« L’IA, c’est comme un sachet de thé : à force de l’utiliser partout, elle perd toute sa saveur » Entretien avec Clément Sautet, professionnel de la production audiovisuelle
Dans le cadre de mes recherches sur l’impact de l’intelligence artificielle dans les métiers créatifs pour ma thèse, j’ai eu la chance d’échanger pendant près de 40 minutes avec Clément Sautet, professionnel de la production et de la réalisation audiovisuelle. Entre gains de productivité indéniables et questions éthiques profondes, il livre un regard nuancé et parfois inquiet sur ce que l’IA est en train de faire à son métie
« L’IA, c’est comme un sachet de thé : à force de l’utiliser partout, elle perd toute sa saveur » Entretien avec Clément Sautet, professionnel de la production audiovisuelle
Dans le cadre de mes recherches sur l’impact de l’intelligence artificielle dans les métiers créatifs pour ma thèse, j’ai eu la chance d’échanger pendant près de 40 minutes avec Clément Sautet, professionnel de la production et de la réalisation audiovisuelle. Entre gains de productivité indéniables et questions éthiques profondes, il livre un regard nuancé et parfois inquiet sur ce que l’IA est en train de faire à son métie
« L’IA, c’est comme un sachet de thé : à force de l’utiliser partout, elle perd toute sa saveur » Entretien avec Clément Sautet, professionnel de la production audiovisuelle
Dans le cadre de mes recherches sur l’impact de l’intelligence artificielle dans les métiers créatifs pour ma thèse, j’ai eu la chance d’échanger pendant près de 40 minutes avec Clément Sautet, professionnel de la production et de la réalisation audiovisuelle. Entre gains de productivité indéniables et questions éthiques profondes, il livre un regard nuancé et parfois inquiet sur ce que l’IA est en train de faire à son métie
« L’IA, c’est comme un sachet de thé : à force de l’utiliser partout, elle perd toute sa saveur » Entretien avec Clément Sautet, professionnel de la production audiovisuelle
Dans le cadre de mes recherches sur l’impact de l’intelligence artificielle dans les métiers créatifs pour ma thèse, j’ai eu la chance d’échanger pendant près de 40 minutes avec Clément Sautet, professionnel de la production et de la réalisation audiovisuelle. Entre gains de productivité indéniables et questions éthiques profondes, il livre un regard nuancé et parfois inquiet sur ce que l’IA est en train de faire à son métie
Un outil qui séduit… surtout par son efficacité économique
La première chose que Clément souligne, c’est l’argument qui revient le plus souvent dans le secteur : les coûts. L’IA permet de réduire le nombre de shootings, de limiter les équipes sur le terrain et de produire des contenus plus rapidement. « On fait des économies, c’est indéniable ». Moins de déplacements, moins de post-production manuelle, moins de temps mobilisé sur des tâches répétitives.
Mais pour lui, cette logique purement économique est aussi ce qui le rend méfiant. Dans un secteur où la valeur d’une image tient souvent à ce qu’elle a coûté en temps, en sueur, en talent humain réduire la création à une équation de rentabilité, c’est peut-être passer à côté de l’essentiel.
L’IA intégrée au flux de travail : un progrès naturel ?
Clément fait le parallèle avec l’arrivée du numérique dans la photographie et la vidéo. « Le numérique a bouleversé l’argentique, mais il lui a aussi apporté quelque chose. » L’IA pourrait suivre le même chemin : s’intégrer progressivement aux outils existants Photoshop, logiciels de montage, retouche et devenir un assistant discret plutôt qu’un remplaçant.
Il cite d’ailleurs la créatrice de contenu Alexandra Style : « Si l’IA n’agit pas toute seule, elle n’apporte que du bon. » l’IA comme co-pilote, pas comme pilote automatique.
Les gains de temps sont réels. Et dans un métier où les délais se raccourcissent et les demandes s’accélèrent, pouvoir déléguer certaines tâches techniques à un algorithme libère de l’espace mental pour ce qui compte vraiment : la direction artistique, l’intention, l’émotion.
L’éthique au cœur du débat : quand l’image devient dangereuse
C’est sur ce terrain que Clément se montre le plus critique.
« Avant, on faisait du make-up sur un plateau. Puis on a commencé à retoucher les photos. Maintenant, l’IA peut transformer complètement une personne. ». D’autant que les mentalités ont évolué en même temps que les outils : l’arrivée des influenceurs, des filtres Instagram, a installé de nouveaux standards de beauté. Des gens font désormais de la chirurgie pour ressembler à leurs propres filtres.
L’IA générative amplifie ce phénomène. Elle a tendance à reproduire des idéaux visuels figés, souvent stéréotypés, « trop parfaits, pas réalistes ». Il mentionne l’exemple d’un compte voyage tenu par une femme ronde, dont les photos générées par IA montraient une version idéalisée, amincie, de cette même personne comme si l’algorithme avait « corrigé » ce qu’il percevait comme une imperfection.
Le vrai problème de l’IA : elle n’a pas d’âme
C’est peut-être la phrase la plus forte de tout l’entretien. Quand on lui demande ce qui lui manque dans les créations générées par IA, Clément répond sans hésiter : « L’âme. »
Une image créée par un humain porte en elle une intention, une décision, un moment. Elle raconte quelque chose de la personne qui l’a faite. L’IA, elle, optimise. Elle produit quelque chose de techniquement correct, parfois même de beau mais de générique.
Il utilise une métaphore : « C’est comme un sachet de thé qu’on mettrait dans plein de verres différents. À un moment, il n’a plus aucune saveur. » Quand tout le monde utilise les mêmes outils, les mêmes modèles, les mêmes prompts, les images finissent par se ressembler. La différenciation disparaît. Et avec elle, ce qui faisait l’identité d’un regard, d’une marque, d’un artiste.
Il évoque Suno, le générateur de musique par IA, comme exemple symptomatique : un outil fascinant techniquement, mais qui produit des sons sans histoire, sans ancrage émotionnel. « On peut tout générer. Mais générer, c’est pas créer. »
Une technologie à réguler, pas à abandonner
Pour autant, Clément n’est pas dans le camp du rejet total. Il croit à la nécessité de brider certains usages, de définir des règles claires sur ce que l’IA peut et ne peut pas faire notamment en matière de représentation des corps, de transparence sur les contenus générés, et de respect du travail des créateurs originaux.
« Le problème, ce n’est pas l’IA en soi. C’est qu’on l’utilise pour tout et n’importe quoi, sans réfléchir. » Un marteau, c’est utile. Mais pas pour visser une ampoule.
Ce qui lui tient à cœur, c’est de préserver la passion dans le processus de création. Le fait qu’une personne ait choisi un angle, un cadrage, une lumière pas parce qu’un algorithme l’a calculé, mais parce qu’elle le ressentait. C’est ça, pour lui, qui donne de la valeur à une image.
biais, les pressions économiques déjà à l’œuvre dans un secteur. Elle peut libérer du temps et ouvrir des possibilités créatives, mais elle peut aussi uniformiser, déshumaniser et fragiliser des représentations déjà fragiles.
Ce que l’IA ne remplacera pas, selon lui ? L’œil. La passion. L’âme.