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DIGITAL & ÉCOLOGIE :
Vincent Courboulay – Vers un numérique responsable, repensons notre dépendance aux technologies digitales
Que deviennent nos déchets électroniques ? Qui extrait les terres rares qui composent nos smartphones ? Allons-nous vers un monde sans liquide ? Faut-il se méfier de l’IA ? Toutes ces questions, et bien d’autres, sont abordées dans cet ouvrage pour nous aider à mieux comprendre l’impact du numérique sur nous et sur la planète. Retour sur les points saillants de livre.
Vincent Courboulay est ingénieur et maître de conférence en informatique à La Rochelle Université depuis 15 ans.
Depuis plusieurs années il se spécialise dans le numérique responsable, thématique pour laquelle il donne des conférences et des formations. En 2018 il co-créé l’Institut du Numérique Responsable, un think tank qui a pour ambition de devenir un acteur de référence des bonnes pratiques pour un numérique régénérateur, inclusif et éthique.
Il décide pendant le confinement d’écrire ce livre pour mettre en lumière les limites du monde numérique et remettre en question notre dépendance aux technologies. À travers 196 pages et 7 chapitres, l’auteur nous emmène à travers le monde et au coeur des différents secteurs qui composent cette industrie.
Après un retour en arrière pour mieux comprendre les origines de l’informatique, l’auteur s’intéresse à ce qui se cache derrière nos écrans. Pour cela il nous emmène en Chine, en République Démocratique du Congo et en Amérique du Sud sur les exploitations des métaux rares qui composent nos smartphones. Entre les droits humains bafoués et les conséquences écologiques désastreuses, les réalités de ces sites sont difficiles. On comprend à travers cette lecture, que notre consommation du numérique ne commence pas lorsque nous ouvrons l’emballage de notre smartphone, mais bien avant, à des milliers de kilomètres de chez nous. Ces effets négatifs se prolongent durant tout le cycle de vie de nos appareils numériques et surtout lorsque nous les jetons.
Les déchets d’équipement électrique et électronique ou D3E incluent tous les déchets venant d’appareils numériques allant du smartphone au micro-onde. Du fait d’une réglementation stricte et très coûteuse pour les traiter, ces déchets sont sujets à de nombreux trafics et on estime qu’environ 80% des 3DE sont envoyés illégalement dans les pays en développement. Pour illustrer, l’auteur dresse le portrait d’un endroit alarmant, la décharge d’Agbogbloshie situé au Ghana. Considéré comme le deuxième endroit le plus pollué du monde derrière Tchernobyl, les descriptions faites par l’auteur sont poignantes et deviennent glaçantes lorsqu’il mentionne le travail d’enfants dans cette décharge.
L’auteur continue par mettre en lumière le sujet des digital labor et des fermes à clics. En contraste avec l’image dorée de la Silicon Valley, ces activités constituent la partie inférieure de l’iceberg des emplois du numériques. Ce phénomène appelé crowd sourcing désigne le fait de faire appel aux internautes pour exécuter des micro tâches. Rémunérées quelques centimes de dollars, on estimerai aujourd’hui des centaines de millions d’ouvriers du clics, localisés principalement en Inde et en Chine.
L’auteur se penche également sur la sphère financière du numérique. La digitalisation des moyens de paiement et les cryptomonnaies ont considérablement changé le paysage économique de notre société. Le Bitcoin, exemple évoqué par l’auteur, mène la danse des cryptomonnaies. Elles bouleversent l’économie par leur circulation quasiment intraçable et qui échappent à la régulation des États. Cependant malgré de nombreux avantages, les cryptomonnaies ont aussi des inconvénients notamment leur fort impact environnemental. L’étape de minage, entièrement dédiée à calculer de nouveaux Bitcoins, nécessite énormément d’énergie pour fonctionner. Récemment, il a été estimé que le réseau bitcoin consommerai 121,4 térawatts-heure par an, ce qui le place 29ème pays le plus consommateurs d’énergie au monde, entre l’Argentine et la Norvège.
De plus, ces cryptomonnaies sont difficilement accessibles pour le grand public. La digitalisation des moyens de paiements constitue déjà une question pour les personnes en marge de la société qui ne sont pas prêtes à se tourner vers un mode de vie cashless. La Chine est très avancée sur ce point, près de 85% des transactions financières ont été effectuées sur smartphone ou tablette en 2021. Les leaders Alipay (propriété d’Ali Baba) et WeChat (propriété de Tencent) enregistrent plus de 90% des transactions journalières. La Chine a par ailleurs développée une alternative aux cryptomonnaies, le Yuan numérique, la plaçant première dans l’innovation de monnaie numérique de banque centrale. Cette nouvelle monnaie souveraine, est aujourd’hui utilisée par près de 140 millions de chinois, principalement pour l’achat de biens et de services de faibles valeurs, mais le pays souhaite développé son usage pour des transactions plus importantes comme l’achat de fonds d’investissement ou des produits d’assurance. Cependant cette nouvelle monnaie numérique risque de fragiliser le système bancaire chinois et plus particulièrement les banques rurales. Elles sont mises à l’écart par le gouvernement qui prévoit de prioriser les banques plus importantes. Près de 20 % de la population chinoise n’est pas bancarisée et plus particulièrement dans les campagnes. Ce nouveau système financier risque de creuser d’avantage les inégalités financières qui touchent le pays.
Cet ouvrage amène une réelle prise de conscience sur notre consommation du numérique. L’auteur nourri cette remise en question en apportant une réflexion sur les sujets de la vie privée et de l’exploitation de nos données personnelles. Comment profiter des nouvelles technologies d’IA et de big data sans avoir peur de perdre le contrôle ? La transformation numérique du monde est rapide, nous dépasse facilement et à tendance à nous faire oublier son fort impact environnemental. C’est pourquoi cet ouvrage est intéressant, car d’une part le sujet est largement exploré nous offrant ainsi une vision complète de ce secteur, depuis la fabrication des matières premières jusqu’à des notions qui paraissent moins concrètes comme la blockchain. De plus, la lecture nous éclaire sur tous les côtés sombres de cette industrie, complètement ignorés pour la plupart d’entre nous occidentaux.
Mêlant facteurs humains et écologiques, cette face cachée du numérique nous incite à réfléchir et à envisager une façon de consommer plus éthique et plus durable. D’autre part, l’auteur prend le temps de remettre dans le contexte et d’expliquer certaines notions basiques qui composent cette industrie, nous permettant ainsi de mieux comprendre comment elle fonctionne : composant d’un smartphone, le cycle de vie des appareils numériques, la cryptomonnaie, la blockchain ou encore l’IA.
Un ouvrage que je recommande à tous ceux qui souhaite nourrir leur réflexion sur le monde de demain, apprendre à consommer autrement ou simplement pour comprendre le fonctionnement du monde numérique qui fait aujourd’hui plus que tout, partie intégrante de nos vies.