GEO et relations presse : comment les agences RP peuvent transformer la menace en nouveau modèle économique
Pendant que presse et agences SEO se positionnent à toute vitesse sur le marché du GEO (Generative Engine Optimization), les agences de relations presse restent en retrait — alors qu'elles détiennent l'un des actifs les plus précieux pour exister dans les réponses de l'IA générative : la crédibilité médiatique tierce.
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Un marché qui explose, et que les agences RP regardent encore de loin
Gartner anticipe que jusqu'à un quart des recherches pourraient migrer vers les moteurs génératifs d'ici 2028. Le cabinet Valuates Reports évalue le marché mondial des services GEO à 886 millions de dollars en 2024, avec une projection à 7,3 milliards de dollars en 2031 (+34 % par an).
Régies de presse (Uni-Médias, Reworld Media, Prisma Media, Media Figaro) et agences SEO se sont déjà positionnées avec des offres GEO packagées vendues directement aux annonceurs. Les agences RP, elles, restent largement absentes de cette offensive — alors que leur cœur de métier, obtenir une présence de marque dans des médias tiers reconnus, est précisément l'un des signaux de confiance les plus déterminants pour les moteurs d'IA.
2.Le communiqué de presse, actif GEO sans le savoir
Cision le formule clairement : plus une marque est présente dans des médias reconnus, plus elle est perçue comme fiable par les IA, et plus elle remonte dans les réponses générées. Une analyse Semrush d'octobre 2025 indique que les communiqués diffusés via PR Newswire figureraient parmi les vingt sources les plus citées par les IA.
Le Monde illustre la valeur d'un partenariat direct avec les plateformes : grâce à ses accords avec OpenAI (2024), puis Perplexity et Meta (2025), le titre dispose de données déterministes sur sa présence dans les réponses générées, là où la plupart des acteurs n'ont que des estimations probabilistes. Conséquence pour les agences RP : le choix des médias relais doit désormais intégrer les accords de distribution IA de ces médias, pas seulement leur audience.
3.Repenser l'offre RP autour de quatre briques
Audit de citabilité algorithmique. À l'image des audits de présence IA que proposent Uni-Médias, Prisma ou Media Figaro, une agence RP peut structurer un audit préalable : citations de la marque, prompts associés, tonalité — point d'entrée naturel d'une mission repensée.
Communiqués pensés pour être lus par une IA. Les critères de sélection d'un article par une IA ne recoupent pas ceux du search classique, ni les requêtes formulées sur un assistant conversationnel celles tapées sur Google (constat partagé par Le Monde et M Publicité). Cela implique de revoir la structure du communiqué : clarté factuelle, réponses directes, structuration explicite de l'information.
Diffusion arbitrée par l'autorité perçue par les IA. Les groupes de presse mobilisent leur portefeuille de titres pour diffuser du contenu sponsorisé (Uni-Médias et ses 12 marques, Reworld et ses 80 titres, Prisma et ses marques à forte autorité). Pour une agence RP, le critère de sélection média doit désormais intégrer la probabilité d'être repris comme source par les IA, largement déterminée par les accords de distribution du média avec les plateformes.
Mesure de performance, le talon d'Achille commun. En dehors du Monde, personne ne dispose des données réelles d'usage des moteurs d'IA : pas de tableau de bord des requêtes, tests sur échantillons biaisés. Prisma/Minddex revendique 83 % de marques ayant amélioré leur visibilité ; Reworld mesure à 30-60 jours via un outil propriétaire. Des protocoles imparfaits, mais que les agences RP devront s'approprier pour rester crédibles sur la réassurance budgétaire.
4. Vers un modèle hybride SEO-RP-GEO
Dékuple théorise une approche GSO (global search optimization) réunissant SEO et GEO en trois briques : technique, sémantique et notoriété (co-citations, mentions positives, sources d'autorité). C'est sur cette troisième brique que les compétences RP trouvent leur prolongement naturel. Et le GEO ne remplace pas le SEO ni les RP : selon Incremys, 99 % des citations dans les résumés IA de Google proviennent du top 10 organique, et 87 % des citations ChatGPT correspondent au top Bing, les moteurs d'IA s'appuient encore sur l'index des moteurs classiques, à l'exception de Perplexity.
5. Ce que cela change pour la profitabilité des agences RP
Deux mouvements contradictoires. D'un côté, une opportunité de montée en gamme : audit, refonte des formats, pilotage de la diffusion sont des prestations à plus forte valeur que le clipping classique, justifiant de nouveaux modèles de facturation (forfaits d'audit, abonnements de monitoring IA, retainers hybrides). De l'autre, un risque de désintermédiation : en lançant leurs propres offres GEO, les groupes de presse captent une partie de la valeur que les agences RP pourraient revendiquer. Sans intégration rapide de l'audit, de la production adaptée et du pilotage de diffusion à leur chaîne de service, les agences RP risquent un rôle d'exécutant de bas de chaîne pendant que médias et plateformes captent les marges les plus élevées.
Conclusion
Audit, production adaptée, diffusion stratégique, mesure de performance : cette grille, déjà déployée côté presse et agences SEO, est directement transposable aux relations presse. Les agences RP disposent d'un avantage structurel — la confiance médiatique tierce — qu'aucun outil technique ne réplique artificiellement. Mais cet avantage ne se traduira en profitabilité que s'il est objectivé dans une offre repensée, avec de nouveaux indicateurs, formats et modèles tarifaires.
Article rédigé à partir d'une adaptation de : Cyrille Frank, « GEO : panorama des offres de la presse et agences (et ce qu'ils ne disent pas) », Minted, 14 juin 2026, www.mntd.fr. Données et exemples issus de cette source, recontextualisés sous l'angle du modèle opérationnel et de la profitabilité des agences de relations presse.