les parcours d’achat.
Conclusion
Cet entretien avec Madame Wang Yu met en lumière le rôle croissant de l’AIGC dans l’e‑commerce chinois. Entre gains de productivité, personnalisation de masse et nouvelles formes de communication, cette technologie transforme en profondeur les pratiques marketing. Toutefois, comme l’a souligné notre experte, son déploiement doit s’accompagner d’une réflexion éthique et stratégique. L’humain, plus que jamais, reste au cœur de l’innovation.